Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Gaza, quand la vie devient un combat quotidien pour la dignité

27 janvier 2026
Permettre aux enfants d'exprimer peurs, souvenirs et rêves. crédit photo ujfp Gaza

Compte rendu hebdomadaire des actions UJFP à Gaza : une lutte pour la survie, tentative permanente de préserver le sens au milieu de l’effondrement. 26/01

Dans la bande de Gaza, le temps ne se mesure plus en heures ni en jours, mais à travers ce que l’on parvient à assurer comme besoins essentiels de la vie. Là-bas, obtenir un repas chaud devient un exploit quotidien, trouver un abri temporaire une petite victoire contre le froid et la peur, et offrir aux enfants un instant de sécurité un accomplissement humain qui dépasse tous les calculs. Cette crise n’est pas un événement passager, mais une structure cumulative d’effondrements économiques, sociaux et psychologiques. Gaza aujourd’hui ne fait pas face uniquement à la destruction des infrastructures, mais à l’érosion de l’ensemble du système de vie, où la capacité de travailler s’effrite, la sécurité alimentaire recule, les services essentiels s’effondrent, et la société est poussée de force vers le bord de l’extrême vulnérabilité.

Une économie en chute libre. Avant la guerre, l’économie locale, malgré sa fragilité, constituait un filet de sécurité relatif pour des dizaines de milliers de familles. L’agriculture, la pêche, les petits ateliers et les marchés locaux représentaient des sources de revenus essentielles. Mais avec l’élargissement des bombardements, la destruction des terres agricoles, la paralysie des ports et l’effondrement des chaînes d’approvisionnement, la roue de la production s’est presque complètement arrêtée. Cet effondrement n’a pas seulement créé un chômage massif, mais a engendré un sentiment d’impuissance collective. Les gens ne sont plus exclus du marché du travail par manque de compétences ou de volonté, mais parce que le marché lui-même n’existe plus. Avec la hausse des prix et la baisse du pouvoir d’achat, des milliers de familles sont entrées dans le cercle de l’extrême pauvreté, contraintes de réduire leur consommation alimentaire, de dépendre de l’aide humanitaire et d’épuiser leurs maigres économies, ce qui les rend encore plus vulnérables face à toute nouvelle évolution.

Les files d’attente pour la nourriture: une mémoire quotidienne de la crise

Dans les rues de Gaza, les files d’attente pour l’aide sont devenues une image constante du paysage. Elles ne sont pas de simples rassemblements humains passagers, mais une expression silencieuse de la profondeur de la tragédie. Des enfants qui attendent sans bruit, des femmes portant des récipients vides dans l’espoir de les remplir, et des personnes âgées patientant avec une lourde endurance. Ces files ne représentent pas seulement une crise alimentaire, mais une crise de dignité humaine. Lorsque le repas devient un événement quotidien incertain, la sécurité alimentaire se transforme en rêve différé. Et lorsque la mère retourne à sa tente avec ce qu’elle a obtenu, elle ne transporte pas seulement de la nourriture, mais la continuité de la vie pour un jour supplémentaire.

L’aide humanitaire sous pression: la vie des civils en jeu Dans ce contexte de dépendance quasi totale à l’aide humanitaire, toute restriction imposée au travail des organisations de secours constitue une menace directe pour la vie des habitants. La fermeture d’un centre alimentaire ou la réduction d’une activité médicale ne signifie pas seulement l’arrêt d’un service, mais la coupure d’une artère vitale pour des milliers de familles. L’absence d’aide ne laisse pas un vide qui peut être comblé localement, car la société elle-même est épuisée. Avec la poursuite des restrictions, le besoin d’une intervention internationale efficace devient une question de vie ou de mort. L’ouverture des points de passage, la garantie du flux des aides et la protection du travail des organisations humanitaires sont devenues des conditions essentielles pour prévenir un effondrement humanitaire plus large.

L’espoir comme pratique quotidienne, et non comme discours émotionnel

Malgré ce tableau sombre, Gaza continue de produire différentes formes de résistance civile silencieuse. Une résistance qui ne repose pas sur les armes, mais sur la préservation de la vie elle-même. Des initiatives communautaires, des cuisines solidaires, des séances de soutien psychologique, des espaces éducatifs alternatifs : autant de tentatives pour créer de petits filets de sécurité au cœur d’un grand effondrement. Cet espoir est pas une pratique quotidienne difficile, c’est un acte accompli lorsque les gens décident de continuer à s’entraider, lorsqu’ils refusent de se rendre complètement, et lorsqu’ils tentent de reconstruire, de l’intérieur, ce qui peut encore être sauvé.

