Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Quotidien à Gaza : violations incessantes, funérailles permanentes

9 janvier 2026
Gaza vit un deuil collectif permanent

Le soir du 9/01 après un super compte rendu d’action psychologique, un texte terrible encore et encore, violations, funérailles, pertes, adieux, ainsi se présentent les matins quotidiens de Gaza.

Hier soir, la soirée à Gaza n’a pas marqué la fin d’une journée, mais le début d’un nouveau récit de deuil. Lorsque la lumière a faibli, que le soleil a penché vers l’absence, les maisons n’ont pas allumé leurs lampes ; c’est le ciel qui s’est embrasé sous les feux des bombardements. Des frappes israéliennes ont brisé le silence de la nuit et touché des zones densément peuplées, laissant derrière elles des corps étendus au sol, des cris suspendus dans l’air, des cœurs incapables de supporter davantage.

Le bombardement n’était pas un simple vacarme passager. Il a constitué un instant décisif entre une vie qui se vivait encore et une vie qui n’existait plus. Durant ces heures, des morts et des blessés sont tombés, parmi eux des enfants, selon ce qu’ont confirmé des sources médicales locales et relayé des institutions médiatiques. Certains n’ont pas trouvé de lit à l’hôpital, d’autres n’ont pas eu le temps de faire leurs adieux, et certains sont sortis de chez eux vivants pour y revenir sous forme de noms inscrits sur une liste de morts.

Avec la fin de la nuit, le matin est arrivé différent…Non pas parce que les bombardements se sont arrêtés, mais parce que la vérité s’est pleinement révélée.

Gaza s’est réveillée sur une nouvelle qui ne s’est pas arrêtée à la soirée d’hier, mais qui s’est prolongée jusqu’au matin, telle une blessure qui a saigné toute la nuit. Un matin qui a commencé par des funérailles avant même de commencer par la vie. Des rues remplies de cercueils plutôt que de passants, des voix de colère mêlées aux pleurs, et des mères marchant derrière les corps de leurs fils comme si elles marchaient derrière leurs propres vies qui venaient de s’achever.

À Gaza, le matin n’est pas un commencement, mais la continuité de la perte.

Ce qui s’est produit hier soir n’était pas un incident isolé, mais un nouvel épisode dans une longue série de violations répétées du cessez-le-feu. Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires a évoqué dans ses rapports un schéma devenu familier : frappes aériennes, tirs, victimes civiles, même durant les périodes supposées de trêve. L’OCHA a confirmé que ces violations, depuis l’annonce du cessez-le-feu, ont coûté la vie à des dizaines de Palestiniens et laissé des centaines de blessés, pour la plupart des civils n’ayant aucun lien avec les combats, si ce n’est le fait de vivre au mauvais endroit.

Mais les chiffres, aussi élevés soient-ils, ne peuvent décrire ce que les gens voient ici. Un chiffre ne dit pas qu’un enfant s’est endormi hier soir en attendant le matin de l’école, pour se réveiller aujourd’hui dans une tombe. Un chiffre ne dit pas qu’une mère conserve encore le cartable de son fils, bien qu’il ne reviendra plus. Un chiffre ne dit pas qu’une maison entière est soudain devenue une simple image accrochée au mur de la mémoire.

Dans les hôpitaux, la douleur était encore plus visible. Des médecins épuisés, travaillant sous une pression impitoyable, avec des moyens dérisoires et des mains presque vides. Le Comité international de la Croix-Rouge a exprimé sa profonde inquiétude face à la poursuite des pertes civiles et a averti que les restrictions imposées à l’entrée des équipes médicales et des fournitures transforment chaque blessure en un risque de mort aggravé. Les blessés ne meurent pas seulement de la gravité de leurs blessures, mais aussi du manque de médicaments, des retards de traitement, et d’un sentiment cruel que le monde regarde sans intervenir.

Depuis l’annonce du cessez-le-feu, Gaza espérait reprendre son souffle. Mais ce qui s’est produit, et ce qui continue de se produire, a vidé la trêve de tout sens. Des dizaines de morts sont tombés depuis cette annonce, selon des rapports onusiens, dans un tableau qui confirme que les tueries ne se sont pas arrêtées, mais ont simplement changé de moment. Les gens meurent la nuit, sont enterrés le matin, et le cycle se referme pour recommencer le soir suivant.

Dans les quartiers, les gens ne parlent ni de politique ni de communiqués militaires. Ils parlent de la famille qui a perdu deux membres, de l’enfant qui a survécu seul, et de la maison devenue vide, à l’exception de l’odeur de l’absence. Ils parlent d’une peur devenue compagne permanente, d’un sommeil qui ne vient plus, et de matins devenus synonymes de funérailles. Gaza aujourd’hui n’est pas seulement un lieu qui vit une guerre, mais un lieu qui vit un deuil collectif permanent. Chaque maison est un potentiel lieu de condoléances, chaque mère un projet de patience, et chaque enfant porte dans ses yeux une question plus grande que son âge :

Pourquoi nous ?

Ce qui s’est passé hier soir, et dont la cruauté s’est révélée pleinement ce matin, confirme que les violations ne sont plus des événements passagers, mais une réalité quotidienne qui vole la vie lentement et transforme le temps à Gaza en une succession d’adieux lourds. Ici, le temps ne se mesure pas en heures, mais au nombre de cercueils, au nombre de cœurs brisés, et au nombre de matins qui ont commencé dans la tristesse et ne se sont pas encore achevés.

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