Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Ramadan: les femmes fabriquent la sécurité au cœur de la tempête
2 mars 2026Un autre compte rendu hebdomadaire d’un atelier de soutien psychosocial pour les femmes de Gaza : 2 Mars au camp Al-Najah, à l’ouest de la ville de Gaza.
À Gaza, la femme n’attend plus les nouvelles pour savoir à quoi ressemblera sa journée. Elle est la mère qui apaise la peur dans les yeux de ses enfants, la gestionnaire qui tente d’organiser les détails de la vie dans un espace restreint chargé d’angoisse, et la gardienne qui veille la nuit, un œil ouvert et le cœur en alerte, prête à tout imprévu susceptible de bouleverser le peu de stabilité qui subsiste. Elles se retrouvent contraintes de reconstruire leur quotidien à partir de zéro, jour après jour, au milieu du manque de ressources, de la rareté des choix. Elles s’efforcent d’offrir à leur famille une impression de cohésion, elles-mêmes au bord de l’épuisement.
Le Ramadan, autrefois saison de rencontres et de chaleur familiale, est arrivé cette année sous un visage différent, chargé de questions difficiles : comment préserver son esprit au cœur d’une agression persistante ? Comment la femme peut-elle faire de ce mois un espace de sérénité alors qu’elle vit au centre de la tempête ? Comment maintenir vivants ses rituels alors que le monde autour d’elle semble se désagréger ?
L’équipe de UJFP Elle met ainsi en œuvre une série d’ateliers et de séances de soutien psychosocial dans les différents sites de déplacement, en plaçant au premier plan la création d’espaces sûrs pour le dialogue, l’expression émotionnelle et la construction de réseaux de soutien mutuel entre femmes.
Au camp Al-Najah, à l’ouest de Gaza, vingt-cinq femmes résidant dans le camp se sont réunies pour participer à une séance intitulée : Ramadan nous rassemble, un espace de sécurité et de soutien psychosocial pour les femmes. Une tentative de raviver l’esprit communautaire qu’elles avaient perdu et de briser l’isolement imposé par les conditions de déplacement.
La première activité, intitulée Cercles de la mémoire , invitait les participantes à évoquer une image ancienne du Ramadan associée à un sentiment de sécurité, puis à la partager avec leur voisine. Les récits ont afflué : tables généreusement garnies, voix de proches, visites du soir, rituels collectifs qui donnaient au mois sa saveur singulière. Cet exercice n’était pas un simple retour vers le passé ; il constituait un pont émotionnel reliant les femmes à des souvenirs de force et de chaleur. Il leur rappelait que perdre un lieu ne signifie pas perdre le sens, et que les rituels du Ramadan peuvent être réinventés, même dans les circonstances les plus difficiles.
La seconde activité consistait à répartir les participantes en petits groupes autour d’une question centrale : Qu’est-ce qui vous pèse le plus durant ce Ramadan ? Ont émergé les thèmes de la solitude, de l’inquiétude pour les enfants, du sentiment de rupture avec la communauté et de la peur de l’avenir. Au fil des échanges, un changement progressif dans le langage corporel s’est fait sentir. Les visages tendus à l’arrivée se sont adoucis ; les voix basses et tremblantes ont gagné en assurance. Reconnaître ses émotions devant d’autres semblait en alléger le poids et procurer un sentiment de soulagement face au fardeau du silence.
La séance s’est poursuivie avec l’activité La chaîne de sécurité. Les femmes ont été invitées à se tenir en cercle, proches les unes des autres, et à se tenir la main pendant quelques minutes, tout en se concentrant sur le sentiment de cohésion collective. À cet instant, le cercle semblait former une seule entité partageant le même battement. Cet exercice a renforcé la notion de rassemblement comme moyen de guérison psychologique collective, et a ancré l’idée que le sentiment de sécurité peut se construire par la solidarité, même lorsque l’environnement extérieur ne l’offre pas.
Un autre moment à l’activité Lettre à moi-même à la fin du Ramadan. Chaque participante devait écrire un souhait ou un engagement envers elle-même, lié à sa manière de gérer la pression ou de prendre soin de sa santé mentale. Ne plus réprimer ses émotions, demander de l’aide en cas de besoin, créer de simples instants de joie au sein de la famille. Afin de renforcer le réseau de soutien social, les participantes ont convenu d’organiser des rencontres régulières pour se soutenir mutuellement, partager défis et petites réussites, et assurer la continuité de l’impact au-delà de la séance.
L’une des femmes a confié que le plus difficile durant ce Ramadan était le sentiment de solitude, mais que la présence d’autres femmes traversant la même expérience l’avait soulagée. Elle a ajouté que parler ouvertement, sans crainte, lui avait apporté un apaisement qu’elle n’avait pas ressenti depuis longtemps. comme si la rencontre avait restauré une part du tissu social déchiré par l’agression.
L’équipe de UJFP a souligné que les programmes de soutien psychosocial dans les camps de déplacement reposent sur une conviction profonde : prendre soin de l’être humain commence de l’intérieur, et l’autonomisation psychologique et sociale des femmes constitue la pierre angulaire de la protection de la famille déplacée contre la désintégration. Lorsqu’une femme retrouve son équilibre, elle devient plus apte à gérer son quotidien, à contenir ses enfants et à créer une petite lueur d’espoir qui défie la dureté de la réalité. Le Ramadan peut devenir un espace de solidarité même dans les moments les plus sombres, la sécurité peut naître d’un cercle de femmes qui ont choisi de s’écouter, de s’accorder le droit de parler, de guérir et de rêver malgré tout.
Lien vers les photos et vidéos
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