Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | A Gaza, continuer à vivre, à manger , à s’éduquer!

31 août 2025
A l'école des premiers pas crédit photo équipe UJFP Gaza

C’est le sens et la réalité des actions menées par l’UJFP dont Abu Amir nous envoie régulièrement chaque semaine les compte rendus.

La situation humanitaire dans la bande de Gaza a atteint des niveaux de tragédie sans précédent. Après deux ans de guerre continue, la faim est devenue la maîtresse des foyers gazaouis. La famine n’est plus un mot exagéré, mais une réalité quotidienne vécue par la population. Certes, certains produits alimentaires parviennent parfois aux marchés, mais leur présence ne signifie pas que les citoyens puissent les acheter. Après deux années de coupure des sources de revenus et d’arrêt de la roue économique, la majorité des habitants n’a plus ni épargne ni argent pour se procurer les besoins élémentaires de la vie. Les étagères peuvent être relativement garnies de quelques marchandises, mais les mains restent vides, incapables de s’en emparer, car les prix ont atteint des niveaux fous. Acheter un sac de farine ou un kilo de légumes est devenu un rêve lointain.

Cette hausse vertigineuse des prix n’est pas seulement due à la rareté de l’offre ou des marchandises, mais également aux coûts astronomiques liés à l’entrée des camions eux-mêmes. Chaque camion nécessite une assurance pouvant atteindre vingt mille dollars, auxquels s’ajoutent les « coordinations » payées à l’occupant pour permettre son passage, pouvant atteindre trois cent mille dollars par camion. Ces chiffres exorbitants se répercutent inévitablement sur les prix des biens, et c’est le consommateur modeste qui finit par en payer le prix. Le citoyen ordinaire porte seul tous ces fardeaux, tandis que l’occupant impose son contrôle et que les commerçants poursuivent leurs profits, transformant le sang et la souffrance du peuple en une marchandise lucrative dans un marché ouvert sur la douleur.

Ce qui aggrave encore la situation, c’est que les institutions internationales et locales censées atténuer la crise n’ont jusqu’à présent pas distribué les aides déjà entrées dans Gaza. Les raisons, comme toujours, ne sont pas claires : lenteurs administratives, corruption organisée ou complicité au service de certains intérêts ? Nul ne sait.

Face à ce tableau sombre, seules les institutions sérieuses ont compris que leur rôle dépasse les slogans. Ici, l’UJFP s’est distinguée comme l’une des rares organisations humanitaires à poursuivre son travail malgré tous les obstacles. Ses équipes n’ont jamais cessé, continuant encore aujourd’hui à distribuer des repas chauds aux agriculteurs et aux familles déplacées à Mawassi Khan Younès. Ce travail, bien que jugé modeste par certains, revêt une valeur exceptionnelle dans un contexte où la faim règne partout dans Gaza. Un repas chaud livré à un enfant affamé ou à une famille déplacée n’est pas seulement de la nourriture : c’est une vie temporaire qui leur offre un nouveau jour de résistance.

Les agriculteurs, jadis piliers de la sécurité alimentaire à Gaza, se retrouvent aujourd’hui déplacés dans des tentes. Ceux qui nourrissaient les autres grâce à leurs récoltes ont désormais besoin qu’on leur tende la main. Quand un repas chaud leur parvient, il prend un sens profond : il leur rappelle qu’ils ne sont pas oubliés, que quelqu’un pense à eux, même loin de leurs terres. Pour les enfants, un repas chaud peut faire la différence entre un jour de larmes à cause de la faim et un jour de jeu, ne serait-ce que pour quelques instants. Pour les mères, c’est une source, même limitée, de réconfort : elles savent que leurs enfants ne dormiront pas affamés cette nuit-là.

Dans les camps, où les mains s’étendent vers la moindre miette, ces repas deviennent un moment de consolation collective. On voit les enfants alignés, attendant leur tour avec des yeux impatients, les femmes essayant de maintenir l’ordre, et les hommes soulagés de savoir que leurs familles mangeront quelque chose de chaud. Chaque assiette de riz, de lentilles ou de soupe distribuée est une lueur d’espoir dans une scène de plus en plus dure jour après jour.

Mais la réponse de l’UJFP ne s’est pas limitée à l’alimentation. Dès le début, elle a compris qu’un danger plus grand que la faim menaçait l’avenir de Gaza : la perte de l’éducation. Les enfants privés de leurs écoles risquent de perdre leur avenir tout entier. Une génération entière est menacée de grandir sous les tentes, sans livres ni enseignants, ce qui signifie que la guerre ne détruit pas seulement le présent, mais vole aussi l’avenir.

