Chronique ” Gaza Urgence déplacé.e.s” | A Gaza fabriquer des raisons de vivre

21 janvier 2026
Persister à contenir le spectre de la faim! crédit photo ujfp

Entre les décombres, le pain et les cahiers la vie continue de s’organiser dans les camps de déplacé.e.s : compte rendu du 21 Janvier

La vie dans la bande de Gaza ne se mesure plus en jours, mais à l’aune du « minimum vital » : un repas qui apaise la faim d’un enfant, un toit provisoire qui protège du froid nocturne, et un petit espace qui donne aux gens le sentiment qu’ils sont encore capables de continuer. Dans un contexte où la guerre s’entremêle au long blocus, les habitants du territoire se sont retrouvés plongés dans une crise complexe : une économie détruite, des services effondrés et une société arrachée à son mode de vie normal, poussée de force vers la marge de la survie.

Une économie effondrée, des familles qui perdent leurs moyens de subsistance

Avant la guerre, des secteurs comme l’agriculture, la pêche et l’industrie constituaient des piliers essentiels du revenu de milliers de familles. Mais l’extension des destructions et l’arrêt de la machine productive ont entraîné l’effritement de ce pilier économique. Avec l’effondrement des opportunités d’emploi, le chômage a atteint des niveaux sans précédent, et l’écrasante majorité est sortie du marché du travail, non par manque de compétences ou de volonté, mais en raison de l’absence totale d’un environnement permettant toute production ou stabilité. Dans cette réalité, la pauvreté s’est transformée d’un « état » en une « caractéristique générale », et la capacité à assurer nourriture et abri est devenue un défi quotidien sans fin.

Les files d’attente pour la nourriture, une image figée d’un jour qui se répète

Dans les rues de Gaza, nul besoin de rapports ou de statistiques pour comprendre l’ampleur de la catastrophe. Un seul regard vers les longues files devant les centres de distribution de repas suffit : des femmes portant des récipients vides, des enfants attendant dans un silence lourd, et des personnes âgées traînant les pieds à la recherche d’un simple repas. Ce n’est plus une scène exceptionnelle mais une partie intégrante du « système quotidien » imposé par la faim, le déplacement forcé et la perte des maisons. Et lorsqu’une mère retourne avec ce qu’elle a obtenu vers une tente ou une maison détruite, elle ne rapporte pas seulement de la nourriture, mais une chance supplémentaire de laisser passer un autre jour sans que le foyer ne s’effondre.

Quand les portes de l’aide humanitaire se ferment

Dans un contexte de dépendance massive à l’aide, toute restriction du travail des organisations humanitaires devient une menace directe pour la vie des civils. Informer des institutions humanitaires et sanitaires de l’arrêt de leurs activités à Gaza, cela signifie concrètement la réduction de l’accès à la nourriture, aux médicaments, au soutien psychologique et aux services d’urgence pour des centaines de milliers de personnes qui n’ont aucune alternative. D’où l’urgence d’un effort international plus efficace : ouvrir la voie au travail des organisations sans entraves et garantir l’acheminement de l’aide à ceux qui en ont besoin, en tant que devoir humanitaire qui ne tolère ni retard ni procrastination.

L’espoir n’est pas un slogan mais un travail quotidien

Malgré ce tableau sombre, beaucoup à Gaza refusent de réduire leur vie à une simple attente de l’aide. Certains tentent, au milieu de la pénurie et du danger, de construire une sorte de « filet de sauvetage » communautaire : de la nourriture pour protéger de la faim, un soutien psychologique pour alléger les traumatismes du déplacement, et une éducation pour empêcher qu’une génération entière ne se perde dans le vide.

Dans ce contexte, les équipes de l’UJFP poursuivent leur travail sur le terrain selon les moyens disponibles, afin de réduire l’ampleur de la souffrance et de renforcer la capacité de la population à résister. Les interventions reposent sur le principe que l’aide humanitaire n’est pas un élément unique : les gens ont besoin de nourriture aujourd’hui, mais aussi de ce qui les protège de l’effondrement psychologique et de ce qui garantit que les chances des enfants en matière d’éducation ne soient pas effacées.

1) L’alimentation : protéger les enfants contre la faim et la malnutrition

Les centres de distribution de repas gérés par les équipes de l’UJFP figurent parmi les interventions les plus visibles et les plus efficaces, car ils répondent au besoin le plus urgent : un repas chaud qui préserve la vie des enfants et offre aux familles un minimum de sécurité alimentaire. Les opérations de distribution s’étendent sur plusieurs zones, de Mawasi Khan Younès à Deir al-Balah, où des centaines de repas sont distribués chaque jour aux familles les plus démunies, dans une tentative de contenir le spectre de la faim et d’en réduire les risques.

