Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Encore une semaine remplie d’activités organisées à Gaza

28 février 2025
Atelier de soutien psychologique pour les enfants

Chaque fin de semaine nous recevons le compte rendu des actions adaptées aux nouvelles conditions de vie dans les camps où interviennent les équipes de l’ UJFP.

Soutien psychologique pour les femmes et les enfants -Gaza 22/02/25 au 28/02/2025

Pour les femmes, le déplacement n’était pas une simple transition temporaire, mais un bouleversement total de leur vie, les obligeant à assumer de nouvelles responsabilités dans un environnement instable et dépourvu des besoins les plus fondamentaux. . Dans ce contexte, l’équipe UJFP continue ses ateliers de soutien psychologique et social, dans le but d’aider les femmes à gérer la pression psychologique et matérielle qu’elles rencontrent et à trouver des solutions pour s’adapter à cette nouvelle réalité.

Le premier atelier s’est tenu dans le camp de Palestine, à Gaza, avec la participation de 30 femmes. Il portait sur le rôle des femmes dans la gestion des camps de réfugiés pendant et après la guerre. Le deuxième atelier s’est déroulé dans le camp de Najm, à l’ouest de Deir al-Balah, avec la participation de 20 femmes, et a été axé sur la gestion du froid dans les camps d’hébergement et les moyens de chauffage disponibles.

Premier atelier : la gestion des camps de réfugiés pour les femmes pendant et après la guerre

Avec le déplacement de milliers de familles, les femmes ont été confrontées à la responsabilité directe de fournir de la nourriture, de l’eau et des soins de santé à leurs familles ainsi qu’aux autres femmes et enfants. L’atelier a débuté par un exercice de relaxation et de respiration profonde, où la psychologue a demandé aux participantes de fermer les yeux, de respirer lentement et profondément, puis d’expirer lentement, en se concentrant sur l’apaisement de leur esprit et la réduction du stress. Cet exercice a permis aux femmes de se sentir en sécurité et de partager leurs expériences vécues pendant la période de déplacement.

Une mère de cinq enfants, a témoigné : “Lorsque nous avons été forcés de fuir notre maison, nous n’avons emporté que quelques vêtements. Je tenais mon bébé dans mes bras et essayais de le calmer alors qu’il pleurait sans cesse. Nous avons marché pendant des heures sans savoir où aller, et tout ce que j’avais en tête était de trouver de quoi nourrir mes enfants et leur assurer un minimum de sécurité.”

Une autre femme “Comment puis-je surmonter les souvenirs douloureux qui me hantent ? J’ai l’impression de revivre la guerre chaque jour, même après qu’elle ait pris fin.”

La psychologue : “Les souvenirs traumatisants ne disparaissent pas du jour au lendemain, mais ils deviendront moins douloureux avec le temps. Il est essentiel que vous vous permettiez d’exprimer vos émotions et que vous partagiez votre expérience avec d’autres femmes qui traversent la même situation. Le soutien mutuel est un puissant levier de guérison.”

Après avoir échangé sur la période de déplacement, la discussion s’est orientée vers les défis rencontrés dans les camps d’hébergement après la guerre, où la précarité est devenue un combat quotidien.

“Lorsque la guerre a pris fin, nous avons cru que nos souffrances s’arrêteraient. Mais nous nous sommes retrouvées à vivre sous des tentes qui ne nous protègent ni de la pluie ni du froid. Chaque jour est un combat.”

“Mes enfants me demandent tous les jours quand nous rentrerons chez nous, mais je n’ai pas de réponse à leur donner. Je ressens une grande impuissance, car je ne peux pas leur offrir ce dont ils ont besoin.”

Atelier 2 : Gérer le froid dans les camps d’hébergement, les moyens de chauffage disponibles

Avec l’arrivée de l’hiver, les femmes déplacées ont été confrontées à un défi supplémentaire : le froid intense et l’absence de moyens de chauffage adaptés. L’atelier a commencé par une discussion sur l’impact du froid sur la santé des enfants et des personnes âgées, et sur la nécessité de trouver des solutions pour se chauffer avec les ressources disponibles.

