Mohamed Gabsi, chronique d’une mort dénoncée

par tubereuse 21 juin 2020

Un cri, un écrit.

Pourquoi la mort récente, le 8 avril, de Mohamed Gabsi, 33 ans, après une violente interpellation, qui s’est révélée fatale, par des policiers municipaux de Béziers lors d’un contrôle, passe-t-elle quasiment inaperçue ?

Pourquoi les médias minimisent-ils son existence ?

Alors que deux véhicules de patrouille et cinq policiers sont présents sur la scène d’intervention pour maîtriser un seul homme face à cinq hommes, dont trois qui le portent et deux à proximité, qu’est-ce qui justifie qu’un banal contrôle conduise à l’élimination d’une vie ?

Alors que le procureur de la République de Béziers préfère se référer au rapport de toxicologie, la prise de cocaïne pourrait-elle avoir décuplé les forces de Mohamed Gabsi au point de le métamorphoser en mutant herculéen inexpugnable ? Pourrait-elle avoir été à l’origine de son agonie ?

Alors qu’appréhender un homme, souffrant de schizophrénie, seul face à trois hommes n’a pas les mêmes implications et justifications que face à cinq professionnels armés, sensés être rompus aux techniques d’intervention.

Alors que la fidélité, l’exactitude des faits modulent la pertinence et l’impact d’une information.

Alors que l’intégralité de l’information garantit son intégrité même.

Pourquoi les médias minimisent-ils la présence policière ?

Alors que David Le Bars, haut fonctionnaire de police déclare sur les ondes de France Inter : « L’affaire Floyd est quasiment un assassinat collectif », « mais ne la transposez pas en France… »

Comment considérer le cas de M.Gabsi, avec cinq policiers contre quatre pour G. Floyd ?

Comment légitimement ne pas « transposer » alors que le rapport d’autopsie, cité par sa soeur, évoque une compression cervicale, prolongée et appuyée, une fracture de la thyroïde et autres traumatismes, qui, selon les médecins légistes, peuvent « avoir certainement participé au décès » en provoquant un « syndrome asphyxique » ?

Alors que nous subissons un matraquage médiatique outrancier sur tant d’autres sujets bien plus insignifiants.

Alors que la conjoncture actuelle est plus que jamais propice à relayer ce genre de dérapage.

Alors qu’il est décédé dans les mêmes conditions, pourquoi éviter le parallèle avec George Floyd ?

Pourquoi cette victime échappe-t-elle à l’attention de tous ? Pourquoi est-elle sortie des écrans radar ?

Autre déclaration du commissaire David Le Bars : « Il y a une frange minime de la population, de certains activistes, qui ont pour but d’affaiblir la police et en affaiblissant la police on affaiblit la République. »

Par de tels agissements abusifs, par un tel silence assourdissant, par une telle prépotence institutionnelle, respectivement, ni la police, ni les médias, ni la République ne s’honorent.

Citoyenne lambda rugissante et agissante non « activiste », mon but n’est pas tant d’affaiblir que de fortifier, en élevant ce débat sociétal au sommet de l’humain.

À ras de l’inhumain, à plat ventre, Mohamed Gabsi expire cette supplique : « S’il vous plaît, je ne peux plus respirer. Ils veulent me tuer ! » Puis, il meurt deux fois.

Black & Arab & all lives matter !

Nadia Dridi


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