Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Propagation d’un virus respiratoire à Gaza

28 janvier 2026
Gaza, 18 janvier 2026. Photo Sameh Ahmed sur X.

Un texte du 27 Janvier où Abu Amir décrit une récente aggravation de la crise sanitaire : développement d’infections transmissibles dûes aux conditions de vie

La ville de Gaza traverse l’une des périodes les plus dures de son histoire récente, alors que les tragédies humanitaires s’accumulent sur les épaules d’une population déjà épuisée par la guerre, le déplacement forcé, la pauvreté et la perte des conditions de vie les plus élémentaires. Au cœur de cette réalité lourde, un nouveau virus respiratoire est apparu, ajoutant une couche supplémentaire de douleur et transformant la maladie en une menace quotidienne qui frappe aux portes des familles sans prévenir.

L’obligation pour des dizaines de milliers de citoyens de vivre dans des camps et des tentes dépourvus des normes minimales de santé publique — dans un contexte de surpeuplement, de mauvaise ventilation et d’absence d’hygiène et d’intimité — ces environnements fragiles sont devenus un terrain propice à la propagation rapide de l’infection. Les familles entassées dans des espaces restreints, les enfants dormant les uns contre les autres et les personnes âgées privées d’un cadre de vie sain et sécurisé sont tous davantage exposés au risque de contamination. Ainsi, le virus frappe des familles entières et approfondit la plaie humanitaire ouverte dans la bande de Gaza.

La gravité de cette situation sanitaire est encore renforcée par la propagation de la malnutrition chez les enfants et les femmes enceintes, en raison de la pénurie aiguë d’une alimentation équilibrée et de la difficulté à assurer des repas de base. De nombreux enfants souffrent d’insuffisance pondérale et d’un affaiblissement du système immunitaire, ce qui rend leur organisme moins apte à résister au virus et plus vulnérable à une dégradation rapide de leur état de santé. Quant aux femmes enceintes, elles font face à un double danger : l’épuisement physique causé par la maladie et la faiblesse nutritionnelle, qui menacent la santé de la mère et le développement du fœtus, et augmentent le risque de complications graves.

Des symptômes sévères qui épuisent le corps et clouent les malades au lit

Les personnes infectées souffrent de symptômes intenses et soudains, qui commencent généralement par une forte fièvre accompagnée de maux de tête sévères, de douleurs musculaires, articulaires et oculaires, ainsi que d’une sensation générale de fatigue et d’épuisement. De nombreux patients décrivent cette affection comme plus grave que les rhumes ordinaires, car elle prive la personne atteinte de la capacité d’accomplir ses activités quotidiennes et l’oblige à rester alitée pendant plusieurs jours en raison de l’intensité de la fatigue et de la faiblesse corporelle. Les symptômes incluent également une congestion nasale, un écoulement abondant, une inflammation de la gorge, une toux persistante et, dans certains cas, des difficultés respiratoires, en particulier chez les personnes âgées et celles souffrant de maladies pulmonaires ou d’un affaiblissement immunitaire. Certains patients présentent aussi des troubles de l’appétit et du sommeil, ce qui accentue l’état de faiblesse générale et ralentit le processus de guérison.

Une transmission rapide au sein des familles et des rassemblements

Ce virus se caractérise par sa propagation rapide entre les membres d’une même famille, où plusieurs personnes sont souvent infectées en l’espace de quelques jours. Les conditions de surpeuplement, notamment dans les tentes et les centres d’hébergement, favorisent la transmission de l’infection par les gouttelettes respiratoires et les contacts directs, transformant ainsi la maladie d’un cas individuel en une contamination collective au sein d’une même famille ou entre voisins. Dans de nombreux cas, les enfants sont infectés en premier, puis l’infection se transmet au reste de la famille, ou inversement, ce qui rend le contrôle de la propagation au sein des foyers extrêmement difficile. Cette réalité crée un climat d’anxiété permanent chez les parents, inquiets pour les personnes âgées et les malades chroniques, de peur que les symptômes n’évoluent vers des complications graves.