“Une nuit glaciale, je me suis réveillée pour trouver mon enfant tremblant de froid. Je n’avais rien pour le réchauffer, à part quelques vieux vêtements. J’ai ressenti une profonde détresse en réalisant que je ne pouvais pas le protéger.”

Les femmes ont partagé les différentes méthodes qu’elles utilisaient pour se réchauffer, notamment l’empilement de vêtements usagés, l’utilisation de braseros artisanaux et l’isolation des tentes avec du plastique. Cependant, la spécialiste a mis en garde contre les dangers de certaines pratiques, soulignant l’importance d’une ventilation adéquate pour éviter les risques d’asphyxie et d’incendie.

Un exercice physique a ensuite été proposé aux participantes, consistant en des mouvements simples pour stimuler la circulation sanguine et générer de la chaleur corporelle.

“Je ne savais pas que bouger pouvait me réchauffer autant. Nous avons tendance à rester assises toute la journée, sans réaliser que l’activité physique peut être une solution naturelle contre le froid.” À la fin de l’atelier, il a été décidé d’organiser une campagne d’échange de vêtements chauds dans le camp, afin que les familles possédant des couvertures et des habits en surplus puissent aider celles qui en ont le plus besoin.

À l’issue des deux ateliers, plusieurs recommandations ont été formulées pour améliorer les conditions de vie des femmes dans les camps d’hébergement :

  • Renforcer le soutien psychologique collectif en organisant des sessions régulières pour aider les femmes à s’adapter à leur nouvelle réalité.

  • Lancer des projets communautaires à l’intérieur des camps, comme la couture ou la cuisine, pour permettre aux femmes d’accéder à une autonomie financière.

  • Organiser des campagnes de soutien hivernal pour fournir des vêtements chauds, des couvertures et des moyens de chauffage sécurisés.

  • Sensibiliser à l’importance de l’activité physique et des interactions sociales pour améliorer le bien-être mental et physique.

Lien vers les photos et vidéos

https://drive.google.com/drive/folders/1UnS24UiIi6hxEpRI8PjrFQ0x4Ilz-lRy

L’importance de l’éducation pour les Palestiniens en période de crises et de guerres

À Gaza en particulier, où les guerres répétées et le long blocus ont exacerbé la situation, l’éducation est devenue une nécessité vitale. Elle représente la seule voie qui offre de l’espoir aux enfants déplacés et leur donne une chance de mener une vie digne malgré la douleur et la destruction. Même dans les moments les plus sombres, et malgré le bombardement des écoles et le déplacement de centaines de milliers de personnes, les parents et les enseignants s’efforcent de garantir aux enfants un accès minimum à l’éducation, conscients que l’ignorance et la pauvreté sont les ennemis les plus redoutables qui pourraient priver les générations futures d’un avenir prometteur.

Dans cette optique, UJFP a pris l’initiative d’établir des centres éducatifs dans le sud de la bande de Gaza, servant de phare dans cette obscurité. Ces centres ont permis de fournir un environnement d’apprentissage sécurisé aux enfants, leur offrant la possibilité de récupérer une partie des connaissances perdues pendant la guerre et de nourrir leur espoir d’un avenir meilleur.

Les défis auxquels fait face le système éducatif après l’annonce du ministère de l’Éducation

Le mois dernier, le ministère de l’Éducation a annoncé la reprise progressive des cours en milieu scolaire, appelant toutes les familles qui utilisent les écoles comme abris à les évacuer dans un délai d’un mois à compter de la date de l’annonce. De nombreuses familles ont répondu à cette directive en retournant dans leurs régions d’origine ou en se déplaçant vers des zones voisines des écoles. Toutefois, 40 % des familles les plus démunies, vivant dans des “zones rouges”, restent encore dans les écoles, entravant ainsi la reprise complète des cours. Face à cette situation, certains enseignants ont commencé à organiser des séances d’apprentissage à l’intérieur des écoles, utilisant les classes qui ont été évacuées, représentant environ 25 % des salles disponibles. Malgré ces efforts, la réalité éducative demeure extrêmement difficile, avec un manque criant de matériel scolaire, notamment de fournitures, de bureaux et de chaises.

