Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | A Gaza, Survivre devient un positionnement
31 mars 2026Comme chaque début de semaine voici le compte rendu des actions effectuées la semaine précédente par les équipes de l’UJFP dans les camps de Déplacé.e.s
Gaza sous blocus, continuer l’aide alimentaire un acte qui protège l’humain
L’après-guerre à Gaza n’a pas seulement laissé derrière elle des destructions matérielles, mais a engendré une situation complexe où les crises se croisent, au point que la vie elle-même est constamment mise à l’épreuve. Le visage des villes a changé, parce que les bâtiments se sont effondrés, parce que le sentiment d’appartenance au lieu s’est érodé. Les rues qui portaient autrefois le rythme de la vie quotidienne sont devenues silencieuses ou alourdies par les traces de la perte, et les infrastructures déjà fragiles sont entrées dans une phase de défaillance chronique, où l’accès à l’eau, à l’électricité et aux soins de santé est devenu un défi quotidien.
Dans les camps de déplacés disséminés à travers la bande de Gaza, les familles s’entassent dans des conditions indignes. Les tentes ne sont plus de simples abris, mais des espaces étroits qui concentrent toute une vie faite d’angoisse et d’attente. L’intimité a disparu, la sécurité est devenue un sentiment rare, et le temps lui-même a perdu sa signification, chaque jour ressemblant au précédent. Les enfants grandissent dans un environnement qui ne leur offre pas la stabilité dont ils ont besoin, les malades font face à un système de santé fragile, et les personnes âgées vivent sous le poids d’une fatigue qui dépasse le corps pour atteindre l’âme. Au cœur de ce tableau, les appels de la faim s’élèvent depuis les camps, clairs et directs. Une époque où les élans de solidarité devraient s’élargir, tandis que les moyens de vivre se réduisent. La faim n’est plus une situation exceptionnelle, elle est devenue partie intégrante du quotidien, précédant toute réflexion et pesant sur chaque décision. Les familles ne se demandent plus ce qu’elles vont cuisiner, mais si elles vont manger tout court.
Cette dureté s’accentue avec des crises économiques qui s’accumulent sans relâche, comme une ombre qui poursuit la population partout. La fermeture répétée des points de passage ne signifie pas seulement l’arrêt des mouvements, mais aussi la disparition des marchandises des marchés, et à chaque pénurie, les prix augmentent au-delà des capacités des habitants. La spéculation de certains commerçants sur les biens essentiels a aggravé cette blessure, transformant le besoin en un moyen de pression supplémentaire sur une société déjà épuisée. Entre la rareté des produits et la hausse de leurs prix, les gens se retrouvent face à une réalité implacable, avec une question pesante : jusqu’à quand continuera-t-on de tirer profit de la souffrance des affligés ?
Dans ce contexte, l’action humanitaire devient une prise de position claire en faveur du droit à la vie. Les interventions de l’UJFP s’inscrivent dans cette vision, où la nourriture n’est pas considérée uniquement comme un besoin biologique, mais comme un élément fondamental de la dignité humaine. Ce que font les équipes à Mawasi Khan Younès, dans les camps Al-Fajr et Al-Soumoud, ainsi qu’à Deir al-Balah, dépasse la simple aide : il s’agit de rétablir un minimum d’équilibre dans une réalité au bord de l’effondrement. Les cuisines de terrain qui fonctionnent quotidiennement dans les camps, dès les premières heures du matin, la préparation des repas commence avec les moyens disponibles, dans une tentative d’assurer une alimentation qui parvienne directement aux familles qui n’ont plus aucune autre source. Ce travail réduit les risques, allège le fardeau de la recherche de nourriture et offre un moment de stabilité dans une journée troublée. Ces efforts ciblent directement les groupes les plus vulnérables : les familles qui ont tout perdu, les enfants exposés au risque de malnutrition, les femmes portant des charges accrues dans un environnement difficile, et les personnes âgées qui n’ont plus de soutien. À Deir al-Balah, où la densité de population augmente et les besoins s’intensifient, chaque repas devient un facteur d’apaisement et un moyen de préserver la cohésion d’une société sous pression constante. Lorsqu’une famille sait qu’un repas va arriver, la journée change, ne serait-ce qu’un peu. L’anxiété diminue, la tension s’atténue, et il devient possible de penser au-delà de la faim. Les enfants trouvent de quoi soutenir leur corps, et les mères trouvent un instant pour reprendre leur souffle dans une réalité qui offre peu d’occasions.
