Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Inondations à Gaza, les familles contraintes à fuir leurs tentes en pleine nuit
8 novembre 2026Un texte d’Abu Amir le 8 Novembre : Où est le monde face à leurs appels au secours ?
Des familles vivant dans les camps de déplacés de la bande de Gaza ont été contraintes de quitter leurs tentes dans l’obscurité, après la montée des eaux qui ont submergé les passages permettant d’y accéder. Elles se sont dirigées vers des terrains plus élevés, portant leurs enfants et aidant les personnes âgées à traverser. Des appels au secours se sont élevés depuis les tentes dont les occupants ne parvenaient pas à sortir. Pendant que ceux qui avaient réussi à évacuer cherchaient un endroit où s’abriter de la pluie, d’autres attendaient toujours l’arrivée des secours.
La pluie a commencé à tomber vers 22 heures vendredi et s’est poursuivie pendant environ douze heures consécutives. À certains endroits, le niveau de l’eau a atteint près d’un demi-mètre. Les inondations ont touché des tentes situées près du port de la ville de Gaza, à l’ouest de Deir al-Balah, au nord de Nosseirat, ainsi qu’à Jabalia et Beit Lahia. Dans les camps installés sur des terrains en contrebas, l’eau s’est accumulée autour des tentes avant de s’infiltrer à l’intérieur, trempant les matelas et les couvertures.
Certaines familles ont tenté d’évacuer l’eau de leurs tentes à l’aide de seaux en plastique, tandis que d’autres s’efforçaient de mettre à l’abri les vêtements et les effets personnels qu’elles pouvaient encore soulever du sol. Face à l’afflux continu des eaux, certaines ont finalement dû abandonner ce qui restait à l’intérieur et prendre la fuite. Les personnes qui ont quitté leurs tentes ont dû emprunter les mêmes passages qu’elles utilisent quotidiennement, mais cette nuit-là, l’eau en dissimulait le sol, rendant difficile l’évaluation de sa profondeur à chaque pas.
Pour une mère accompagnée de plusieurs enfants, traverser un passage inondé signifie porter le plus jeune tout en veillant à garder les autres près d’elle pendant tout le trajet. La difficulté s’accroît lorsqu’un membre âgé de la famille a besoin d’être soutenu. Dans un passage submergé, il est impossible d’avancer rapidement avec une personne qui doit s’arrêter pour assurer son équilibre. Même lorsqu’ils se trouvaient à une courte distance, les terrains surélevés restaient difficiles à atteindre pour les familles qui avaient besoin d’aide pour s’y rendre.
Depuis le début de la dépression météorologique, la Défense civile a reçu plus de 1 500 appels au secours. Des équipes ont été déployées sur le terrain pour répondre aux signalements, malgré le manque d’équipements de pompage et de carburant. Pour atteindre les tentes inondées, les secouristes devaient eux aussi traverser des routes submergées. Le dégagement d’un seul passage pouvait permettre d’accéder à plusieurs familles qui n’avaient pas réussi à évacuer.
Des images provenant des camps ont montré des enfants debout dans l’eau et la boue, après que les endroits où ils dormaient ont été inondés. Même après avoir quitté leur tente, trouver des vêtements secs, une couverture et un endroit où s’asseoir à l’abri de la pluie demeurait difficile. L’attente dans le froid est particulièrement éprouvante pour les jeunes enfants et les personnes âgées, surtout lorsque les couvertures dont dépend la famille sont trempées ou sont restées dans une tente à laquelle il est impossible de retourner.
Au matin, des déplacés sont retournés inspecter leurs tentes à Deir al-Balah. Un passage peut redevenir praticable alors que le sol à l’intérieur de la tente reste boueux et que les matelas doivent encore être mis à sécher. Les besoins varient alors d’une famille à l’autre. Certaines peuvent regagner leur tente si elles reçoivent des couvertures et des matelas secs, tandis que d’autres ont besoin d’un abri temporaire en attendant que les eaux se retirent et que la réparation de leur tente devienne possible.
Ces inondations montrent à quel point l’emplacement d’une tente peut déterminer son sort en cas de fortes pluies. Même une tente solide reste exposée au risque d’être submergée si elle est installée dans une dépression où les eaux s’accumulent. L’emplacement des passages et les voies d’évacuation des eaux influencent à la fois la capacité des habitants à sortir et celle des équipes de secours à leur venir en aide. C’est pourquoi la réponse à cette situation doit prendre en compte aussi bien les besoins immédiats des familles pour cette nuit que les mesures nécessaires pour protéger les camps lors des prochaines précipitations.
Face à tout cela, combien de temps encore les habitants de la bande de Gaza devront-ils affronter seuls cette crise ? Et où est le monde face à la tragédie de ces familles contraintes de porter leurs enfants et d’aider leurs aînés à traverser les eaux en pleine nuit, avant de passer leur matinée à chercher un endroit où dormir ? L’efficacité de toute intervention se mesure à l’aide qui parvient aux populations au moment où elles en ont besoin : des équipements permettant de pomper l’eau et de dégager les voies d’accès pour les équipes de secours, jusqu’à la mise à disposition d’abris secs où les familles peuvent accueillir leurs enfants avant la tombée de la nuit. Entre cette nuit et les prochaines pluies, une question demeure, adressée aux parties capables d’intervenir : combien de temps encore ces familles devront-elles attendre ?
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