Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | A Gaza, cultiver la vie redonner souffle à la terre!
10 avril 2026Compte rendu de l’action de l’équipe de l’ UJFP dans son travail collectif avec les agriculteurs 10 Avril 2026
Sur cette terre dont les traits ont profondément changé au fil des épreuves qu’elle a traversées, les agriculteurs de Deir al-Balah se tiennent aujourd’hui face à une réalité inattendue. Les champs ne sont plus comme ils les connaissaient, comme dans leurs souvenirs. Tout porte la marque de ce qui s’est passé : la terre dont la couleur a changé, les arbres qui ont disparu, le silence qui a remplacé le rythme des saisons. Dans cette région, longtemps considérée comme l’un des piliers essentiels de la production agricole dans la bande de Gaza, les transformations sont particulièrement visibles. Les terres autrefois fertiles se sont fragmentées en zones disparates, entre celles encore exploitables et celles devenues inaccessibles. Il ne s’agit pas seulement d’un changement d’apparence, mais d’une transformation profonde du mode de vie. Les agriculteurs ne parlent pas d’une seule saison perdue, mais d’une succession d’interruptions ayant affecté tous les aspects de l’agriculture. Les infrastructures qui soutenaient leur travail quotidien ont été gravement endommagées : réseaux d’irrigation, sources d’eau, serres et équipements essentiels. Dans ces conditions, revenir à la terre exige des efforts redoublés et des décisions difficiles.
Malgré tout, le lien entre l’agriculteur et sa terre ne s’est jamais rompu. Chaque matin, de gestes simples mais chargés de sens témoignent de cette relation : nettoyer le sol, réparer un tuyau brisé, préparer une petite parcelle pour la culture. Ces efforts ne sont pas faciles, mais ils marquent un commencement. Dans ce contexte, les initiatives communautaires ont émergé comme un levier essentiel pour relancer l’activité agricole. Parmi ces efforts, l’organisation UJFP a joué un rôle important en soutenant concrètement les agriculteurs, à travers des interventions visant à réactiver directement le cycle agricole.
Avec le temps, ce soutien a dépassé le cadre d’une réponse ponctuelle pour devenir une relation solide fondée sur la confiance et la communication. Les agriculteurs sont devenus des acteurs à part entière de ce processus : ils expriment leurs besoins et participent à la définition des priorités, rendant les interventions plus proches de la réalité du terrain. À Deir al-Balah, cette relation est particulièrement visible. L’agriculteur n’attend plus l’aide comme un événement exceptionnel, mais comme une étape d’un parcours continu vers une stabilité progressive.
Cette semaine précisément, dans le cadre d’une nouvelle initiative intitulée Ensemble, nous cultivons la vie , 15 000 plants ont été distribués aux agriculteurs de la région. Une action dont l’impact est profond, car elle intervient à un moment où les agriculteurs ont besoin d’un nouveau départ. Ces plants ne représentent pas seulement des intrants agricoles, mais une opportunité de renouer avec la terre. Pour beaucoup, ils constituent soit un début longtemps attendu, soit une continuité qui risquait de s’interrompre. Leur arrivée au moment opportun n’a pas seulement réduit les efforts, elle a aussi permis de réorienter l’énergie vers le travail plutôt que vers la recherche de ressources. Le temps autrefois consacré à trouver les moyens essentiels est désormais investi directement dans la culture et dans une production potentielle.
Un agriculteur a décrit ce moment comme la réouverture d’une porte longtemps fermée. Il est retourné à sa terre, l’a nettoyée, a réorganisé ce qui restait, et a planté les premiers semis.
À mesure que ces scènes se répètent, le changement devient visible. De petites parcelles retrouvent leur verdure, de nouvelles rangées de cultures apparaissent, et la vie revient peu à peu dans les champs après une longue période d’immobilité. Bien que la guerre ait laissé une empreinte lourde sur l’ensemble du paysage agricole, les initiatives portées par UJFP ont progressivement redonné à la terre des signes de vie. Chaque jour, une nouvelle parcelle retrouve sa couleur verte. Ce processus n’est pas rapide, mais il est constant. Chaque jour apporte une nouvelle surface cultivée, une nouvelle tentative, une nouvelle histoire qui s’ajoute à un tableau plus vaste.
Ce qui est remarquable, c’est que les agriculteurs n’ont pas attendu des conditions idéales. Ils ont travaillé avec les moyens disponibles, investi dans de petites surfaces, réutilisé les ressources, et collaboré entre eux pour surmonter les pénuries. Il existe une conscience claire que progresser, même modestement, vaut mieux que s’arrêter. L’agriculture dépasse son rôle économique pour devenir un acte porteur de sens. Elle devient un moyen de préserver la continuité, le lien à la terre, et la capacité à rester.
Chaque plant mis en terre aujourd’hui remplit plusieurs fonctions : il annonce une récolte future, mais il symbolise aussi la persistance du cycle et la possibilité de continuer malgré tout. Malgré les défis persistants — manque d’eau, hausse des coûts — la dimension humaine reste au cœur de cette expérience.
Aujourd’hui, Deir al-Balah n’est plus ce qu’elle était en termes d’étendue ou de production, mais elle est devenue un exemple de reconstruction à partir de la base. Non pas à travers de grands projets, mais grâce à des étapes modestes et cumulatives. Au cœur de ce processus, une nouvelle relation se dessine entre les agriculteurs et ceux qui les soutiennent. Une relation qui dépasse la simple aide pour devenir un véritable partenariat dans la restauration de la vie sur cette terre. Cette relation se manifeste dans les détails : le bon timing des interventions, la qualité du soutien, la réponse aux besoins réels. Avec le temps, ces éléments ont constitué un socle de confiance durable. Dans cette continuité, les plants ne sont pas de simples végétaux. Derrière chacun d’eux se cache une histoire de soutien arrivé à un moment crucial, et une opportunité qui redéfinit le champ des possibles.
Ainsi, la terre ne pousse pas seule… avec elle grandit toute une histoire de solidarité, de travail et de persévérance. Une histoire écrite en silence, mais visible avec clarté… dans chaque teinte de vert qui revient sur cette terre.
Lien vers les photos et vidéos
https://drive.google.com/drive/folders/177hiJcQprJ2tC_OV3cpcaCneiP27Hqad
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