Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | étreindre la vie malgré la douleur

7 juillet 2025
Message à mon enfant

Compte rendu hebdomadaire de l’atelier se soutien psychologique pour les femmes à Deir al – Balah et dans le camp d’Al – Isra le 6 Juillet

Dans les moments difficiles que traversent les femmes de Gaza, sous le poids des bombardements, du déplacement et de la perte des êtres chers, l’âme a un besoin profond d’un instant de vérité avec soi-même : un moment de silence pour réorganiser ce qui s’est dispersé, un moment pour se reconnecter à soi. C’est dans cet esprit que les équipes psychologiques et sociales de l’UJPF ont organisé une session élargie de soutien psychologique intitulée : « Quand nous étreignons la vie malgré la douleur », pour un groupe de femmes déplacées dans le camp Al-Asdiqaa à l’ouest de Deir al-Balah, au centre de la bande de Gaza.

 Cette session avait pour objectif d’alléger le fardeau psychologique et de fournir un espace sécurisé où les émotions peuvent être accueillies et la résilience retrouvée.

 Les femmes étaient assises en cercle, croisant les regards et les larmes, dans un silence mêlé d’espérance. La psychologue a parlé de la signification de la sécurité intérieure, et de la manière dont on peut la retrouver, même en vivant les scènes les plus dures.

« Respire… Tu es en vie »

La session a débuté par un exercice de respiration profonde intitulé : « Mon souffle est toujours là ». Les femmes étaient invitées à poser leurs mains sur leur ventre et à inspirer lentement comme si elles remplissaient leur cœur de lumière, puis à expirer doucement comme si elles libéraient leurs douleurs par les fenêtres. Après l’exercice, les femmes ont commencé à exprimer ce qu’elles ressentaient. L’une a dit:

« J’avais l’impression de ne plus respirer depuis des semaines… comme si mon corps était fermé sur lui-même… C’est mon premier vrai souffle depuis que j’ai perdu mon mari. »

Ensuite, l’exercice de « Conscience corporelle », où la psychologue a invité les participantes à identifier les zones de tension dans leur corps : les épaules crispées, les mains tremblantes, le cœur lourd. Elle leur a demandé de poser leurs mains sur ces zones et de leur parler intérieurement : « Je te vois,Je suis là.  Parle, la tristesse ne vit pas dans le silence »

Une grande partie de la session a été consacrée à la libération des émotions. Chaque femme, si elle le souhaitait, pouvait partager quelque chose qu’elle n’avait pas pu dire depuis le début de la guerre. Les récits se sont enchaînés, lourds comme la braise. L’une d’elles a raconté comment sa petite fille pleurait en silence chaque nuit pour ne pas alourdir le cœur de sa mère. Une autre a parlé de sa culpabilité de ne pouvoir offrir à ses enfants qu’une couverture et un morceau de pain. 

« La chanson de la vie malgré tout »

Dans un moment inattendu, l’une des participantes a entonné une vieille chanson que sa mère lui chantait dans son enfance. Sa voix, d’abord tremblante et timide, est devenue un pont entre les cœurs, et les autres femmes l’ont rejointe, d’abord timidement, puis avec force et conviction. Ce fut l’un des moments les plus profonds de connexion et de guérison, quand le chant devient un acte de résistance et une étreinte à la vie.

« Pour mes enfants… je reste »

La session s’est orientée ensuite vers le rôle de la maternité en temps de crise. Il a été souligné que les mères ne sont pas seulement une source de protection matérielle, mais aussi émotionnelle. Une activité intitulée « Message à mon enfant » , dire une phrase simple adressée à leurs enfants.

« Je suis là, je ne t’abandonnerai pas »  « Je t’aime comme tu es, même quand tu as peur »

« Un vœu dans le cœur »

La session s’est clôturée par un moment de méditation silencieuse. Chaque femme a fermé les yeux, posé la main sur son cœur et formulé un vœu simple : pour son enfant, pour sa voisine, pour elle-même. Ensuite, toutes ont posé la main sur l’épaule de celle qui était à côté, en un geste symbolique de soutien mutuel. Un petit rituel de réconfort au cœur d’un océan de douleur.

