Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Dans l’hiver rigoureux des camps le soutien psychologique persiste!

29 novembre 2025
Le soutien psychologique, une grande séance d'écoute crédit photo UJFP Gaza

Compte rendu de l’atelier pour les femmes du camp d’Al- Asdiqaa 29 Novembre

Dans le camp Al-Asdiqaa, à l’ouest de Deir al-Balah, où les tentes fragiles se confondent avec le ciel ouvert et où les vents froids s’entrelacent avec des vies alourdies par les pertes, les femmes déplacées vivent une réalité qui dépasse les limites du supportable. Avec l’arrivée de l’hiver, le froid n’est plus un ennemi silencieux : la pluie s’est transformée en force dévastatrice, inondant les tentes et obligeant les femmes à passer des nuits debout dans la boue, incapables de sauver ce qui restait des matelas, des vêtements des enfants ou des sacs de farine qu’elles gardaient pour les jours de faim. L’hiver n’est plus une simple saison, mais une nouvelle épreuve qui s’ajoute à une longue série de charges que les femmes ont dû porter durant et après la guerre.

Dans cette réalité éprouvante, l’atelier de l’équipe UJFP avait l’objectif d’offrir aux femmes une pause psychologique pour quelques heures, et de leur transmettre un savoir pratique les aidant à protéger leurs familles et à réduire l’impact de la pluie et du froid à l’intérieur de tentes à peine capables de résister aux vents. Vingt-cinq femmes sont arrivées à la tente de la rencontre, les traits fatigués marqués sur leurs visages, portant avec elles des récits complets de nuits passées entre l’eau, la peur et la protection de leurs enfants contre le froid.

Les animatrices ont commencé l’atelier par une introduction chaleureuse malgré le temps glacial. Elles ont parlé de l’importance du soutien psychologique et éducatif, affirmant que des connaissances simples peuvent faire la différence entre une nuit de panique et une nuit plus sûre. Elles ont expliqué que l’atelier ne vise pas seulement à fournir des solutions techniques, mais aussi à reconstruire une force psychologique épuisée par les circonstances.

Pour préparer les femmes sur le plan émotionnel, toutes se sont assises en cercle, ont fermé les yeux, tandis que l’animatrice leur demandait de respirer profondément et d’imaginer un endroit chaud et sec, loin du bruit de la pluie qui les poursuivait depuis des nuits. Certaines femmes ont fondu en larmes silencieuses ; des larmes qui n’exprimaient pas la faiblesse, mais le début d’une reprise de souffle.

L’atelier est ensuite passé à la partie éducative portant sur les moyens de s’adapter à l’hiver dans les tentes. Les animatrices ont présenté des outils simples disponibles dans le camp : du carton, des bâches en plastique, des tissus usés, ou même des récipients métalliques pouvant être utilisés pour surélever les matelas. Elles ont expliqué en détail comment isoler les sols, éviter la condensation grâce à une ventilation ingénieuse qui ne laisse pas entrer le froid, et préserver la chaleur en superposant plusieurs couches de vêtements légers et en consommant des aliments disponibles offrant plus d’énergie.

Vint ensuite le moment du récit, le moment le plus sensible de l’atelier. Toutes se sont assises dans un cercle plus large, et les femmes du camp ont commencé à dévoiler leurs histoires de ces nuits pluvieuses.

Une femme âgée dit d’une voix tremblante, semblable à des branches détrempées :
«
Je me suis réveillée en sentant l’eau monter sous mon matelas. Le froid n’était pas le pire ; c’était ce sentiment d’impuissance… J’ai vu mon petit sac, où je garde mes quelques papiers, flotter. J’ai eu l’impression que toute ma vie m’échappait. »

Une mère de plusieurs enfants raconta :
« Cette nuit-là, l’eau entrait comme un torrent. J’ai creusé un petit fossé avec un bol pour changer le trajet de l’eau, mais elle ne s’arrêtait pas. Avant l’aube, tout était mouillé : les vêtements, les matelas, même la farine. Nous sommes restées debout dans la boue pendant des heures… Nous nous sommes senties vaincues. »

Pour éviter que l’atelier ne s’enfonce dans une vague de tristesse, les animatrices ont lancé la deuxième activité de soutien psychologique. Elles ont distribué des papiers colorés et demandé à chaque femme d’écrire un mot représentant une force qu’elle possède. Puis elles leur ont demandé d’échanger ces papiers avec une autre participante. Soudain, la tente s’est remplie de mots tels que : « Tu es forte », « Tu as survécu », « Tu es une mère admirable », « Tu resistes malgré tout ».

Ensuite, l’activité éducative pratique a commencé, en divisant les femmes en groupes. Les animatrices ont donné à chaque groupe des matériaux simples et leur ont demandé de mettre en application ce qu’elles avaient appris pour aménager un « coin de tente » sûr. Un groupe a utilisé du carton pour créer un sol isolant, un autre a fabriqué une barrière contre le vent avec des bâches en plastique, et un troisième a installé de petites cordes d’aération pour réduire l’humidité.

Puis ce fut la grande séance d’écoute , où chaque femme a raconté en détail ce qui s’était passé pour elle durant les jours précédents. L’une a parlé de son enfant qui n’a pas cessé de pleurer à cause du froid. Une autre a expliqué comment elle avait tenté de sécher les vêtements de ses enfants près d’un feu, jusqu’à brûler ses propres doigts par peur que les flammes ne se propagent à la tente.

Pour libérer les femmes du poids émotionnel, les animatrices ont proposé la troisième activité de soutien psychologique : un mouvement simple visant à relâcher la tension du corps, semblable à un exercice pour secouer la poussière de l’âme . Il a commencé doucement, puis s’est transformé en une vague de rires collectifs, comme si la tristesse elle-même reculait d’un pas.

La journée s’est terminée par une activité récréative légère : un jeu collectif basé sur la capture de cartes colorées à différentes vitesses. L’activité ressemblait à une petite récupération de la joie qui s’estompait dans le camp.

À la fin de l’atelier, les femmes sont sorties en se sentant moins seules, sachant qu’il existe un espace où elles peuvent pleurer, rire, apprendre et se relever. L’atelier n’a pas été une simple rencontre passagère ; il a été une tentative sincère de réorganiser un hiver brutal et de rappeler aux femmes que la résilience n’est pas seulement un choix, mais une compétence qui se construit jour après jour, même dans les environnements les plus difficiles.

Lien vers les photos et vidéos

https://drive.google.com/drive/folders/1S3mIkcYiYyu5Oo5MN3GKKS1HC4xxvKls

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