Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s | Comment obtenir un repas à Gaza ?
30 novembre 2025Comme toutes les semaines le compte rendu de l’ action humanitaire est envoyé le 30/11 :Gaza entre le spectre de la faim et les efforts de résilience
Depuis plus de deux ans, la bande de Gaza vit l’une des crises humanitaires les plus sévères de l’époque contemporaine. Avec la poursuite de la destruction et l’extension des zones de déplacement, les habitants sont confrontés à une bataille quotidienne pour survivre, une bataille qui n’est pas moins acharnée que celle menée sous les bombardements.
La vie ici s’est résumée à une seule question : comment obtenir un repas ?
Les déplacés, dispersés dans des tentes éparpillées à travers toute la bande de Gaza, vivent dans un chaos indescriptible. À chaque fois qu’ils fuient d’une région à une autre en quête d’un semblant de sécurité, ils doivent recommencer le processus d’enregistrement pour recevoir l’aide. Et chaque fois qu’ils changent de lieu, ils perdent leur droit à recevoir les denrées alimentaires et autres formes d’assistance, car les organismes donateurs se basent sur une « adresse fixe » — adresse qui n’est plus qu’une ombre disparaissant à chaque frappe militaire qui les force à fuir de nouveau.
Beaucoup de familles ont été déplacées six ou sept fois, et à chaque fois, elles reviennent au point de départ. Et bien que des centaines de camions chargés d’aide entrent quotidiennement, la majorité de ces familles n’en voient rien, en raison d’une mauvaise distribution, de l’arrivée des aides dans des lieux inadaptés, ou encore de l’accumulation de milliers de personnes dans des files interminables. La situation se rapproche du chaos absolu : personne ne sait quand viendra son tour, ni s’il obtiendra une quantité suffisante pour nourrir sa famille.
Dans les camps, les gens attendent le moindre rayon d’espoir : un colis alimentaire, un panier de légumes, un sac de farine ou même un seul repas venant frapper à leur tente pour repousser le spectre de la faim. Chaque matin, avant le lever du soleil, de longues files se forment devant les centres de distribution, regroupant des centaines de femmes, d’enfants et de personnes âgées, chacun portant un récipient vide, espérant le voir rempli de quoi apaiser la faim pour quelques heures.
La faim ici n’est pas seulement l’absence de nourriture ; elle est un état qui les assiège psychiquement et physiquement, leur dérobant leur dignité, leur santé et leur capacité de résistance. L’eau elle aussi est devenue une partie de cette bataille : obtenir une gorgée d’eau potable est un défi tout aussi difficile que se procurer de quoi manger.
Dans ce tableau sombre, des initiatives humanitaires continuent d’exister. Parmi elles, les équipes de UJFP se dressent comme une ligne de défense constante face à la faim, offrant un soutien alimentaire quotidien dans les zones les plus touchées. À Mawasi Khan Younès, des milliers de familles de paysans ayant été forcées de quitter leurs villages après que l’occupation a tracé des lignes jaunes et rouges sur leurs terres — lignes qui ont brisé leurs rêves et les ont empêchés de revenir à leur source de subsistance — vivent désormais dans des tentes proches du littoral transformées en camps de déplacés. Là-bas,l’ UJFP fournit des repas chauds quotidiennement.
Ces paysans considéraient la terre comme une identité et une dignité avant même qu’elle ne soit une source de revenu. Aujourd’hui, ils vivent dans des tentes qui ne protègent ni du froid ni de la misère, en attendant n’importe quel repas capable d’alléger le poids de la faim. Les repas chauds offerts ne sont pas de simples mets, mais un soutien, un encouragement à continuer à affronter une réalité d’une dureté implacable. Ces repas sont préparés à l’aube, transportés vers les camps et distribués par des dizaines de volontaires œuvrant malgré le manque de ressources et la difficulté des conditions.
L’action de l’UJFP ne se limite pas à Mawasi Khan Younès ; le projet s’étend aux camps de déplacés de Deir al-Balah, où vivent des milliers de personnes venant de Gaza-ville, de l’est de Deir al-Balah et d’al-Qarara, après avoir fui leurs maisons à la recherche d’un espace où survivre. Ces camps surpeuplés manquent de tout : eau, services sanitaires, infrastructures adéquates. Au milieu de cette obscurité, les équipes distribuent chaque jour des centaines de repas chauds, offrant aux familles une chance de survivre un jour de plus face à une faim grandissante.
À Deir al-Balah, on voit les enfants alignés dans de longues files, tenant des boîtes et des assiettes vides en attendant l’arrivée de la nourriture. Les femmes patientent en silence, dissimulant leurs visages épuisés derrière un espoir fragile d’obtenir de quoi nourrir leurs familles. Les personnes âgées, assises en retrait, observent l’arrivée des volontaires et se contentent d’un sourire léger, reconnaissant pour chaque repas servi.
Le projet de distribution de repas chauds mis en œuvre par UJFP est une véritable bouée de sauvetage face à une famine qui avance à pas sûrs vers des milliers de familles. Le repas qu’un enfant reçoit n’est pas seulement de la nourriture : c’est une protection contre la maladie, la faiblesse et la faim qui ronge les corps fragiles. Le repas qu’une famille reçoit contribue à préserver son unité et lui donne le sentiment que quelqu’un la voit encore, comprend sa souffrance et reste à ses côtés malgré les difficultés.
Ce projet crée également une forme de cohésion dans les camps : les gens se rassemblent autour des points de distribution, échangent quelques mots et retrouvent un semblant de vie normale. La faim, lorsqu’elle est affrontée collectivement, devient moins écrasante. Et le repas unique devient un symbole de force et de dignité, un message affirmant que Gaza n’a pas été vaincue, que ses habitants sont capables de résister malgré tout ce qu’ils ont perdu.
Aujourd’hui, le besoin de telles initiatives est plus urgent que jamais. Le nombre de déplacés augmente de manière massive, les camps accueillent chaque jour de nouvelles familles, et la famine est sur le point de devenir une réalité annoncée. Dans ces conditions, la poursuite de la distribution de repas chauds est une nécessité !
La présence d’une équipe comme celle de UJFP, travaillant sans relâche au milieu du danger, offre aux habitants une chance de survivre, aux enfants une chance de grandir et aux personnes âgées une chance de vivre un peu à l’écart de la peur et de la faim.
Et chaque repas chaud C’est la preuve que Gaza n’a pas été vaincue.
C’est le témoignage que l’humanité peut encore pénétrer les endroits les plus éprouvés et que le don — même sous la forme d’un seul repas — peut préserver une vie complète face à la faim, à l’injustice et au déplacement.
Lien vers les photos et vidéos
Distribution de repas aux familles déplacées du camp d’Al-Hilal
https://drive.google.com/drive/folders/1wftH0q0xPhvXIZTdQOO2jlfI2ShH3Hyg
Distribution de repas aux familles déplacées du camp d’Al-Fajr (camp de fermiers)
https://drive.google.com/drive/folders/1dOsXm4jPtt1xmEfqvMIFH2PezSSr6J-6
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