2) Le soutien psychologique : réparer ce que la guerre a brisé

Dans les camps de déplacés, le traumatisme psychologique n’est pas moins dangereux que la faim. C’est pourquoi l’équipe de soutien psychologique continue de mettre en œuvre des ateliers destinés aux femmes dans différentes zones, notamment la ville de Gaza, Mawasi Khan Younès et Deir al-Balah. Ces séances aident les femmes à faire face aux effets de cette expérience douloureuse, ce qui se reflète positivement sur la cohésion familiale et la capacité d’adaptation.

L’éducation : résister au vide et protéger l’avenir

Mais ce qui frappe le plus dans l’expérience gazaouie durant la guerre est la détermination à maintenir l’éducation vivante, même avec des moyens modestes. Pour les familles, l’école n’est pas simplement un bâtiment, mais un rythme quotidien qui protège les enfants de la dérive et leur donne un sens à la vie au milieu du chaos. Avec la détérioration de l’infrastructure éducative et la transformation de nombreuses écoles en centres d’hébergement, une question pressante a émergé dans les foyers des déplacés. Comment empêcher le vide de les engloutir ?

Des initiatives de jeunes et des institutions locales ont alors pris l’initiative de créer des espaces éducatifs au sein des camps, afin de redonner aux enfants un minimum de régularité quotidienne et d’ouvrir une petite fenêtre sur l’avenir. L’UJFP a contribué en mettant en place des centres éducatifs dans plusieurs zones de déplacement, afin d’offrir les bases de l’enseignement et un soutien pédagogique aux enfants.

Exemples du terrain : de « Al-Fajr » à « Premier Pas »

Dans le camp Al-Fajr, un centre éducatif accueille des enfants issus de familles déplacées ayant tout perdu. Là-bas, l’image de l’enfant change quelque peu : d’un enfant pourchassé par la peur, il devient un enfant tenant un cahier et essayant d’écrire à nouveau son nom.

À l’ouest de Nuseirat, l’école « Premier Pas » se distingue comme un modèle qui dépasse le simple centre éducatif ; c’est un espace couvrant plusieurs niveaux, de la maternelle au secondaire, avec un personnel enseignant et des spécialistes en psychologie, ce qui reflète une compréhension profonde du fait que l’apprentissage en temps de guerre ne peut réussir sans un accompagnement psychologique et social. Le travail ne se limite pas aux cours, mais s’étend au suivi des élèves, à la communication avec les parents, et à l’identification des difficultés d’apprentissage ainsi que des troubles comportementaux et psychologiques susceptibles d’apparaître.

L’art comme voie alternative d’expression

Parmi les outils ayant prouvé leur efficacité pour atténuer la pression psychologique chez les enfants figurent les activités artistiques. Lorsqu’un enfant est incapable de s’exprimer verbalement, le dessin devient un langage moins douloureux. À travers des séances d’art-thérapie, les enfants ont l’occasion de traduire ce qu’ils vivent en lignes, en couleurs, puis de partager leurs histoires telles qu’ils les perçoivent eux-mêmes, et non telles que les adultes les décrivent.

Gaza résiste avec le possible

Le travail humanitaire à Gaza aujourd’hui n’est pas une « aide supplémentaire », mais une nécessité pour sauver des vies et préserver la dignité. Dans le même temps, la restauration de l’éducation, du soutien psychologique et de l’alimentation au sein d’un système intégré est ce qui offre aux gens une réelle chance de résister, et pas seulement de survivre. Entre les files d’attente pour la nourriture, les espaces d’apprentissage et les ateliers de soutien, les Gazaouis continuent d’inventer des raisons de vivre au cœur de la tempête. Ne pas laisser la guerre devenir la fin de la vie, et maintenir l’avenir possible, même s’il est écrit sur peu de papier, sous un toit provisoire et avec un cœur alourdi, il ne s’est pas brisé.

Lien vers les photos et vidéos

Distribution de repas aux familles du camp d’Al Fajr

https://drive.google.com/drive/folders/1aTda0hgn2uJ0gBYBEdrW390Hz_hSNM6X

Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Hilal

https://drive.google.com/drive/folders/1au1UJcT1lHFc192IwzFv_mciB2B0hb85

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