Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Confession de l’âme : Expression des émotions en temps de crise

26 janvier 2026
Le soutien psychologique, un espace pour la confession crédit photo ujfp

Compte rendu de l’atelier de soutien psychosocial du Camp Al-Asdiqa / Ouest de Deir al-Balah le 25 Janvier
La femme déplacée ne porte pas seulement le poids de la perte et du déracinement, mais assume également la responsabilité de protéger sa famille sur le plan psychologique et moral. Elle est souvent contrainte de cacher sa douleur afin d’apparaître forte devant ses enfants.
Dans cette réalité les émotions refoulées deviennent un fardeau lourd qui épuise l’âme et vide l’énergie psychique. La tente se transforme ainsi, d’un simple abri temporaire, en un espace étroit qui abrite la tristesse, la peur, l’anxiété et la nostalgie des maisons détruites et des souvenirs dispersés.

Dans ce cadre, l’équipe de l’ UJFP a mis en œuvre une séance spécialisée de soutien psychosocial au camp Al-Asdiqa, à l’ouest de Deir al-Balah, dans la région centrale de la bande de Gaza. Vingt femmes déplacées, résidentes du camp, ont participé à cette séance. Elles vivent des conditions humanitaires et psychologiques difficiles.

Les participantes ont fait connaissance entre elles et avec l’équipe dans une atmosphère conviviale visant à briser les barrières psychologiques et à instaurer un sentiment de sécurité et de confiance mutuelle au sein du groupe.

La séance portait le titre Confession de l’âme : compétences d’expression des émotions en temps de crise. Elle s’est concentrée sur l’aide aux femmes pour transformer le silence intérieur et la pression psychologique en paroles et en émotions exprimées, au lieu de les accumuler intérieurement de manière nuisible pour le corps et l’esprit. Cette répression continue conduit souvent à un isolement émotionnel étouffant, ainsi qu’à des symptômes psychologiques et physiques résultant de la pression interne. Ainsi, cette séance est venue réhabiliter la valeur des émotions humaines et affirmer que la tristesse, la peur et l’anxiété ne sont pas des signes de faiblesse, mais des réactions naturelles à une réalité anormale. Accorder à ces émotions un espace sûr pour apparaître et s’exprimer constitue une étape fondamentale vers la guérison et la stabilité psychologique.

  • Sensibiliser les participantes à l’importance de l’expression verbale et non verbale des émotions.

  • Fournir aux femmes des compétences de « nomination des émotions » comme moyen de réduire la tension intérieure.

  • Offrir un environnement sûr pour le partage émotionnel sans jugement ni critique.

  • Renforcer l’esprit de soutien collectif et le sentiment de ne pas être seules face à la douleur.

L’exercice du dictionnaire des émotions a été réalisé, au cours duquel les participantes ont été invitées à identifier précisément leurs émotions et à distinguer entre la peur, la tristesse, la colère, la déception et l’anxiété. Le simple fait de nommer une émotion aide à en réduire l’intensité et donne à la personne une plus grande capacité à contrôler sa réponse psychologique.

Le deuxième axe s’est concentré sur le langage du corps et le dessin , en utilisant des techniques non verbales pour exprimer des émotions. Les participantes ont dessiné ce qu’elles ressentaient, identifié les zones de douleur dans leur corps et exprimé les pressions psychologiques par des moyens créatifs.

Dans le troisième axe, l’activité Une lettre à moi-même a été mise en œuvre. Il s’agit d’un exercice d’écriture visant à renforcer la réconciliation avec soi-même. Les participantes ont écrit des lettres à elles-mêmes, dans lesquelles elles ont exprimé la douleur, l’espoir, la peur et le désir de continuer malgré les difficultés.

Au cours de la séance, plusieurs témoignages humains poignants ont émergé. Une mère a partagé en disant : « Pendant des mois, j’ai gardé ma boule dans la gorge pour que mes enfants ne voient pas ma faiblesse. Je pensais que le silence était une force. Aujourd’hui, j’ai senti que les mots que j’ai exprimés ont allégé un poids énorme de ma poitrine. J’ai appris que pour être forte pour mes enfants, je dois d’abord me permettre de ressentir la tristesse et d’exprimer ce qu’il y a en moi. »

Une autre participante a déclaré : « Je ne savais pas que je portais autant de peur en moi. Quand j’ai dessiné ce que je ressentais et que je l’ai partagé avec les autres femmes, j’ai senti que je n’étais pas étrangère et que mes émotions étaient tout à fait normales au vu de ce que nous vivons. Je suis sortie aujourd’hui avec une paix intérieure que je n’avais pas ressentie depuis le début du déplacement. »

La séance s’est conclue par l’importance de poursuivre ces activités et d’élargir la portée du soutien psychosocial afin d’atteindre le plus grand nombre possible de femmes dans les camps de déplacement. Les participantes ont également été encouragées à appliquer les compétences acquises dans leur vie quotidienne, que ce soit par la parole, l’écriture, le dessin ou même en partageant leurs émotions avec des personnes de confiance.

On peut dire que cette séance était un espace humain pour la confession, la respiration et la récupération d’une partie de l’équilibre psychologique perdu. Elle a constitué une étape importante vers la réparation des âmes épuisées et le renforcement de la résilience des femmes face à la dure réalité du déplacement. Le soutien psychologique des femmes est un investissement dans la stabilité de la famille et de la société dans son ensemble. L’espoir demeure que de telles initiatives se poursuivent, afin d’être une petite lumière dans l’obscurité du déplacement et une fenêtre d’espoir.

Lien vers les photos et vidéos

https://drive.google.com/drive/folders/1aZFDjbwMF-sVm7R3ewkHuOmqm0nckMGt

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