Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Comment le soutien psychologique peut protéger de la désintégrationn
8 janvier 2026Compte rendu d’atelier de soutien psychologique le 7/01 : quand l’intérieur s’embrase, apaiser la colère et protéger la famille de l’incendie
Dans le camp des Amis, à l’ouest de Deir al-Balah, où les tentes se serrent les unes contre les autres comme les soucis s’accumulent, les femmes déplacées vivent une réalité humaine d’une extrême dureté. Une réalité qui ne se mesure pas seulement à la perte des maisons, mais aussi au poids des journées identiques, à la peur permanente pour les enfants et au sentiment douloureux d’impuissance face à des besoins sans fin. Ici, les femmes ne connaissent pas la notion d’intimité et ne disposent pas du luxe de la fatigue ; la mère est tenue d’être forte, patiente et solide, même lorsqu’elle est intérieurement épuisée, brûlée, au bord de l’explosion. Dans ce contexte difficile, la séance mise en œuvre par l’équipe de l’ UJFP, a ciblé 25 femmes déplacées du camp des Amis. Elle a cherché à toucher une souffrance silencieuse et à offrir aux femmes des outils psychologiques capables de les protéger, elles et leurs familles, de la désintégration.
La séance s’est ouverte sur l’affirmation que ces ateliers reposent sur une conviction profonde : la santé mentale n’est pas un luxe, mais un droit fondamental, en particulier dans les contextes de crise. L’équipe a précisé que le choix du thème Gestion de la colère et épuisement psychologique n’était pas le fruit du hasard, mais le résultat d’observations répétées des femmes face à des accès de colère soudains, suivis d’un sentiment constant de culpabilité, formant un cercle douloureux qui épuise leurs ressources psychiques et affecte directement les enfants, les relations familiales.
Au début de l’atelier, une atmosphère de réserve et d’appréhension régnait, car beaucoup de femmes n’étaient pas habituées à parler de leurs émotions ni à reconnaître leur fatigue, par crainte du jugement ou du blâme. La séance a commencé par une introduction sur le concept de burn-out psychologique, montrant comment l’accumulation des pressions quotidiennes, le manque de sommeil, l’insécurité et l’augmentation des responsabilités conduisent à un état d’épuisement émotionnel, rendant la colère constamment présente et prête à exploser au moindre contact. Il était frappant de voir les visages hocher la tête en signe d’approbation.
Dans la première activité, intitulée Pourquoi explosons-nous ? , l’équipe a ouvert la discussion pour permettre aux participantes de raconter des situations de leur vie quotidienne au sein du camp. La tente s’est transformée en un espace de confidences sincères, où les larmes se mêlaient à un silence lourd. Une mère, la voix tremblante, a raconté comment elle avait perdu le contrôle lorsqu’un de ses enfants avait renversé de l’eau dans la tente, et comment elle l’avait frappé violemment pour la première fois de sa vie, avant de passer toute la nuit à pleurer de remords , non par peur de quelqu’un, mais parce qu’elle avait eu le sentiment de déverser toute la fatigue du déplacement sur un petit corps innocent. D’autres femmes ont alors parlé de leurs cris répétés, de cette colère qui les précède avant même qu’elles ne réfléchissent, de ce sentiment d’être devenues des personnes qu’elles ne reconnaissent plus depuis le déplacement.
Après cette libération émotionnelle, l’équipe est passée à la deuxième activité, Premiers secours contre la colère . Les femmes ont été formées de manière pratique à des techniques d’apaisement immédiat, telles que la respiration profonde, le comptage à rebours et la technique du retrait temporaire de la situation déclenchante. Les participantes ont été invitées à appliquer les exercices durant la séance et à observer les changements physiques et psychologiques après quelques minutes.
Entre l’intensité des émotions et les exercices psychologiques, l’équipe a tenu à introduire une activité récréative simple afin d’alléger l’atmosphère et de rétablir l’équilibre. Les femmes ont ainsi pris part à un exercice collectif ponctué de rires spontanés, qui se sont rapidement transformés en un moment de joie rare, rappelant que le rire n’est pas une trahison de la douleur, mais un moyen de survivre. À ces instants-là, de nombreux visages se sont transformés et les rires ont résonné, ne serait-ce que quelques minutes, mais elles ont suffi à alléger le poids de la tristesse.
La discussion est ensuite revenue sur l’axe Protéger l’amour des éclats de la pression , où l’équipe a insisté sur la différence entre la colère en tant qu’émotion naturelle et le comportement agressif en tant que choix pouvant être contrôlé. L’une des participantes a évoqué son expérience avec le silence colérique : elle refoulait ses sentiments envers son mari pendant de longs jours jusqu’à avoir l’impression que sa poitrine allait exploser, puis une violente dispute éclatait pour une raison insignifiante. Elle a expliqué que la séance lui avait appris que l’expression précoce, même par une phrase calme, vaut mieux que l’explosion tardive qui brûle tout sur son passage.
À la fin de l’atelier, l’équipe de l’UJFP a souligné que la colère n’est ni un défaut moral ni une faiblesse de caractère, mais un cri psychique appelant à l’aide et à la compréhension. Les femmes sont reparties avec des outils pratiques et un regard moins sévère envers elles-mêmes, après avoir compris que la bienveillance d’une mère envers elle-même est la première étape pour protéger ses enfants.
La séance s’est conclue par un appel à la poursuite de ce type d’ateliers, en raison de leur impact direct sur la protection du tissu familial au sein des camps, et sur la transformation de la tente, d’un espace chargé de tension, en un environnement plus sécurisant et plus bienveillant. Car, même si la réalité demeure dure, elle devient plus supportable lorsque les femmes trouvent quelqu’un qui écoute leur douleur et leur tend une main de compréhension et de soutien.
Lien vers les photos et vidéos
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