Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Avec l’éducation, transformer la guerre en opportunité d’espoir
4 janvier 2026Compte rendu du programme éducatif de l’équipe de l’ UJFP en ce début d’année 2026 dans la bande de Gaza.
Pour les Palestiniens, l’éducation est bien plus qu’un droit fondamental : elle est un acte de résilience, un outil de survie et un pont vers l’avenir face aux tentatives d’effacement et d’ignorance imposées. Dans la bande de Gaza, où la guerre se poursuit depuis près de deux ans, l’éducation n’a pas été un luxe que l’on pouvait remettre à plus tard, mais une préoccupation quotidienne et une priorité majeure pour les familles, en particulier celles qui se sont retrouvées dans des camps de déplacement, confrontées à la peur, à la terreur et à l’absence de sécurité.
Dès les premiers jours de la guerre, au milieu des bruits des bombardements et des images de destruction, une question revenait sans cesse sur les lèvres des pères et des mères : comment nos enfants vont-ils apprendre ? Comment protéger leurs esprits du vide et préserver leur droit au savoir au cœur de ces ruines ? Malgré la dureté des conditions et le manque des besoins les plus élémentaires, les Palestiniens ont insisté pour créer des alternatives éducatives pour leurs enfants, convaincus que le savoir est l’arme la plus puissante face à l’occupation et à la destruction.
Avec la destruction du système éducatif dans la bande de Gaza et la transformation des écoles ayant échappé aux bombardements en centres d’hébergement pour les déplacés, les enfants ont perdu leur environnement scolaire. Le vide a remplacé la routine éducative, laissant des conséquences psychologiques et cognitives extrêmement dangereuses. Cette réalité a poussé des initiatives de jeunes et des institutions communautaires à agir rapidement : des centres éducatifs simples ont commencé à apparaître dans les camps de déplacement, comme une réponse naturelle à un besoin urgent qui ne pouvait attendre. Parmi ces initiatives, le rôle pionnier joué par l’ UJFP se distingue. Ses équipes ne se sont pas contentées de distribuer une aide humanitaire – nourriture, vêtements et eau – mais ont regardé au-delà des besoins essentiels- prêter attention à un aspect crucial négligé en temps de crise, l’éducation.
Depuis le début de la guerre, les équipes ont étudié la situation éducative des enfants déplacés et ont constaté l’ampleur du vide qui envahissait leur quotidien, ainsi que les effets psychologiques et comportementaux qui l’accompagnaient. C’est ainsi qu’est née l’initiative de créer des centres éducatifs dans différentes zones de déplacement, s’étendant des Mawassi de Khan Younès à Deir al-Balah, jusqu’à Nuseirat. Ces centres sont devenus des rayons de lumière éclairant l’obscurité de la guerre.
Dès le premier instant, les parents ont pris l’initiative d’y envoyer leurs enfants avec une profonde conscience de la valeur de l’éducation et une réelle volonté d’en assurer la continuité, quels que soient les défis. Des centaines d’enfants ont rejoint ces centres, y trouvant un espace relativement sûr où ils apprennent à lire, écrire et compter, et où ils retrouvent une partie de leur enfance volée.
Le centre éducatif du camp Al-Fajr constitue l’un des exemples marquants de ces efforts. Le camp abrite des milliers de familles déplacées, et le centre continue d’y semer l’espoir dans le cœur de centaines d’enfants, en leur offrant un environnement éducatif simple mais efficace, qui leur apporte le savoir et leur donne un sentiment de stabilité au milieu du chaos.
Quant à l’école « Les premiers pas », elle est devenue un établissement dans la région de l’ouest de Nuseirat, aujourd’hui classée au premier rang des centres éducatifs de la zone centrale. Cela s’explique par l’ampleur de son bâtiment, par le nombre d’élèves qui dépasse les 600 garçons et filles de différents âges, ainsi que par la diversité des niveaux d’enseignement proposés.
L’école « Les premiers pas » se distingue par le fait qu’elle couvre tous les niveaux, de la maternelle à l’enseignement de base, jusqu’au secondaire, ce qui en fait un modèle unique dans les conditions actuelles. Elle compte également plus de vingt enseignantes qui travaillent avec dévouement dans des circonstances difficiles, ainsi que trois psychologues constituant un pilier essentiel du processus éducatif.
Le rôle de l’école ne se limite pas à l’enseignement académique : elle accorde une grande importance au soutien psychologique, consciente de l’ampleur des traumatismes subis par les enfants. Des séances collectives et individuelles sont organisées afin de permettre aux élèves de s’exprimer librement sur ce qu’ils ressentent et de partager leurs peurs et leurs expériences douloureuses. La direction de l’école veille également à maintenir un contact permanent avec les parents, en les appelant pour leur expliquer la situation éducative et psychologique de leurs enfants, qu’il s’agisse de difficultés d’apprentissage ou de problèmes psychologiques tels que l’isolement, la violence ou la dispersion mentale. Les parents sont régulièrement invités à rencontrer les psychologues afin de se concerter et d’élaborer des plans thérapeutiques communs aidant les enfants à se rétablir et à poursuivre leur scolarité.
L’école propose aussi des programmes récréatifs et artistiques, convaincue du rôle de l’art dans la libération émotionnelle. Dans ce cadre, une coordination a été mise en place avec des partenaires de POD pour faire venir des artistes dans le cadre d’un projet d’art-thérapie, un projet espagnol destiné aux enfants des camps, leur permettant d’exprimer leurs émotions à travers le dessin. Les artistes sont récemment intervenus avec les élèves de l’école. Quinze élèves ont été emmenés sur une colline surplombant la mer de Nuseirat, révélant l’ampleur des destructions dans les zones environnantes tout en ouvrant, en même temps, une fenêtre sur la mer. Une grande toile blanche a été installée et les enfants ont commencé à dessiner, traduisant ce qu’ils portaient en eux en couleurs et en lignes. Les dessins ont varié entre des tentes, des avions, des missiles, des morts et des blessés, des tentes en feu et des maisons détruites. À la fin de la séance, chaque enfant a expliqué son dessin, dévoilant une part de sa douleur et libérant ses émotions. Ces œuvres, les témoignages des enfants parleront d’eux-mêmes à travers la vidéo
À Gaza, l’éducation ne s’est pas arrêtée malgré la guerre ; les Palestiniens l’ont redéfinie pour qu’elle devienne un acte de résistance, un message d’espoir et un investissement dans l’avenir. Parmi les décombres, les stylos continuent de se lever, les livres de s’ouvrir et les rêves de s’écrire à nouveau.
Lien vers les photos et vidéos
https://drive.google.com/drive/folders/1I5RfQIwa46oQ_A0xWRIvNzR24PXnJ55w
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