Les défis des enseignants et des élèves dans les écoles

Certaines enseignantes ont évoqué les grandes difficultés auxquelles elles sont confrontées en essayant d’assurer l’éducation des enfants. L’une d’elles a souligné que les élèves n’ont toujours pas reçu de fournitures scolaires, à l’exception de quelques articles de base distribués aux enseignants. Elle a également mentionné que l’environnement autour des salles de classe reste inadapté à l’apprentissage, car de nombreuses familles continuent d’y vivre et poursuivent leurs activités quotidiennes – cuisiner, laver, nettoyer – juste à côté des classes, ce qui perturbe la concentration des élèves.

  • Une surpopulation extrême dans les classes, certaines accueillant plus de 70 enfants, assis à même le sol, dans un froid glacial, éprouvant des difficultés à écrire sans bureaux adaptés.

  • Un temps d’apprentissage limité, chaque groupe d’enfants n’ayant accès à la salle de classe que pendant une heure et demie par jour, faute d’espaces suffisants, étant donné que la majorité des classes restent occupées par des familles refusant de quitter les écoles.

  • Un manque de locaux scolaires disponibles, ce qui empêche un grand nombre d’élèves d’accéder aux salles de classe.

Malgré ces défis, les parents préfèrent encore envoyer leurs enfants dans ces écoles, car elles dépendent du ministère de l’Éducation, garantissant ainsi aux élèves la possibilité de poursuivre leur scolarité et de progresser vers des niveaux supérieurs, même s’ils ne bénéficient pas d’un enseignement complet.

Décision d’UJFP concernant l’avenir des centres éducatifs

Après une étude approfondie menée par les équipes éducatives de l’ UJFP sur le fonctionnement des écoles dans les zones avoisinant les centres éducatifs, une réunion a été organisée pour discuter de la nécessité de maintenir ces centres ouverts. À l’issue des consultations avec les enseignants et les parents, une décision unanime a été prise pour fermer tous les centres éducatifs à Deir al-Balah, tout en maintenant uniquement le centre éducatif de la zone d’Abou Taima jusqu’à fin mars 2025, à la demande des familles locales. Il a également été convenu de suivre l’évolution de la situation dans cette région et d’évaluer, en fonction des besoins, la nécessité de poursuivre ou non les activités du centre après cette date.

Un soutien éducatif toujours essentiel

Les centres éducatifs mis en place par UJFP ont joué un rôle crucial dans le soutien scolaire des enfants du sud de Gaza pendant la guerre. Ils ont contribué à combler le retard scolaire et à fournir un cadre d’apprentissage sécurisé, malgré les nombreuses difficultés rencontrées. Bien que la plupart des centres aient fermé, le besoin de soutenir le système éducatif reste primordial, que ce soit par les écoles publiques ou à travers des programmes éducatifs alternatifs qui permettront aux enfants de reprendre un parcours scolaire normal.

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L’importance du soutien psychologique pour les enfants en période de crises et de guerres

Les enfants survivants de la guerre ont besoin de bien plus que de la nourriture ou un abri ; ils ont besoin d’un environnement protecteur qui les aide à surmonter les effets du traumatisme et à reconstruire leur confiance en eux-mêmes et dans le monde qui les entoure. C’est dans cette optique que les ateliers de soutien psychologique organisés par UJFP jouent un rôle crucial, en offrant aux enfants ayant vécu des situations difficiles pendant la guerre un accompagnement adapté pour les aider à dépasser leurs souffrances de manière saine et constructive.