Les appels des déplacés dans ces camps ne sont pas seulement des demandes de nourriture, mais l’expression d’un besoin plus profond de sécurité et de dignité. Qu’un être humain réclame de quoi se nourrir en un temps où la solidarité devrait abonder reflète l’ampleur du déséquilibre qui a atteint la vie elle-même. Ces appels deviennent une motivation quotidienne pour les équipes de l’UJFP à poursuivre leur travail, malgré tous les défis.
En arrière-plan de cet effort se tient la solidarité, une force silencieuse mais décisive. Les contributions des donateurs se transforment directement en carburant pour cette réponse : en nourriture préparée et en action continue. La solidarité ici est un acte concret qui relie ceux qui peuvent aider à ceux qui en ont besoin, dans un moment qui exige plus que des mots.
Aujourd’hui, Gaza vit sous le poids d’une réalité imbriquée, où le blocus, la pauvreté et la surpopulation se mêlent pour former une image lourde et difficile à démêler. Dans ce contexte, l’aide humanitaire devient l’un des derniers remparts empêchant l’effondrement total de la société. Les interventions de l’UJFP empêchent la chute libre et ouvrent une petite fenêtre de vie dans un espace qui se rétrécit constamment.
La vérité la plus évidente demeure : la vie à Gaza ne s’est pas arrêtée, malgré tout ce qui l’entoure. Un repas est un acte de survie, une position humaine et une tentative quotidienne de préserver ce qu’il reste de dignité. Entre une réalité qui oppresse sans relâche et des efforts qui refusent de céder, ces initiatives continuent d’exister comme preuve que l’être humain, même dans les conditions les plus dures, reste capable de s’accrocher à la vie.
Lien vers les photos et vidéos.
Distribution de repas aux familles du campement des agriculteurs.
https://drive.google.com/drive/folders/1PA6eEtdfaiDGF2_jYpJimRWD-xdMGgoW
Distribution de repas aux familles du campement de Hilal.
https://drive.google.com/drive/folders/16Rwxk_NmHRB3q8frmm9Warb-CIEaH1I6
Récits de patience des femmes du camp d’Al- Asdiqa
Compte rendu le 30 Mars du soutien psychologique:quand la fête est réinventée au cœur des décombres
Dans les lieux de déplacement, les jours ne s’écoulent pas comme ils le devraient. Les temps s’entremêlent jusqu’à ce que la fête perde son sens traditionnel et se transforme en une épreuve intérieure silencieuse, vécue par les femmes seules. Ici, les jours ne se mesurent plus par leur nombre, mais par la capacité de la femme à les traverser sans se briser devant ses enfants. La fête n’est plus un moment attendu avec joie comme auparavant ; elle est devenue une occasion qui révèle l’écart entre ce qui était et ce qui est devenu. La mère qui préparait autrefois chaque détail de la fête avec précision, des vêtements aux douceurs, se tient aujourd’hui face à une réalité différente. Elle tente de redéfinir la joie avec des moyens limités et de créer pour ses enfants un sentiment qui ne dépend pas des ressources, mais de la présence. Et dans un moment de silence, loin des regards des enfants, un sentiment lourd s’insinue dans son cœur : celui de donner tout ce qu’elle peut, sans que cela n’égale ce qu’elle offrait autrefois. Ici, la nostalgie n’est pas un simple souvenir, mais un état quotidien.
