Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Vivre le Ramadan comme un espace de force!

21 février 2026
C'est le troisième Ramadan que la populationde Gaza doit vivre dans des conditions indignes ...crédit photo ujfp Gaza

Le Ramadan, un mois de bonté et de miséricorde qu’il faut vivre en temps de pénurie / CR de l’atelier pour les femmes du camp des amis à Deir al-Balah 20/02

La réalité des femmes à Gaza : elle s’est sont transformée en une lutte quotidienne pour préserver un minimum de stabilité psychologique et alimentaire pour leurs enfants. Les femmes font face à des défis multiples : absence de revenus, difficulté d’accès à la nourriture, manque d’intimité, ainsi que pression psychologique liée à la peur constante et à l’incertitude quant à l’avenir. À l’approche du mois sacré de Ramadan, ces pressions s’intensifient. Dans la mémoire collective, ce mois est associé à la générosité et aux tables abondantes, alors que les circonstances imposent une réalité totalement différente. Ce contraste crée un fardeau psychologique supplémentaire pour les mères, qui s’efforcent de préserver la dignité de leurs familles malgré la pénurie.

Dans ce contexte humanitaire difficile, l’atelier Ramadan, mois de bonté et de miséricorde, gérer en temps de pénurie est né comme une réponse à la fois pratique et émotionnelle aux besoins des femmes déplacées. L’initiative repose sur la conviction que l’autonomisation commence par les détails du quotidien, en transformant la rareté en opportunité d’innovation plutôt qu’en source d’impuissance. L’atelier a été mis en œuvre au Camp des Amis – à l’ouest de Deir al-Balah, dans la zone centrale de la bande de Gaza.

Vingt femmes déplacées, toutes mères au foyer, ont participé à l’atelier. Elles représentaient des parcours et des expériences variés, réunies par les circonstances du déplacement et la préoccupation commune d’assurer les besoins de leurs familles. L’atelier a été organisé par l’équipe UJFP, dans le cadre de ses programmes visant à soutenir les groupes marginalisés, en particulier les femmes dans les zones de déplacement. Cet atelier s’inscrit dans une série d’activités combinant soutien humanitaire et accompagnement psychosocial communautaire.

L’atelier a débuté par une séance introductive autour du concept de gestion en temps de pénurie , et de la manière de redéfinir la suffisance et la bénédiction face à la limitation des ressources. L’accent a été mis sur la gestion du panier de Ramadan disponible et sur l’analyse pratique du contenu des colis alimentaires. Les formatrices ont discuté avec les participantes d’alternatives alimentaires reposant sur les légumineuses et les conserves, tout en préservant la valeur nutritionnelle, en particulier pour les enfants.

La séance s’est ensuite poursuivie par un volet pratique, durant lequel les femmes ont préparé des recettes simples à partir d’ingrédients limités. Des méthodes astucieuses de cuisson au feu de bois ont été présentées, ainsi que le choix d’ustensiles adaptés pour réduire le temps et l’effort. Les femmes ont échangé leurs expériences sur la répartition de la chaleur, la cuisson simultanée de plusieurs plats et l’optimisation de chaque minute.

La rencontre a commencé par un exercice de décharge émotionnelle, permettant aux femmes d’exprimer leurs craintes à l’approche du Ramadan. Un exercice en cercle a ensuite été proposé : chaque participante devait mentionner un élément qui lui donne de la force malgré les circonstances. Cette activité a favorisé un sentiment de solidarité et a rappelé aux femmes qu’elles ne sont pas seules.

De courts exercices de respiration ont également été utilisés pour atténuer la tension, notamment lors des discussions sur les pressions liées à la préparation des repas et à l’approvisionnement alimentaire. La partie psychosociale s’est conclue par un message de soutien affirmant que le sentiment d’impuissance est humain, mais que la résignation n’est pas une fatalité. L’atelier a également mis l’accent sur la revitalisation de l’entraide au sein du camp.

Les participantes ont été encouragées à partager des plats simples entre les tentes, non pas par abondance, mais dans un esprit de solidarité. Des idées ont été discutées pour organiser des iftars collectifs modestes, renforçant les liens sociaux et allégeant la charge de chaque famille. Les participantes ont unanimement reconnu que le partage confère à la nourriture une valeur plus profonde que sa simple dimension matérielle.

L’une des participantes a déclaré : « Je portais le poids de la première nuit de Ramadan : comment nourrirai-je mes enfants ? Aujourd’hui, j’ai compris que la bénédiction réside dans la bonne gestion, non dans la multiplicité des plats. »

Une autre a ajouté :« J’ai appris que le feu de bois peut devenir un allié si l’on sait le comprendre, et que le temps peut être géré intelligemment. »

Les femmes ont quitté l’atelier avec bien plus que des recettes. Elles ont emporté un sentiment renouvelé de capacité, des outils pratiques et un soutien psychologique indirect. Leur conviction s’est renforcée : Ramadan peut demeurer un mois de dignité, même sous les tentes. L’atelier a également contribué à la création d’un réseau de soutien féminin au sein du camp, fondé sur l’échange de savoirs et d’expériences.

En temps de pénurie, la gestion devient un acte de résistance, et la femme se transforme en première ligne de défense de la dignité familiale. Depuis le Camp des Amis à Deir al-Balah, les femmes ont adressé un message : Ramadan n’est pas une épreuve de faim, mais un espace pour redécouvrir la force, la miséricorde et le sens.

Lien vers les photos et vidéos

https://drive.google.com/drive/folders/1eLeotvELWfAZXMXwdpk_0WEbVVyWd9K0

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