Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Gaza: l’éducation comme un outil de résistance à la guerre

24 février 2026
A gaza l'éducation ne s'est pas arrêtée! crédit photo ujfp Gaza

24 Février compte rendu précis: redéfinition de l’éducation par les Palestiniens comme un outil de résistance en temps de guerre.

Dans la bande de Gaza, l’éducation n’a jamais été un simple service social ; elle a toujours constitué l’un des piliers de la structure nationale palestinienne et un moyen stratégique de protéger l’identité face aux tentatives d’effacement et d’ignorance imposée. Avec la poursuite de la guerre depuis près de deux ans, ce rôle a pris une dimension encore plus nette : préserver le processus éducatif est devenu un acte éminemment politique, reflétant une volonté collective d’empêcher l’effondrement cognitif et social que la guerre cherche à consacrer par la destruction des écoles et la paralysie des institutions civiles. Dès les premiers instants du déclenchement de la guerre, au milieu des échos des bombardements et des scènes de destruction, les familles palestiniennes ne se sont pas uniquement préoccupées de leur survie physique et de l’accès à la nourriture et à l’abri. Une question urgente a émergé, traduisant une conscience profonde de la nature du défi : comment nos enfants poursuivront-ils leur éducation ? Comment protéger leurs esprits du vide et empêcher l’interruption de leur parcours scolaire au cœur du chaos ? Cette interrogation exprimait la compréhension que cibler l’éducation revient à cibler l’avenir lui-même.

Le système éducatif de la bande de Gaza a subi un coup sévère : de nombreuses écoles ont été détruites, et celles qui ont échappé aux bombardements ont été transformées en centres d’accueil pour les personnes déplacées. En l’absence de l’école, le déséquilibre n’a pas été seulement pédagogique, mais aussi psychologique et cognitif ; l’interruption soudaine a créé un vide dangereux qui s’est répercuté sur le comportement des enfants et leur stabilité émotionnelle.

Face à cette réalité, la société palestinienne s’est mobilisée rapidement pour créer des alternatives autonomes, réaffirmant l’éducation comme une priorité qui ne souffre aucun report. Des initiatives de jeunes et des organisations communautaires ont entrepris d’établir des centres éducatifs simples dans les camps de déplacement, reflétant la vitalité de la société civile et sa capacité à se réorganiser sous pression: l’éducation ne s’arrêtera pas!

Dans ce contexte, l’UJFP s’est a adopté une vision globale, comprenant que la satisfaction des besoins essentiels reste incomplète sans traiter le vide éducatif qui menace toute une génération. Dès le début de la guerre, ses équipes ont étudié la situation des enfants déplacés, évalué l’ampleur de l’interruption scolaire et analysé ses répercussions psychologiques et comportementales. L’organisation a entrepris la création de centres éducatifs dans différentes zones de déplacement, de la région d’Al-Mawasi à Khan Younès, à Deir al-Balah, jusqu’à Nuseirat. Ces centres sont devenus des points de lumière accueillant chaque jour des centaines d’enfants et leur offrant des cours de lecture, d’écriture et de mathématiques, réintroduisant dans leur vie une part de régularité perdue. La réaction des familles a été remarquable : elles se sont empressées d’inscrire leurs enfants et de les envoyer dans ces centres dès leur ouverture. Cet engouement ne relevait pas simplement du désir d’occuper les enfants, mais d’une conviction profonde que l’éducation constitue l’investissement le plus essentiel, quelles que soient les circonstances. Des centaines d’enfants ont trouvé dans ces classes alternatives un espace relativement sûr, leur redonnant un sentiment d’appartenance et de stabilité, et atténuant le poids de l’isolement et du vide.

Le centre éducatif du camp d’Al-Fajr représente un modèle emblématique de ces efforts. Ce camp, qui accueille des centaines de familles déplacées, abrite un centre qui œuvre quotidiennement à semer l’espoir dans le cœur de centaines d’enfants. Son impact cognitif et psychologique dépasse les limites de ses murs temporaires, offrant aux enfants la possibilité de poursuivre leur apprentissage et à leurs familles le sentiment que l’avenir n’est pas totalement fermé.

Quant à l’école Les premiers Pas dans la zone ouest de Nuseirat, elle s’est transformée en un établissement éducatif intégré, classé aujourd’hui au premier rang parmi les centres éducatifs de la région centrale. Cette position s’explique par l’ampleur de son bâtiment, le nombre de ses élèves, plus de 600 garçons et filles de différents âges, ainsi que par la diversité des niveaux d’enseignement qu’elle propose, en faisant un modèle unique dans les circonstances exceptionnelles actuelles. L’école Premièrs Pas se distingue par l’accueil de tous les niveaux éducatifs, de l’éducation préscolaire aux classes fondamentales, jusqu’au secondaire. Cette continuité garantit la poursuite du parcours scolaire sans interruption et offre aux élèves une perspective claire pour continuer leurs études malgré les défis. L’établissement compte plus de vingt enseignant.e.s qui travaillent dans un environnement rempli de difficultés, trois psychologues jouant un rôle central dans le processus éducatif. Cet équilibre entre enseignement académique et soutien psychologique reflète une compréhension de la phase actuelle, où la réussite scolaire ne peut être dissociée du rétablissement psychologique. C’est pourquoi l’école accorde une attention particulière aux séances de soutien psychologique, collectives et individuelles, offrant aux élèves un espace pour exprimer leurs émotions, leurs peurs et leurs expériences douloureuses.

La direction veille également à maintenir une communication continue avec les parents, en les informant de la situation éducative et psychologique de leurs enfants. Qu’il s’agisse de difficultés d’apprentissage ou de problèmes psychologiques tels que le repli sur soi, les comportements agressifs ou la dispersion mentale, la famille est associée à l’élaboration de plans d’accompagnement en coordination avec les psychologues, afin d’assurer un suivi intégré à l’école comme à domicile. L’activité de l’école ne se limite pas aux dimensions académique et psychologique ; elle s’étend également aux programmes récréatifs et artistiques, convaincue du rôle de l’art dans la reconstruction de l’équilibre intérieur des enfants.

À Gaza, l’éducation ne s’est pas arrêtée malgré les bombardements et la destruction. Les Palestiniens l’ont redéfinie comme une pratique quotidienne de résistance, une ligne de défense civile de l’identité, et un investissement stratégique dans l’avenir. Au milieu des décombres, les leçons continuent d’être données, les livres continuent d’être ouverts et les stylos continuent d’être levés, proclamant clairement que la guerre, aussi longue soit-elle, n’arrachera pas à ce peuple sa foi dans le savoir comme chemin de liberté et de survie.

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