Ainsi, la fête dans le camp devient une expérience complexe : un mélange de tristesse et de détermination, de perte et de reconstruction.
Dans ce contexte, l’équipe UJFP a organisé une session intitulée :Récits de patience, comment avons-nous vécu la fête dans les camps de déplacement ? au sein du camp Al-Asdiqa, à l’ouest de Deir al-Balah, avec la participation de 20 femmes déplacées, mères au foyer. La session était un espace pour revenir sur les détails des jours passés et relire ce qui s’est produit avec un regard différent, plus proche de la réflexion que du récit. réorganiser les émotions après les jours de fête.
Les participantes se sont assises en cercle ont fait des exercices de respiration profonde,s’accorder un moment de calme au milieu du tumulte des pensées.

Un exercice de méditation simple a suivi : les femmes ont été invitées à se remémorer un seul moment des jours de fête où elles avaient ressenti un peu de calme ou de satisfaction, aussi minime soit-il. Lorsque la parole a commencé à circuler, des images fragmentées ont émergé : le sourire d’un enfant, un petit rassemblement, ou même un moment assis sans tension.
L’une des participantes a déclaré :« Nous pensions que la fête serait lourde… mais elle s’est déroulée différemment. Nous avons fait ce que nous pouvions et rassemblé les enfants autour de nous. » Une autre a ajouté : « Ce n’était pas la fête telle que nous la connaissons, mais elle n’était pas dépourvue de vie non plus. »
Au fil des échanges, sont apparus comment certaines mères ont tenté de préparer des douceurs simples avec des moyens limités,comment les espaces étroits se sont transformés en lieux de rassemblement, et comment les enfants ont partagé ce qui était disponible sans hésitation. Une femme a parlé avec émotion :
« Le plus difficile dans la fête, ce n’est pas le manque, mais l’absence de ceux dont nous avions l’habitude. »
Une autre a poursuivi :« J’ai senti que la fête passait rapidement, comme si nous essayions de la rattraper sans jamais y parvenir. »
La rencontre comprenait également une activité interactive basée sur la réinterprétation d’une journée de fête : chaque participante devait choisir un moment et le décrire plus en détail.
L’une des participantes:« Nous nous sommes assises ensemble le matin de la fête, buvant du café… il n’y avait rien de spécial, mais ce moment était suffisant. »
Une autre :« Comme si nous fabriquions la fête tout en essayant de ne pas ressentir son absence. »
La discussion ne s’est pas arrêtée brusquement, mais a progressivement pris un ton plus léger, comme si la session elle-même cherchait à se retirer en douceur sans rompre le lien qui s’était formé entre les femmes. Un désir spontané est apparu de changer de rythme, non pas pour fuir la réalité, mais pour trouver un équilibre. Il a été proposé de partager des situations amusantes vécues pendant les jours de fête, ou même des commentaires humoristiques sur des détails quotidiens.
L’une des femmes a raconté une situation simple survenue lors de la préparation de la fête, mais avec un ton plein d’ironie, et l’effet s’est propagé rapidement aux autres participantes. Les échanges ont continué, entre souvenirs d’événements inattendus et récits revisités avec un esprit différent, jusqu’à ce que l’espace se remplisse de rires continus, comme redécouverts..
Dans ces instants, les femmes n’étaient pas préoccupées par ce qui leur manquait, mais par ce qu’elles possédaient à cet instant : la capacité de partager et de créer un moment de légèreté au sein d’une réalité lourde.
À la fin de la session, un désir clair de renouveler de telles rencontres. Ce souhait n’était pas lié uniquement au contenu, mais au sentiment généré par la session : un sentiment mêlant proximité, libération émotionnelle et capacité à continuer.
https://drive.google.com/drive/folders/1svMOpb6qbYMGEAP__5t6Q8R3eeRSs2aD
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