Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Gaza entre illusion et avenir incertain

10 février 2026
Le Projet de Trump et de ses complices, renommé Conseil de la Paix pour Gaza, se précise : un plan d’ensemble, une nouvelle Gaza, une nouvelle Rafah, et même un aéroport flambant neuf, après élimination de la population palestinienne indigène par la mort, le parcage dans certaines zones ou l’exil forcé. site ISM

Un texte d’Abu Amir le 10 Févier qui démasque l’ illusion des forces internationales : une lecture réaliste de ce qui se prépare pour l’enclave

Gaza n’est plus seulement une petite zone géographique assiégée sur la côte de la mer Méditerranée ; elle est devenue un dossier international où se croisent les intérêts des grandes puissances et où s’expérimentent de nouveaux modèles de gestion du conflit sans les résoudre. Les discussions croissantes sur le déploiement d’une force internationale, notamment une force militaire indonésienne composée de milliers de soldats, ouvrent la porte à une nouvelle étape dans l’histoire de l’enclave : une étape qui pourrait être plus dangereuse que les guerres directes, car elle concerne la redéfinition de ce qu’est Gaza et de qui détient le pouvoir de décision sur elle.

Selon des fuites provenant de rapports et de sources israéliennes et occidentales, le plan consisterait à déployer des forces multinationales dans certaines zones de l’enclave, avec un premier accent sur la région située entre Rafah et Khan Younès, sous prétexte d’accomplir des missions d’ingénierie, médicales et humanitaires. En apparence, cela semble être une tentative d’atténuer la crise humanitaire, mais une lecture politique montre que toute présence militaire étrangère sur une terre densément peuplée, aux infrastructures détruites et assiégée depuis des années, ne peut être un simple projet humanitaire innocent, mais plutôt une étape dans un projet plus large visant à réorganiser Gaza sur les plans politique et sécuritaire.

Aujourd’hui, Gaza est littéralement saturée par sa population. L’espace est limité, la densité démographique est parmi les plus élevées au monde, et les déplacements internes ont poussé des centaines de milliers de personnes à vivre dans des zones surpeuplées dépourvues de services essentiels. Dans ce contexte, une question logique et effrayante se pose : où seront stationnés les milliers de soldats étrangers ? D’où viendront les ressources pour les nourrir et leur fournir de l’eau, de l’électricité et du carburant ? Leur construira-t-on une infrastructure moderne séparée sur une terre où les habitants manquent des conditions de vie les plus élémentaires ? Et si cela se produit, qu’est-ce que cela signifie politiquement et moralement ? La présence d’une force étrangère à Gaza signifie en pratique que l’enclave ne serait plus administrée uniquement par les Palestiniens, ni même seulement par Israël, mais qu’elle deviendrait une zone sous gestion internationale. Cette transformation porte une signification dangereuse : la cause palestinienne est en train d’être redéfinie, passant d’une lutte de libération et de droits politiques à une question humanitaire et sécuritaire gérée de manière technique. Souvent, le monde préfère gérer les crises plutôt que de les résoudre, Gaza semble aujourd’hui être un modèle de cette politique.

Le choix de l’Indonésie n’est pas un détail anodin. C’est un grand pays du monde musulman qui, historiquement, affiche son soutien aux Palestiniens. Mais sa participation à une force internationale à Gaza confère au projet une couverture politique et morale, et atténue l’image d’une occupation directe. Cela reflète également une nouvelle réalité de la politique internationale, où les intérêts se croisent avec le discours humanitaire, et où les pays « amis » sont utilisés pour établir une nouvelle réalité sans provoquer de fortes réactions.

La perception du monde à l’égard de Gaza a changé. En Occident, Gaza est souvent perçue comme une zone dangereuse qu’il faut contenir, et comme une crise humanitaire qu’il faut gérer, plutôt que comme une question d’occupation qu’il faut mettre fin. Dans certains pays de la région, Gaza est vue comme un fardeau politique et sécuritaire, que tous craignent de voir exploser ou de voir produire des flux de réfugiés. Au niveau des peuples, Gaza reste un symbole d’injustice et de résilience, mais ce soutien populaire ne se traduit pas en décisions politiques concrètes.

L’avenir de Gaza apparaît plus flou que jamais. Il y a la possibilité qu’elle se transforme en une zone administrée par des forces internationales, avec un système administratif et sécuritaire séparé, ce qui signifierait consacrer sa séparation de la Cisjordanie et affaiblir le projet national palestinien unifié. Il y a aussi la possibilité que cette présence étrangère entraîne un rejet populaire et de nouvelles tensions, voire des confrontations politiques et sécuritaires, car tout peuple qui sent que son destin est géré de l’extérieur sans être consulté finira par rejeter cette situation tôt ou tard. Quant au meilleur scénario : une véritable reconstruction accompagnée d’une solution politique juste, il semble le plus faible à la lumière des rapports de force actuels et de la faiblesse de la volonté internationale.

Gaza n’est pas seulement un espace géographique, mais un test moral pour le monde. C’est un miroir qui révèle comment le système international traite les peuples faibles : cherche-t-il à mettre fin à l’injustice ou à la gérer de manière élégante ? Si Gaza se transforme en un laboratoire de gestion des crises par des forces internationales, cela signifiera que le monde a choisi une stabilité superficielle plutôt qu’une justice véritable, et qu’il est prêt à accepter une réalité permanente de souffrance organisée au lieu d’une solution radicale.

Où va Gaza ? Peut-être vers une nouvelle phase de « stabilité gérée », où les préoccupations internationales sont préservées et où la vie des habitants est administrée avec un minimum d’explosions, peut-être vers une nouvelle explosion politique et sociale si les gens sentent que leur terre est gérée sans eux, ou peut-être dans un rêve lointain, vers une véritable paix qui restituerait aux Palestiniens leur droit à l’autodétermination.

Mais la réalité dit qu’aujourd’hui Gaza n’est plus seulement une cause palestinienne, elle est devenue un dossier mondial redessiné dans les coulisses. La question n’est plus seulement : que va-t-il arriver à Gaza ? Mais : que signifie le fait qu’un peuple entier soit transformé en un projet de gestion internationale au lieu d’être le maître de sa terre et de sa souveraineté ?

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