Récit d’une perquiz ratée à Montpellier: ‘‘les flics se sont trompés de porte et m’ont braqué avec un flingue’’

par Hunter S. Jerusalem 9 décembre 2019

Lundi matin, 5h49. Je suis paisiblement assoupi dans mon lit quand des bruits de coups sur la porte d’entrée de mon studio me fait ouvrir un œil hagard. Le temps que je comprenne que je ne rêve pas, j’entends toquer une deuxième fois, puis une troisième fois le temps que je me décide à sortir du lit en caleçon pour aller voir ce qu’il se passe, sans même allumer la lumière.

Là, j’ouvre la porte, et je vois, à droite de l’encadrure, un brassard ‘‘police’’ et son propriétaire qui me fixe les bras croisés d’un air sévère, un autre, à gauche, en train de sortir le vérin hydraulique pour défoncer ladite porte, et au milieu… UN MEC QUI ME BRAQUE AVEC UN PUTAIN DE FLINGUE !

La scène est surréaliste, digne d’un film. Me voilà, en caleçon, face à trois molosses énervés, dix minutes avant l’heure légale pour commencer une perquisition. Après avoir donné mon nom, les flics se regardent, perplexe.

« Mais c’est pas lui qu’on cherche non ? »
« Pourtant on nous a dit deux fois à gauche » (ma porte est à droite du palier, mais passons)

Les flics se retirent, allant répéter leur manège chez la voisine d’à côté. Paniqué, je commence à dégager tout ce qui pourrait me trahir : tracts, affiches militantes, restes d’herbe sur la table, en trois minutes, j’ai jamais autant rangé qu’en six mois là-dedans. Comme quoi, la force met de l’ordre parfois…

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. J’entends retoquer à ma porte pendant que je suis aux toilettes. J’ouvre à nouveau (quel con), ET LA , un point rouge apparaît sur ma fenêtre, et le flic tape l’incruste chez moi, flingue à la main comme Samuel Jackson et John Travolta dans Pulp fiction, un délire ! Le gars se rue sur ma fenêtre, l’ouvre en grand en espérant sans doute chopper quelqu’un et tombe sur… un chat posé sur le toit du jardin d’en face.

Changement de réalisateur dans ce cops-movie des plus délirants : la violence gratuite tarantinesque laisse place à l’absurde digne d’un bon Quentin Dupieux quand le flic, déçu, baisse son flingue et me regarde d’un air hébété , puis lâche « il faut ouvrir, il fait humide chez vous monsieur » avant de repartir en claquant la porte, me laissant grelottant, fenêtre grande ouverte, toujours en caleçon à tout juste six heure du matin.

La chaleur de mon lit me rappelle à lui, bien que je peine à retrouver le sommeil. L’appart’ en face est en train de se faire retourner de fond en comble et ça fait un bruit d’enfer. Au bout de quarante bonnes minutes, les flics descendent dans le hall.
Puis d’un coup, encore plus de voix d’hommes, et ça à l’air de monter dans les tons, avant que toutes ces sordides voix ne passent la porte d’entrée de l’immeuble, rendant son silence normalement voulu par cette heure si matinale aux paisibles contribuables des salaires de ces rustres.

Profitant de cette accalmie, on entend les serrures des voisins s’ouvrir à nouveau, et certains sortent sur le pallier pour commérer : « Ils venaient pour de la drogue ils ont choppé une nourrice » explique un voisin en partant bosser.
Ma voisine, sans doute un peu naïve, a rigolé : « Moi j’ai pas compris, j’entends toquer à ma porte à six heures du matin, j’ai eu peur j’ai appelé la police ! »

Le sur-plus de voix dans le hall, l’engueulade, tout s’explique ! Mais bon, je ne suis pas convaincu que la police protège qui que ce soit d’elle même. Qu’allait-il se passer ? Les seconds allaient interpeller les premiers pour tapage nocturne, vice de procédure et connerie profonde ?
Ça, c’est si j’étais resté endormi, mais me voilà bien réveillé par l’adrénaline, et pas prêt de faire de beaux rêves de sitôt. Et quitte à ce que ma journée soit placée sous le signe de la ouatezefeuqueurie et la perche, autant rouler un joint maintenant pour se calmer, à défaut de se rendormir. Il est même pas huit heures, la semaine commence… tout va bien.

[La véracité de cette perquisition a été vérifiée par la rédaction du Poing]


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Marche ou grève (dessin)