À la fin de la session, Les femmes ont compris, comme l’a dit l’une d’elles, que « la fragilité ne nous empêche pas d’être une lumière pour les autres, même entre les bombardements et la peur, nous pouvons créer un instant pour dire : nous sommes là, nous aimons encore, nous vivons encore. »

Lien vers les photos et vidéos

https://drive.google.com/drive/folders/1Y11-lbm-vxttYCBZA8MYOCxM13oSI2Z0

“Ta voix est vie et ton corps parle”

L’intitulé de cet atelier a été inspiré par la souffrance des femmes dont les voix ont été étouffées sous les décombres des traumatismes, et qui ont stocké la douleur dans le camp d’Al- Isra au nord de Gaza. Compte rendu du 6 Juillet.

Dans l’obscurité imposée par la guerre à Gaza, entre les tentes du déplacement et l’inconnu qui entoure le quotidien des femmes, cet atelier de soutien psychologique est venu comme une petite fenêtre dans un lieu qui gémit de douleur mais continue de battre au rythme de la vie.

Les femmes se sont assises en cercle, au centre duquel une petite bougie fut allumée, symbole d’un espoir suspendu à un fil ténu.

Le premier axe de l’atelier a commencé par une activité interactive intitulée “Mon visage parle pour moi”. Chaque femme devait choisir un sentiment intérieur et l’exprimer uniquement à travers les expressions de son visage, sans prononcer un mot. Tristesse, nostalgie, crainte, ou même un petit éclat de lumière soudainement ressenti. Des rires nerveux, des larmes silencieuses, des regards hésitants… un langage muet mais aussi clair que les bombardements.

L’atelier a ensuite évolué vers son deuxième axe, dans lequel l’animatrice a raconté une histoire vraie inspirée de l’expérience d’une femme déplacée. C’était l’histoire d’une mère cherchant son enfant sous les décombres, et des mots qu’elle n’a pas pu dire, de peur que ceux qui lui restaient ne s’effondrent. À ce moment-là, l’émotion des femmes est montée, leurs voix ont commencé à trembler. L’animatrice a ouvert l’espace au partage :

« Laquelle d’entre vous a déjà senti les mots coincés dans sa gorge ?

Laquelle a retenu une larme par peur d’avoir l’air faible ? »

Une femme d’environ cinquante ans a pleuré en silence en disant :

« Je n’ai pas serré ma fille dans mes bras depuis le début de la guerre, nous avions toutes les deux peur de nous effondrer si nous pleurions ensemble. »

Une étudiante a partagé un rêve récurrent :

« Je fuis les bombardements, mais personne ne m’attend. »

À chaque témoignage, un véritable soulagement avait lieu, comme si chaque mot retirait une pierre posée sur le cœur.

Des phrases simples, mais douloureusement sincères :

« Je ressens de la peur. »

« J’ai besoin des bras de ma mère. »

« Mon foyer me manque. »

« J’ai besoin de dormir sans trembler. »

Une courte séquence musicale a été dédiée à une pièce jouée au qanûn, accompagnée d’une voix douce répétant une seule phrase :

« Tout redeviendra comme avant… un jour. »

Pendant cette mélodie, il a été demandé aux femmes d’écrire un mot sur un papier coloré décrivant leur ressenti du moment. Les papiers ont été dispersés au centre du cercle, comme de petites histoires cherchant un lecteur.

La responsabilité sociale n’a pas été absente de l’atelier sur le thème : « La liberté d’expression et la responsabilité de la parole. »

Comment nos mots peuvent-ils soutenir ou blesser les autres ?

Comment exercer notre droit à nous exprimer même au milieu du chaos, sans transmettre la peur ou amplifier la douleur ?

Une femme âgée a dit :

« Je croyais tout ce que j’entendais et je le répétais à tout le monde. Aujourd’hui, j’ai appris que poser la question : (D’où as-tu entendu cela ?) est en soi une manière de protéger les autres de la panique. »

L’atelier s’est conclu par un message collectif intitulé : “Nous sommes une seule voix”.

Les participantes se sont levées côte à côte, tenant un long ruban de tissu sur lequel était écrit :

« Nous méritons d’être entendues, nous méritons d’être étreintes, nous méritons la vie. »

Puis vint un silence solennel.

Ce silence n’était plus celui de la peur comme au début, mais celui d’âmes apaisées, libérées de leurs fardeaux, et remplies de lien et de sécurité.

Les femmes ont quitté l’atelier les larmes aux yeux — mais cette fois, leurs regards disaient :

« Nous sommes là… et nous avons enfin parlé. »

Lien vers les photos et vidéos

https://drive.google.com/drive/folders/1peBWPj8_zR8IGT1wZ91yAyo0wkepgDuQ

 

 

 

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