UJFP : une intervention multidimensionnelle au cœur de la crise

Dans ce contexte complexe, les équipes de l’UJFP poursuivent leur travail de terrain selon les moyens disponibles, en s’appuyant sur une vision globale qui considère que l’aide humanitaire n’est pas seulement une distribution de secours, mais un système d’intervention intégré visant l’être humain dans ses besoins essentiels, psychologiques et éducatifs. Cette approche multidimensionnelle reflète une compréhension profonde de la nature de la crise à Gaza, où il ne suffit pas de nourrir les affamés sans soutien psychologique, ni d’assurer l’éducation sans stabilité sociale et émotionnelle, et où la survie physique ne peut être dissociée de la dignité humaine.

La nourriture : la première ligne de défense de l’enfance À travers des centres de distribution alimentaire s’étendant d’Al-Mawasi à Khan Younès jusqu’à Deir al-Balah, les équipes de l’UJFP travaillent à fournir des repas quotidiens aux familles les plus vulnérables. Ici, le repas n’est pas seulement de la nourriture, mais une protection de la santé, un soutien à la croissance de l’enfant et une tentative de préserver un minimum d’équilibre physique dans un environnement soumis à un épuisement constant.

Le soutien psychologique : soigner les blessures invisibles Au-delà de la faim, la guerre apporte avec elle de profondes blessures psychologiques. Les traumatismes du déplacement, la perte des proches, la peur permanente et l’instabilité ont laissé des traces évidentes, en particulier chez les femmes et les enfants. C’est pourquoi les équipes de soutien psychologique organisent des séances destinées aux femmes dans plusieurs zones: ces séances ne guérissent pas complètement la douleur, mais empêchent son accumulation, rétablissent un certain équilibre au sein de la famille et créent un environnement psychologique plus sûr pour les enfants, directement influencés par l’état émotionnel des mères.

L’éducation : résister au vide et construire l’avenir: Malgré la destruction des écoles et la transformation de nombreuses d’entre elles en centres d’hébergement, les habitants de Gaza persistent à maintenir l’éducation en vie. C’est ainsi qu’ont émergé des initiatives éducatives dans les camps et des espaces d’apprentissage alternatifs, redonnant aux enfants un sentiment de régularité et de stabilité. L’UJFP a contribué à la création de centres éducatifs dans plusieurs zones de déplacement afin d’assurer l’enseignement de base et le soutien pédagogique, et d’éviter qu’une génération entière ne soit privée de son droit à l’éducation.

Dans le camp Al-Fajr, une salle de classe modeste se transforme en un espace de résistance douce, où les enfants tiennent leurs cahiers face à la peur. À l’ouest de Nuseirat, l’école « La Première Étape » offre un modèle plus intégré, combinant enseignement académique, soutien psychologique et accompagnement social. Ces modèles confirment que l’éducation en temps de guerre ne peut être dissociée de l’accompagnement psychologique, ni du lien avec les familles, ni de la compréhension de la réalité complexe vécue par les élèves.

L’art comme fenêtre de sauvetage psychologique : Parmi les outils les plus efficaces pour soutenir les enfants, les activités artistiques et l’art-thérapie par le dessin se sont imposées. À travers leurs dessins, les enfants expriment leurs peurs, leurs souvenirs et leurs petits rêves, et trouvent un espace sûr pour se libérer émotionnellement. Ces séances ne suppriment pas la douleur, mais la transforment d’un fardeau silencieux en une histoire compréhensible et gérable, et offrent aux enfants une meilleure capacité d’adaptation à leur réalité difficile.

Gaza: quand la vie naît des cendres Le travail humanitaire à Gaza est une nécessité existentielle pour sauver des vies et préserver la dignité humaine: la capacité à reconstruire l’espoir au sein d’une réalité dépourvue des conditions les plus élémentaires de stabilité. Lorsque la nourriture, l’éducation et le soutien psychologique se combinent dans un système unifié, la survie se transforme d’un état d’urgence en un acte de vie. Ces espaces d’espoir n’auraient pas existé sans des partenaires qui ont choisi de se tenir aux côtés de Gaza par des actes et non par des mots. Chaque enfant retourné sur les bancs de l’école, chaque famille ayant reçu un repas pour tenir la journée, chaque mère ayant trouvé un espace pour respirer au milieu de la pression, est le fruit d’une solidarité humaine convaincue que le don peut créer une différence concrète. Ce partenariat demeure plus important que jamais, car les défis grandissent plus vite que les capacités, et la continuité de cet impact dépend de la continuité de ce soutien.

Lien vers les photos et vidéos

Fournir des repas aux familles du camp des agriculteurs

https://drive.google.com/drive/folders/11JYhRi6NSLoyOZTcbvnjCfiEz5nAxdQs

Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Hilal

https://drive.google.com/drive/folders/1GOmJKFyKG31FuKxhj0D4yCwll_Mi2bjU

programmes éducatifs

https://drive.google.com/drive/folders/1KE4IyKT8P7_fWtPyYIEEqyb62jdS7zKD

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