PoliceJustice
Reportage 9 janvier 2020

21 peines de prison ferme pour des gilets jaunes dans l’affaire de l’incendie d’un péage à Narbonne

par Le Poing
Rassemblement en soutien aux inculpés devant le tribunal de grande instance de Narbonne, mardi 7 janvier 2019

Cinquante personnes sont venues afficher leur soutien aux prévenus lors du délibéré du procès-monstre de l’incendie du péage sud de Narbonne. Encadrés par autant de CRS, dont un exhibe un fusil d’assaut complètement décalé avec l’ambiance du rassemblement. Les fonctionnaires de police, qui sont intervenus pour empêcher le déploiement d’une banderole, ont visiblement pour consigne de prévenir un regroupement trop visible devant le TGI de Narbonne, alors que de nombreux gilets jaunes du secteur dénoncent un procès politique visant à intimider tous les contestataires. Le verdict tombe : 21 peines de prison ferme, dont 5 assorties d’un mandat de dépôt qui conduiront à un emprisonnement en bonne et due forme ! Et des millions d’euros de dédommagement réclamées par les parties civiles, avec une audience décisionnaire prévue le 12 mai !

Dix jours de procès en décembre

Dans la nuit du 1 au 2 décembre, alors que l’insurrection gronde partout dans le pays, des centaines de gilets jaunes se rassemblent au péage de Narbonne. Là, en cours de soirée, les forces de l’ordre présentes sur place sont repoussées par les manifestants, le péage et le peloton autoroutier de la gendarmerie attenant sont incendiés. Sans faire de blessés, le préjudice est exclusivement matériel. S’en suivront dans les mois qui viennent, trois grandes vagues d’arrestations, menant à plusieurs placements en détention provisoire ! Un an après les faits, courant décembre 2019, le procès s’ouvre : il s’étalera sur dix jours !

Des vies brisées

21 peines de prison ferme, deux maintien en détention décidés, deux autres gilets jaunes escortés directement en prison , un cinquième sous le coup d’un mandat d’arrêt pour être enfermé lui aussi. Les 16 autres passeront devant un juge d’application des peines pour voir leur peine aménagée. 8 s’en sortiront seulement avec du sursis, et une seule relaxe sera prononcées. Les peines sont terribles, allant jusqu’à cinq ans de prison ferme ! Les preuves manquent souvent, et si tout le monde est relaxé pour le délit mineur d’entrave à la circulation, les peines les plus lourdes tomberont sans trop d’égard pour la présomption d’innocence, de l’avis de certains des avocats. « J’ai plaidé la relaxe, donc j’avais toujours l’espoir d’une absence totale de condamnation », explique Me Lea Chapelat, l’avocate du prévenu le plus lourdement condamné, soupçonné d’avoir déposé à l’aide d’un manitou une voiture enflammée sur la barrière de péage.« Le doute, l’absence de certitude sur la scène du manitou aurait dû lui profiter. On n’a même pas réussi à horodater cette scène. Le rapport d’instruction est lapidaire… » De nombreuses condamnations reposent sur des « dénonciations mutuelles obtenues en garde à vue, sous une pression énorme », dénonce une membre du collectif de soutien « Cool actif vous soutient ».

Le soutien s’organise

En attendant que les intéressés fassent appel ou non de cette décision de justice, les membres de ce collectif organisent la solidarité. Récolte de fonds grâce à des vides-greniers et tombolas pour envoyer de l’argent aux détenus, écriture de lettres collectives, comme ce soir à 18h au local de l’Assos’ épicée de Narbonne, au 2 quai de Lorraine… Il est même possible de venir se faire coiffer à prix libre pour financer l’activité du collectif, tous les second jeudi du mois, dans ces même locaux !
Par ailleurs, la coordination des défenses collectives du Languedoc, qui regroupe plusieurs groupes de solidarité contre la répression du mouvement social dans l’Hérault, le Gard, l’Aude et les P-O, appelle aux dons et à l’organisation d’évènements de solidarité partout dans le pays. En rappelant que « quelle que soit la main qui a allumé la mèche, ces actions sont celles d’un mouvement social collectif. » Pour les incarcérés de Narbonne, mais pas seulement, puisque courant février s’ouvrira un autre procès-monstre du mouvement gilets jaunes, celui de l’incendie du péage d’Agde-Bessan.


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