Témoignages de Gazaouis : la survie s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 129 / 21 juillet

23 juillet 2024

Brigitte Challande, journaliste montpelliéraine, recueille régulièrement depuis le début de l’attaque de l’armée israélienne des témoignages de civil.es palestinien.nes, également publiés sur les sites de l’International Solidarity Mouvement (ISM) et d’Altermidi. Les récits envoyés quotidiennement à Brigitte Challande par Abu Amir et Marsel prennent leur source dans une observation documentée à la fois sur le terrain et à partir de différentes déclarations officielles ou médiatiques.

Brigitte Challande, 22 juillet 2024. Ce matin, Abu Amir nous rappelle la situation générale catastrophique qui n’en finit pas de se dégrader de jour en jour dans la bande de Gaza :

« La guerre brutale se poursuit depuis 290 jours, tirant son carburant de la vie de milliers de personnes ici dans la bande de Gaza, et l’armée israélienne poursuit ses bombardements continus sur plusieurs zones de la bande. Ce qui aggrave considérablement la détérioration de la situation humanitaire, notamment à la lumière des fermetures répétées du passage commercial de Kerem Shalom et du passage de Rafah, où des milliers de camions du côté égyptien font la queue en attendant les ordres israéliens pour leur permettre d’entrer afin de distribuer l’aide aux citoyens.

La bande de Gaza souffre d’une grande pénurie de produits de nettoyage, tels que du savon, du shampoing, de la lessive et des ustensiles, du fait que la partie israélienne empêche l’entrée de ces produits ; cela a conduit à l’émergence de maladies de peau telle que la gale, qui s’est largement répandue parmi les personnes déplacées, plus de 60 % souffrent de cette maladie.

Le manque d’eau et de produits d’hygiène a conduit à l’apparition de nombreuses maladies et parasites dans les camps de déplacés, comme la diarrhée, les infections cutanées et les poux.

Des appels à l’aide retentissent à l’intérieur des camps pour exiger qu’on les sauve de cet enfer lent qui augmente jour après jour leurs souffrances.

La guerre n’a pas ralenti le nombre de victimes au cours des dernières semaines, mais son rythme s’est plutôt accéléré dans toutes les régions, en particulier dans la région centrale de Gaza, où Nuseirat a enregistré la plus grande part, car elle a été soumise à plus de 63 attaques au cours de cette période, la semaine dernière, faisant de nombreux morts et blessés.

De nombreuses tours résidentielles abritant des centaines de citoyens ont également été détruites dans le quartier d’Ain Jalut, au milieu de la zone de Nuseirat, et le déplacement de centaines de citoyens de Gaza-ville et du nord se poursuit après l’escalade des attaques dans cette zone et la demande de l’armée israélienne de se rendre dans la ville de Deir al-Balah dans des conditions humanitaires terribles.

De nombreux comportements inhumains et répréhensibles sont apparus récemment parmi certains groupes de la société palestinienne, qui ont été condamnés par la plupart des citoyens, notamment des cas de pillages flagrants et d’appropriation de l’argent et des biens d’autrui. Face à l’absence de sécurité, il y a eu de nombreux cas de vols, notamment de personnes déplacées nouvellement arrivées des régions du nord, et face à l’extrême pauvreté et à l’absence de loi, nous assistons quotidiennement à des dizaines de combats à coups de couteau et de tir qui entraînent la mort ou des blessures. De plus, les réunions de famille ont recommencé à apparaître, chaque famille voulant montrer sa force pour pouvoir contrôler les lieux et obtenir davantage d’aides.

D’après ce que nous observons en lien avec nos contacts dans les camps de déplacés, ce qui se profile est pire, même en cas de cessez-le-feu ou de fin de la guerre.

La guerre a frappé le tissu national et engendré de mauvais comportements étrangers à notre société palestinienne. »

 

 

Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel sur les sites d’Altermidi et de l’ISM.

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.

*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se concacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.

Tous les deux sont soutenus par l’Union des Juifs Français pour la Paix (UJFP) en France.

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