Les ateliers de soutien psychologique mis en place par l’ UJFP après la guerre

Dans le cadre de ses efforts continus pour aider les enfants et renforcer leur résilience psychologique, les psychologues d’UJFP ont organisé un atelier spécial pour les enfants déplacés à Deir al-Balah. Cet atelier a été un véritable exutoire pour les enfants, leur offrant une occasion de s’engager dans des activités ludiques et joyeuses, qui leur ont permis de retrouver une part de leur enfance volée par la guerre. Grâce à ces activités, ils ont pu s’exprimer de manière indirecte et créer de nouveaux liens sociaux avec leurs camarades. L’atelier a accueilli 20 enfants issus de divers camps environnant le camp Al-Amal, répartis en groupes selon leur tranche d’âge, afin de maximiser les bénéfices des activités proposées.

Les activités mises en place durant l’atelier

Des courses de relais, du volley-ball et des jeux avec des ballons géants ont été organisés. Ces jeux ne se limitaient pas à un simple divertissement, mais servaient aussi à renforcer l’esprit d’équipe et la coopération entre les enfants. À travers ces activités, chaque enfant a ressenti un sentiment d’appartenance à un groupe, ce qui a encouragé les interactions sociales positives. En plus des jeux sportifs, des jeux de groupe interactifs ont été mis en place. Les enfants ont été divisés en petites équipes pour participer à des concours et des défis collaboratifs, visant à renforcer leur communication et à atténuer leur stress psychologique. Ces jeux ont été une manière indirecte pour les enfants d’exprimer leurs émotions et de se libérer des tensions accumulées à cause des conditions difficiles qu’ils ont traversées.

Les ateliers organisés chaque semaine ont eu un impact clairement positif sur les enfants participants. Cela s’est manifesté à travers leur capacité croissante à exprimer leurs émotions librement, leur interaction enthousiaste avec les activités et une nette amélioration de leur état d’esprit. Grâce aux activités interactives et artistiques, la confiance en soi des enfants a été renforcée. Ils ont pu exprimer leurs idées et leurs rêves sans peur ni hésitation, découvrant ainsi leurs capacités créatives et développant un sentiment de contrôle sur leur propre vie, malgré les difficultés. Sur le plan social, ces activités ont considérablement amélioré l’interaction entre les enfants, en créant de nouveaux liens et un esprit d’appartenance au groupe. Ils ont appris à interagir de manière positive, formant de nouvelles amitiés et construisant un réseau de soutien mutuel qui leur procure un sentiment de sécurité et de réconfort. De plus, ces ateliers ont offert une échappatoire face à la pression et au stress, permettant aux enfants de canaliser leurs angoisses et leurs peurs de manière saine et sécurisée.

Les effets des guerres ne se limitent pas aux blessures physiques ; ils s’étendent aux traumatismes psychologiques et aux troubles du comportement. De nombreux enfants souffrent de cauchemars récurrents, d’anxiété chronique et d’une peur constante de l’avenir. La perte de repères et le sentiment d’insécurité peuvent également entraîner des troubles du comportement, tels que l’agressivité, l’isolement ou des difficultés à interagir avec les autres.

Compte tenu des conditions difficiles persistantes à Gaza, le besoin en soutien psychologique demeure crucial. Les enfants ont besoin d’espaces sûrs pour retrouver espoir et sérénité, et les aider à se remettre des séquelles psychologiques de la guerre est une responsabilité humanitaire et sociale. Les expériences passées montrent que l’éducation seule ne suffit pas pour assurer une bonne réhabilitation des enfants après les conflits. Il est indispensable de l’accompagner par des programmes de soutien psychologique et social, qui leur permettront de retrouver leur enfance et de rêver à un avenir sans peur ni traumatisme.

Chaque enfant mérite de vivre une vie remplie de joie, de sécurité et d’espoir.

Lien vers les photos et vidéos

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