Chronique “Gaza Urgence Déplacé.e.s” | A Gaza se nourrir devient une question de survie,non un choix
7 avril 2026Le compte rendu du travail humanitaire fait par l’équipe de l’UJFP première semaine d’Avril à Gaza qui reste sous l’emprise du blocus économique
Gaza ne se comprend plus uniquement à travers les images de destruction, mais à travers la transformation profonde du rythme même de la vie. L’après-guerre n’a pas seulement laissé des bâtiments en ruine, mais une réalité pesante qui redéfinit le sens de vivre au quotidien. Le lieu a changé, non seulement parce que les murs se sont effondrés, mais aussi parce que le sentiment de stabilité s’est dissipé. Les rues, autrefois animées par les détails de la vie quotidienne, sont désormais chargées de silence, les infrastructures déjà fragiles sont entrées dans une phase d’incapacité permanente, où l’accès à l’eau, à l’électricité et aux services de santé est devenu une tâche quotidienne complexe. Mais ce qui alourdit davantage cette réalité, c’est ce que vivent les individus. Dans les camps de déplacement répartis à travers la bande, les familles s’entassent dans des conditions difficiles, dépourvues des normes les plus élémentaires de vie. Les tentes sont des espaces étroits qui condensent une longue vie d’inquiétude et d’attente. L’intimité est absente, les enfants grandissent dans un environnement instable, les malades font face à un système de santé surchargé, et les personnes âgées vivent un fardeau qui dépasse leurs capacités.
Dans ces espaces surpeuplés, la faim domine la scène, non comme une situation d’urgence, mais comme une réalité quotidienne qui s’impose avec force. La nourriture n’est plus un acquis évident dans la vie des gens, mais une préoccupation constante qui précède toute réflexion et pèse sur chaque décision. De nombreuses tables sont désormais vides, et les familles ne pensent plus à la diversité de leur alimentation, mais à la possibilité d’obtenir quoi que ce soit pour survivre. Un seul repas est devenu un objectif quotidien, et non une certitude.
Cette situation ne résulte pas uniquement de la guerre, mais s’est aggravée sous l’effet d’un étouffement économique accéléré. Ces derniers temps, le volume de l’aide entrant dans la bande a fortement diminué, tandis que les camions de marchandises n’entrent qu’en quantité limitée, nsuffisante pour répondre aux besoins du marché. Pour chaque camion autorisé, des coûts supplémentaires sont imposés sous le nom de « coordinations », payés à la partie israélienne, ce qui augmente le prix final des marchandises. En conséquence, les prix des denrées alimentaires et des biens ont fortement augmenté, dépassant 20 % et atteignant parfois des niveaux que les familles ne peuvent plus supporter. Le marché ne souffre plus seulement d’une pénurie de produits, mais aussi d’une hausse des prix qui les rend inaccessibles à la majorité. Dans ce contexte, de nombreux commerçants ont été contraints de cesser d’importer des marchandises en raison des coûts élevés imposés. Cette réalité économique se reflète directement sur la population, déjà accablée par le blocus et la faim. Chaque jour où les approvisionnements diminuent, l’écart entre les besoins et les ressources se creuse, le sentiment d’impuissance s’intensifie. Il ne s’agit plus seulement de garantir la nourriture, mais de pouvoir y accéder dans un contexte économique asphyxiant.
Dans ce cadre, l’action humanitaire apparaît comme une nécessité incontournable. Les interventions de UJFP répondent à cette réalité, non seulement en fournissant de la nourriture, mais en tentant de préserver un minimum d’équilibre au sein d’une société soumise à une pression constante. Le travail des équipes à Mawasi Khan Younès, dans les camps Al-Fajr et Al-Sumoud, ainsi qu’à Deir al-Balah, dépasse la simple distribution d’aide pour devenir une gestion quotidienne de besoins essentiels qui ne peuvent être différés. Les cuisines de terrain opérant dans les camps constituent un élément central de ces efforts. Dès les premières heures du matin, la préparation des repas commence avec les ressources disponibles, pour être distribués directement aux familles qui ne disposent d’aucune autre source de nourriture. Ce travail permet de limiter les risques et d’assurer que l’aide parvienne à ceux qui en ont le plus besoin. Les bénéficiaires de ces interventions sont les plus vulnérables : les familles ayant perdu leurs sources de revenus, les enfants exposés au risque de malnutrition, les femmes supportant des charges accrues, et les personnes âgées qui n’ont plus de soutien. Dans la zone de Deir al-Balah, où la densité de population est élevée, ces efforts prennent une importance accrue.
L’impact réel de ces interventions dépasse la dimension alimentaire. Lorsqu’une famille sait qu’un repas arrivera, la journée change, même légèrement. L’anxiété diminue, et il devient possible de penser au-delà du besoin immédiat. Les enfants reçoivent un minimum de nutrition, et les mères trouvent un moment pour reprendre leur souffle. Ce qui s’exprime dans les camps n’est pas seulement une demande de nourriture, mais le reflet d’une réalité, où la faim se mêle à l’insécurité. Revendiquer son droit à se nourrir est un indicateur clair de l’ampleur de la crise.
Malgré tout, la solidarité demeure un élément essentiel pour maintenir ces efforts. Les contributions des donateurs se transforment directement en repas préparés, en ressources utilisées et en actions qui se poursuivent. Ici, la solidarité n’est pas une idée abstraite, mais un acte quotidien qui relie ceux qui peuvent aider à ceux qui en ont besoin.
Aujourd’hui, Gaza vit une réalité complexe où le blocus, la crise économique et la surpopulation dans les camps de déplacés s’entremêlent. Dans ce contexte, l’aide humanitaire devient l’un des derniers remparts contre un effondrement total. Les interventions de UJFP ne changent pas la situation globale, mais elles en atténuent la dureté et maintiennent un espace pour la vie. La vérité la plus importante demeure que la vie, malgré tout, ne s’est pas arrêtée. Ici, un repas n’est pas un détail insignifiant, mais un acte de survie et une tentative quotidienne de préserver la dignité. Ces initiatives persistent comme preuve que l’être humain est encore capable de s’accrocher à la vie, quelles que soient les circonstances.
Lien vers les photos et vidéos.
Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Fajr.
https://drive.google.com/drive/folders/1fdT6f0piuy4D2WjE4mY5ZQvy7EK9xMb_
Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Hilal.
https://drive.google.com/drive/folders/1k2NG_9w6nBTxF8geb3sF-yiN_rqUSetV
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