De là est née l’initiative de l’UJFP de créer des centres éducatifs dans les camps de déplacés. Cette initiative n’était pas un luxe, mais une réponse urgente à un besoin essentiel. Des milliers d’enfants se sont retrouvés soudainement sans école, sans banc pour s’asseoir, sans tableau pour apprendre. Ces centres sont venus leur rendre ce qu’ils avaient perdu, même avec les moyens les plus simples. À Mawassi Khan Younès, Deir al-Balah et Nuseirat, les tentes se sont transformées en classes, et les bénévoles et enseignants en phares de guidance, redonnant confiance aux enfants dans la possibilité de continuer à apprendre.

Ces centres éducatifs n’ont pas seulement offert des cours traditionnels, mais ont aussi constitué des espaces sûrs protégeant les enfants du vide. Au cœur de l’angoisse et de la peur, ils leur ont fourni un environnement procurant un peu de stabilité psychologique. En entrant dans un centre éducatif, l’enfant découvre un monde différent du vacarme de la guerre et du chaos du déplacement. Il retrouve un lieu qui lui rappelle son ancienne école, un enseignant qui lui inspire confiance et des camarades avec qui partager des moments d’apprentissage et de rire.

La guerre n’a pas seulement détruit les bâtiments scolaires, elle a aussi brisé les petits rêves dans les yeux des enfants. Combien d’entre eux rêvaient de devenir médecin, enseignant ou ingénieur, et ont vu la guerre leur arracher ce rêve ? Dans ces centres, l’éducation n’est plus seulement un livre ou un cahier, mais un moyen de sauver l’âme et l’esprit. C’est un pont permettant à l’enfant de passer d’un présent misérable à un avenir qui pourrait contenir un peu d’espoir.

Et comme les enfants ont besoin de plus que des manuels, ces centres ont ajouté des activités d’expression et de loisirs. Dessin, chant et jeux collectifs sont devenus des outils de libération des pressions et de rééquilibrage. L’enseignant n’est plus seulement transmetteur de savoir, mais aussi ami consolant, père de substitution ou seconde mère prodiguant tendresse et chaleur. Chaque feuille sur laquelle un enfant dessine une maison ou un arbre est un message de défi qui dit : « Nous sommes encore là, et la vie reste possible. »

Les familles, elles aussi, ont ressenti la valeur de ces centres. La mère qui voit son fils se lever le matin pour aller en classe, même sous une tente, retrouve une partie de sa tranquillité. Elle sent que la guerre n’a pas totalement triomphé sur sa vie, et que ses enfants peuvent encore s’accrocher à un rêve simple : avoir un avenir. Beaucoup de parents disent que ces centres n’ont pas seulement créé des classes, mais ont redonné vie au milieu de la mort.

Les scènes quotidiennes dans ces centres résument toute l’histoire : des enfants assis sur de simples bancs en bois, écrivant avec enthousiasme malgré le manque de moyens. Ils lèvent la main pour répondre aux questions des enseignants, comme s’ils étaient retournés dans leurs anciennes écoles. Dans leurs yeux brille une lueur qu’ils avaient longtemps perdue : un simple stylo et un cahier suffisent à rallumer la joie de l’enfance. Ces petits détails, que le monde peut juger insignifiants, sont en réalité de petites victoires contre la grande défaite que la guerre tente d’imposer.

L’expérience de l’UJFP a démontré que l’éducation n’est pas un luxe, même en temps de catastrophe, mais un fondement de la survie humaine. Chaque heure passée par un enfant dans un centre éducatif est un investissement dans l’avenir, une protection contre la fracture et un rempart contre la perte. L’éducation ici n’était pas seulement un droit recouvré, mais un acte de résistance face au chaos, une déclaration que la génération de Gaza ne se rendra pas à la destruction.

Ainsi, entre les repas chauds qui nourrissent le corps et les centres éducatifs qui protègent l’esprit et l’âme, l’UJFP a réussi à se placer en première ligne de défense humanitaire pour le peuple gazaoui. À une époque où beaucoup commercent avec le sang des gens et où la corruption les livre en proie à la faim et au désespoir, ces équipes se sont dressées pour affirmer que l’humanité reste possible, et que l’espoir continue de trouver son chemin même au milieu des décombres.

Lien vers les photos et vidéos

Fournir des repas aux personnes déplacées dans le camp d’Al-Fajr

https://drive.google.com/drive/folders/1os8iJAoq7-M7OT30nKjj_xON8ryQu3C-

Programmes éducatifs

https://drive.google.com/drive/folders/1fz4JkLesxdNIexLeSSAfJmOwrpiyFFIT

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