Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Une crise de panique des intérêts européens!
14 janvier 2026Dans un texte du 14 Janvier , avec beaucoup de finesse, d’humour et d’ironie Abu Amir analyse l’aveu tardif, dans un palais froid, du président allemand.
Par un matin européen glacial, le président allemand Frank-Walter Steinmeier est apparu pour déclarer — sur un ton rappelant les sermons des prophètes après les catastrophes — que l’ordre mondial est en train de sombrer pour devenir un « repaire de voleurs », et que la politique étrangère américaine sous Donald Trump menace ce qu’il reste de la démocratie mondiale. La scène donnait l’impression que l’Europe venait de sortir soudainement d’un long coma : elle se frottait les yeux pour découvrir que le monde n’est pas un endroit juste, et que les puissants prennent ce qu’ils veulent par la force. Mais ce qui est surprenant dans cette histoire n’est pas ce qu’a dit Steinmeier, c’est le moment où il a découvert cette vérité.
Car le monde, Monsieur le Président, n’est pas devenu un repaire de voleurs cette année, ni sous Trump. Il l’était déjà depuis que ses cartes ont été dessinées dans des salles fermées après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les peuples ont été divisés comme on partage un butin, et que les frontières ont été tracées comme des lignes de craie dans une cour d’école. La Palestine, par exemple, n’a pas été divisée uniquement sur le papier : elle l’a été dans la conscience mondiale, lorsque des résolutions internationales ont été adoptées sans jamais être appliquées, et lorsque la justice est devenue une rubrique facultative dans les journaux télévisés. Le droit international existait, certes, mais il ressemblait davantage à une décoration accrochée au mur de la puissance qu’à autre chose.
Les années ont passé, les résolutions se sont accumulées, les condamnations se sont multipliées, mais une chose est restée constante : Israël, quoi qu’il fasse, reste intouchable. Il bombardait, occupait, assiégeait et tuait, tandis que l’Europe — et en son cœur l’Allemagne — montait la garde du silence, vendant des armes et achetant des excuses. Gaza brûlait, la Cisjordanie étouffait, les réfugiés se multipliaient, mais la conscience européenne était occupée par des calculs jugés plus importants : les contrats, les alliances, les équilibres, tous ces mots utilisés pour justifier l’aveuglement.
Puis vinrent les autres guerres : l’Irak, la Libye, l’Afghanistan, le Yémen, la Syrie. Des États brisés comme des jouets, des peuples jetés hors de l’Histoire au nom de la « diffusion de la démocratie ». Les avions occidentaux bombardaient, les communiqués européens justifiaient, et le droit international n’était invoqué que lorsqu’il convenait aux puissants. Durant ces années-là, nous n’avons pas entendu Steinmeier mettre en garde contre un « repaire de voleurs ». Peut-être parce que les voleurs dérobaient loin de chez lui.
Et soudain, lorsque Donald Trump a décidé de jouer hors du script, de parler d’annexer des territoires ici et de redistribuer les sphères d’influence là, lorsqu’il a commencé à remettre en cause l’OTAN et à traiter l’Europe comme un fardeau plutôt que comme un partenaire, c’est alors seulement que la conscience allemande a vacillé. Tout à coup, l’ordre international est devenu menacé. Tout à coup, les valeurs ont été en danger. Non pas parce que le monde était devenu plus injuste, mais parce que l’injustice se rapprochait du centre européen.
Trump, en réalité, n’a pas inventé le chaos. Il a simplement arraché le masque d’un système hypocrite depuis le début. Il a dit ouvertement ce qui se pratiquait en secret : que la force est la véritable loi, et que celui qui possède les armes et l’argent écrit les règles. Et c’est cela qui a terrifié l’Europe. Non parce que c’est immoral, mais parce que cela a révélé le jeu.
Lorsque Steinmeier affirme que la démocratie mondiale subit une attaque sans précédent, il a à moitié raison. La démocratie est effectivement attaquée, mais pas depuis Trump : depuis le moment où elle s’est transformée en prétexte pour bombarder, en slogan brandi au-dessus des chars. La démocratie larguée depuis les avions n’est pas une démocratie, mais une occupation élégante.
Quant au « repaire de voleurs » que craint le président allemand, il n’a pas été construit à Washington seulement : l’Europe a participé à son édification pierre après pierre. Chaque contrat d’armement, chaque silence face à un massacre, chaque veto contre la justice a été une brique de ce repaire. Mais ce qui irrite aujourd’hui, ce n’est pas son existence, c’est qu’un des voleurs ait décidé de ne plus respecter les anciennes règles du vol.
Ainsi, l’Allemagne se tient aujourd’hui non pas comme gardienne des valeurs, mais comme propriétaire d’une maison effrayé à l’idée que le voleur qu’elle connaît change. Le vol est acceptable tant qu’il est organisé, et le pillage est permis tant qu’il n’atteint pas les coffres de l’Europe.
Ce n’est pas un réveil de conscience.
C’est une crise de panique des intérêts.
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