Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | L’aide humanitaire, un choix politique pour protéger la vie
22 février 2026Gaza est toujours entre blocus et faim, l’équipe de l’UJFP persiste à intervenir pour soutenir la vie, compte rendu du 21 Février
À Gaza, la crise ne se résume plus aux images de destruction ni aux chiffres des victimes qui dominent les titres de l’actualité, mais à la transformation profonde qui a frappé la structure même de la vie. L’eau, la nourriture, l’abri, l’éducation et le travail sont désormais menacés, et leur continuité dépend de calculs complexes qui dépassent la capacité des individus à les maîtriser. Dans les différentes zones du territoire, les camps de déplacés sont devenus l’emblème de cette phase. Des milliers de familles ont été contraintes de quitter leurs maisons, non pas une seule fois, mais à plusieurs reprises, dans un mouvement de déplacement continu qui a vidé de sens la notion même de « foyer ». Dans ces camps, les voix des déplacés s’élèvent pour dénoncer la faim, en un mois traditionnellement associé à la miséricorde et à l’abondance. Le contraste est cruel : un temps censé intensifier les élans de solidarité, alors que le besoin s’accroît et que l’accès à la nourriture se restreint.
La faim à Gaza n’est plus un simple effet secondaire de la guerre ; elle est devenue un moyen de pression quotidien qui réorganise la société autour de la seule priorité de la survie. Lorsque la capacité d’assurer un repas régulier disparaît, tout le reste recule. L’éducation devient un luxe, le travail perd son sens, et la dignité humaine est mise à l’épreuve dans les files d’attente. Avec l’effondrement de l’économie locale et la paralysie des chaînes d’approvisionnement, l’accès à la nourriture se transforme en bataille quotidienne menée par des civils aux moyens extrêmement limités.
Dans ce contexte, l’action humanitaire apparaît comme bien plus qu’une réponse d’urgence traditionnelle ; elle constitue un acte aux dimensions à la fois politiques et sociales. Les interventions de UJFP s’inscrivent dans cette perspective : il ne s’agit pas seulement de distribuer de l’aide alimentaire, mais d’établir une première ligne de défense pour la survie de la communauté. Le travail quotidien mené par les équipes à Mawasi Khan Younès, dans les camps Al-Fajr et Al-Soumoud, ainsi qu’à Deir al-Balah, ne relève pas uniquement d’une logique d’assistance ponctuelle, mais d’une gestion continue visant à empêcher l’effondrement total du tissu de vie.
Les repas préparés au cœur des camps ne sont pas une simple réponse à une faim immédiate ; ils portent un message concret : la communauté n’a pas été abandonnée à son sort. Le choix de cuisiner dans les lieux de déplacement a une signification claire : atteindre les personnes là où elles se trouvent, réduire les risques qu’elles pourraient encourir en cherchant de la nourriture et garantir une distribution équitable dans un environnement marqué par la surpopulation et la compétition pour des ressources rares. Ces efforts visent les familles ayant perdu leur logement et leurs sources de revenus, les enfants exposés au risque de malnutrition, les femmes qui assument la charge de leurs foyers dans des conditions accablantes, ainsi que les personnes âgées désormais sans soutien.
À Deir al-Balah, où se sont concentrés de nombreux déplacés venus de la ville de Gaza et du nord du territoire, l’importance de ce rôle est encore plus manifeste. Chaque repas distribué représente une forme de stabilité temporaire dans un contexte chaotique et atténue les tensions sociales qui surgissent inévitablement lorsque les besoins dépassent les ressources disponibles. L’aide ne se limite pas à prévenir la faim ; elle contribue également à protéger le tissu social contre l’érosion et à réduire les risques d’explosion interne née de la frustration et du désespoir. Une alimentation régulière, même minimale, permet aux familles de planifier leur journée et de retrouver une part de contrôle dans une réalité marquée par l’incertitude. Dans un environnement où les services publics déclinent et où les institutions de soutien officielles se contractent, l’action humanitaire devient un espace alternatif pour préserver la dignité humaine.

Derrière cet effort de terrain se tient un réseau de donateurs qui ont choisi de transformer leur solidarité en soutien effectif. Leurs contributions ne se traduisent pas seulement en chiffres dans des rapports, mais en denrées alimentaires, en carburant et en équipements permettant aux cuisines de continuer à fonctionner. Dans ce sens, le soutien devient une forme de partenariat indirect visant à protéger la société d’un effondrement total dans la précarité.
Gaza aujourd’hui n’est pas seulement un théâtre de conflit militaire, mais un espace où s’éprouve la volonté de survivre sous un blocus aux multiples dimensions. Alors que les pressions politiques, économiques et humanitaires continuent de se resserrer sur la population, les initiatives humanitaires demeurent l’un des rares outils disponibles pour maintenir la possibilité de la vie. Les interventions de l’UJFP ne prétendent pas modifier l’équation politique, mais elles s’efforcent d’empêcher que ses conséquences ne se transforment en catastrophe humanitaire généralisée.
À une époque où les cris de la faim montent des camps, assurer un repas quotidien dépasse la simple charité pour s’inscrire dans une problématique plus vaste : celle de la protection de l’être humain et de son droit à la vie. Entre une réalité qui se resserre et un effort qui tente d’élargir la marge de l’espoir, la lutte quotidienne se poursuit pour défendre les droits les plus élémentaires : manger, survivre et ne pas être laissé seul face à l’obscurité.
Lien vers les photos et vidéos
Distribution de repas aux familles du camp d’Al Fajr
https://drive.google.com/drive/folders/1D7N9zFU3Xy7yIF7L41EI_0VI8FAjLK_V
Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Hilal
https://drive.google.com/drive/folders/1tENXspTtP3_5Vidpawgkrrg7_Ug2Cp0m
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