Des hôpitaux saturés et incapables d’absorber l’augmentation des cas

Parallèlement à la large propagation du virus, les hôpitaux de Gaza connaissent une situation de saturation extrême en raison de l’afflux quotidien continu de patients présentant des symptômes sévères. Les services d’urgence sont bondés, et les lits dans les services d’hospitalisation sont devenus insuffisants par rapport au nombre de cas nécessitant un suivi médical ; une pression énorme sur le personnel soignant, un retard de la prise en charge de certains patients.

Baucoup depatients sont contraints d’attendre de longues heures pour un examen ou un traitement. Certaines familles sont même obligées de retourner dans leurs tentes avec leurs malades sans amélioration notable, faute de places disponibles pour accueillir tout le monde. Avec l’augmentation quotidienne du nombre de cas, les hôpitaux se transforment en espaces saturés de douleur, d’inquiétude et de peur, illustrant la profondeur de la crise sanitaire que traverse la région.

Un impact particulier sur les groupes les plus vulnérables

Le virus représente un danger accru pour les nourrissons, les personnes âgées, les femmes enceintes et les patients atteints de maladies cardiaques, de diabète ou de pathologies respiratoires. Ces groupes souffrent généralement de symptômes plus graves, et leur état peut rapidement évoluer vers des complications telles que des infections pulmonaires sévères ou une baisse du taux d’oxygène dans le sang, nécessitant une surveillance médicale étroite. Les femmes enceintes font face à des défis sanitaires supplémentaires, car la fièvre élevée et l’épuisement intense peuvent entraîner des risques potentiels pour la santé de la mère et du fœtus, et accroître le stress psychologique ainsi que la peur d’une détérioration soudaine de l’état de santé.

Des répercussions psychologiques et sociales accumulées

L’impact de la maladie ne se limite pas à l’aspect physique, mais s’étend également à la santé mentale et sociale. La propagation de l’infection au sein des familles engendre un état d’anxiété permanente, notamment en raison de la répétition des contaminations dans un même foyer et du sentiment d’impuissance à protéger les enfants et les personnes âgées. La durée prolongée de la fatigue et de l’épuisement perturbe la vie quotidienne et réduit la capacité à travailler ou à subvenir aux besoins essentiels, ce qui accentue la pression psychologique sur les familles. Les enfants sont particulièrement affectés, car beaucoup d’entre eux sont contraints de rester dans des espaces fermés pendant de longues périodes en raison de la fatigue ou de la peur de l’infection, ce qui a un impact négatif sur leur état psychologique et leur comportement quotidien.

Une maladie devenue un fardeau quotidien pour la société

Avec la poursuite de la propagation du virus et l’élargissement de la zone des infections, la maladie est devenue une composante du quotidien à Gaza, au point qu’il est rare de trouver une famille sans un ou plusieurs cas. Cette large diffusion transforme le virus d’un problème de santé individuel en une crise communautaire qui affecte le mode de vie général et accroît la fragilité de la situation sanitaire d’une population déjà confrontée à des conditions de vie extrêmement difficiles. Dans l’incapacité de contenir efficacement l’infection, le risque d’aggravation des cas demeure élevé.

La propagation de ce virus respiratoire à Gaza n’est plus une simple vague épidémique passagère, mais une crise sanitaire et humanitaire qui touche la vie quotidienne des habitants, alourdit le fardeau des familles et expose les groupes les plus vulnérables à de réels dangers. Face à la poursuite de la propagation, la nécessité de renforcer la sensibilisation sanitaire, d’encourager les mesures de prévention individuelles et de réduire les facteurs de transmission devient urgente, dans une tentative de limiter les effets de cette maladie et d’atténuer la souffrance de la population durant l’une des périodes les plus difficiles que traverse la région.

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