Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Quand la voix devient une patrie
19 janvier 2026Compte rendu de l’atelier de soutien psychologique des femmes du camp d’Al-Ard Al-Katiba le 19 Janvier
Dans le camp d’Al-Ard Al-Katiba, à l’ouest de la ville de Gaza, où les tentes s’étendent comme des blessures ouvertes sur la mémoire du lieu, les femmes vivent une réalité doublement rude. Ici, le déplacement n’est pas un simple passage forcé d’une maison à une tente, mais un arrachement répété à la sécurité, à l’intimité et à la capacité de planifier sa vie. La femme se retrouve sommée d’être à la fois mère, éducatrice, protectrice, et réparatrice de l’âme avant même de l’être des murs. .
La séance de soutien psychologique mise en œuvre par l’équipe de l’UJFP dans le camp d’Al-Ard Al-Katiba, à l’ouest de la ville de Gaza, en présence de 30 femmes déplacées Malgré le déplacement, nous sommes plus fortes,notre voix, c’est la vie . L’atelier s’est ouvert par une présentation fondée sur le soutien aux groupes les plus vulnérables, en particulier les femmes dans les contextes d’urgence et de déplacement. C’est une étape dans un long parcours visant à retrouver l’équilibre psychologique et l’identité de leadership de la femme au sein du camp.
La première activité a été consacrée à briser l’image stéréotypée de la femme déplacée, à travers un exercice : Je suis derrière le chiffre . Les femmes se sont assises en cercle, et chacune a été invitée à se présenter en dehors de l’étiquette du déplacement. L’une a parlé de son identité d’enseignante ayant perdu son école, une de son métier de couturière qui faisait vivre sa famille, une troisième, de son rôle de mère ayant réussi à sauver ses enfants sous les bombardements.
L’une des participantes a dit d’une voix tremblante, en serrant sa main : « Nous avons été déplacées cinq fois, et à chaque fois j’avais l’impression de me dissoudre. Aujourd’hui seulement, je me suis rappelé qui je suis. » Les femmes ont compris que la perte de leurs maisons n’efface pas la force, l’expérience et la capacité de résister qu’elles portent en elles.
Entre cette activité et la suivante, un moment léger de détente, sous la forme d’un exercice collectif de relâchement et d’un rire spontané à travers des jeux simples et des mouvements corporels qui ont réduit la tension. Un rire qui naît dans un lieu habitué aux pleurs.
L’atelier est ensuite passé à la deuxième activité Le langage de la force. Il s’agissait d’un exercice pratique et interactif centré sur la manière d’utiliser les mots et le ton de la voix dans la relation avec les enfants et face aux pressions quotidiennes du camp. Des situations réelles vécues par les femmes dans les tentes ont été mises en scène : des moments de peur pendant les bombardements, l’épuisement des réserves de nourriture, ou encore les disputes entre enfants. Les participantes ont été entraînées à transformer leur discours, en passant d’un langage d’impuissance à un langage de réassurance et de stabilité. L’une des femmes a commenté : « Je ne savais pas que ma parole pouvait sauver mon enfant de la peur. Je pensais être faible, et aujourd’hui j’ai compris que ma voix est le toit de sa sécurité. »
Au fil de l’approfondissement des échanges, une souffrance enfouie est apparue : des femmes ont parlé de leur sentiment de brisure, et de longs moments de silence à l’intérieur de la tente. Mais cette parole ne s’est pas arrêtée à la douleur : elle s’est progressivement transformée en prise de conscience de la force.
Puis est venue la troisième activité : Notre voix construit . Les femmes ont travaillé en petits groupes pour déterminer des rôles simples que chacune peut assumer dans l’environnement de sa tente : organiser des séances de contes pour les enfants, soutenir une femme âgée, ou diffuser des mots d’espoir parmi les voisines. Ici, un leadership collectif est apparu, non comme un pouvoir, mais comme une responsabilité humaine. Une participante « Je restais assise en silence dans un coin de la tente. Aujourd’hui, je m’assiérai au milieu. »
À la clôture de l’atelier, la tente s’était transformée en un espace de chaleur, en un petit parlement de la reconstruction. Lorsque la femme retrouve sa voix, c’est toute une communauté qu’elle retrouve. Et que la tente, aussi provisoire soit-elle, peut devenir un espace de dignité, lorsque la femme se voit accorder le droit de dire, de se réjouir, et d’être une leader même au milieu des décombres.
Lien vers les images et les vidéos
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