Municipales 2026 à Montpellier : au Rockstore, Michaël Delafosse joue son vieux tube sécuritaire
Dans la mythique salle montpelliéraine, le maire sortant a officialisé sa candidature à un second mandat. Entre images de tramway en boucle et punchlines sur les épiceries de nuit, le meeting de ce jeudi 22 janvier a surtout confirmé une chose : chassez le naturel, il revient gyrophare allumé
Un DJ set qui sent le mélange after-shave/crème anti-rides des années 80/90, assuré par la conseillère départementale de la majorité (socialiste) Zita Chelvi-Sandin, accueille des chevelures grisonnantes et des crânes dégarnis dans la mythique salle du Rockstore. On s’attendrait presque à voir débarquer Jean‑Louis Aubert ou un rescapé de Téléphone pour un concert « revival ». Mais la rockstar du soir n’a ni guitare, ni ampli, ni charisme. Après avoir annoncé sa candidature à la mairie de Montpellier pour un second mandat dimanche 18 janvier, Michaël est en face de la fosse ce jeudi.
Malaise sur grand écran
Il est environ 19 h 45 lorsque le visage du maire « socialiste » apparaît sur un écran géant capricieux, qui se fige par intermittence sur son sourire niais. L’édile fend la foule en saluant ses soutiens : écologistes de sa majorité suspendus de leur parti, communistes, membres du Parti radical de gauche (dont Jean‑Michel Baylet, patron du groupe La Dépêche du Midi -qui possède Midi Libre-, fut président), animalistes et autres électrons libres de « gauche », comme l’ancienne députée insoumise Muriel Resseguier, désormais en rupture avec le mouvement de Jean‑Luc Mélenchon. Pour la mise en scène du leader charismatique, on repassera. Quant à la jeunesse, elle se fait rare. Les seuls jeunes visibles — une trentaine tout au plus — sont quasiment tous sur scène, rangés derrière le maire‑candidat, chargés d’applaudir.
« On m’a dit que j’allais faire le rockeur. J’ai fredonné la chansonnette et il pleut. Je chanterai cet été, s’il y a une canicule ? », plaisante le maire. Est‑ce un meeting ou un (mauvais) one‑man‑show ? Pour notre clown du soir, le Rockstore a une valeur symbolique particulière, qu’il ne manque pas de rappeler dès les premières minutes de son (long) discours. Les murs de l’établissement ont été rachetés par la Ville à un propriétaire privé puis remis aux normes en 2008, alors qu’il était adjoint à la Culture.
Un détail qui a fait réagir Annie Yague, conseillère municipale d’opposition désormais ralliée au milliardaire Mohed Altrad pour la campagne de 2026. Elle a saisi le procureur, s’interrogeant sur l’octroi récent d’une subvention municipale exceptionnelle à la salle, peu de temps avant l’accueil de ce meeting.
L'organisation du meeting de campagne de Michaël Delafosse dans la salle du rockstore, rue de Verdun, fait déjà polémique. La conseillère municipale d'opposition, Annie Yague qui a rejoint le candidat Mohed Altrad pour les municipales, annonce ce jour avoir saisi le procureur de… pic.twitter.com/prncLce3Av
— Audrey Prieur (@prieur_audrey) January 22, 2026
L’« atypique » fait son show
Il n’aura pas fallu quinze minutes — juste le temps d’évoquer la fin des travaux et la ligne 5 du tramway — pour que « l’atypique » entonne son refrain sécuritaire, celui qui lui a valu des articles dithyrambiques dans la presse la plus droitière ( Le Figaro, Valeurs actuelles ). « Les épiceries de nuit sont le symbole de l’immoralité du narcotrafic qui dégrade la qualité de vie de nos habitants ! », scande‑t‑il. Une position qui a récemment valu à son arrêté municipal, limitant les horaires d’ouverture de ces commerces, un recours en justice et des plaintes en diffamation de la part de commerçants refusant d’être assimilés au trafic de drogue.
S’ensuit une séquence d’autosatisfaction sur la laïcité, thème fétiche de la sommité du soir, qui se félicite d’avoir inauguré une école Samuel‑Paty et un parvis Dominique‑Bernard, enseignants assassinés par des « fondamentalistes religieux ». Puis viennent les anecdotes de Montpelliérains qui se plaignent auprès de leur premier magistrat de problèmes de sécurité et autre histoire de « fusillade à la Mosson ». Bref, le public connaît la chanson.
Ne manquait qu’à cette compilation des meilleurs tubes de notre interprète que la mélodie de la « résorption du bidonville de Celleneuve » en 2021, évidemment cfredonnée. Pour mémoire, en août dernier, après l’expulsion d’un autre bidonville, avenue de Maurin, des travailleurs sociaux dénonçaient le fait que nombre d’expulsés provenaient justement de Celleneuve, pourtant censé avoir été « résorbé ». Beau bilan.
« Montpellier, terre de résistance »
Sans doute pour éviter que la partie la plus attentive — et critique — de l’auditoire ne se demande si elle n’assistait pas à un meeting de Bruno Retailleau, Delafosse finit par donner quelques gages sur sa gauche, en attaquant… Donald Trump et son populisme climatosceptique. Montpellier serait donc une « terre de résistance », appelée à sortir de sa dépendance aux énergies fossiles grâce à une filière des renouvelables « dynamique », à la rénovation thermique et à un plan de mobilités toujours plus décarbonées.
Car après le tram et le vélo, c’est désormais la marche que le maire‑candidat entend promouvoir, avec l’annonce d’un grand « plan trottoir ». Un mot qui résonne étrangement quand on se souvient qu’un SDF de 28 ans est mort d’hypothermie sur l’un d’eux, le 30 décembre dernier. Mais pas d’inquiétude : Delafosse promet 1 000 logements étudiants, la « lutte contre les marchands de sommeil » et Airbnb, ainsi qu’une aide accrue pour celles et ceux qui peinent à se loger ou à devenir propriétaires — des propositions « précises » viendront plus tard. Les revendications des 800 signataires — citoyens et militants associatifs — réclamant la réquisition de logements vacants et l’ouverture de places d’hébergement dans des bâtiments disponibles pour faire face au froid resteront, elles, lettres mortes.
Côté développement économique, le candidat entend « faciliter l’installation des start‑up » sur la Métropole, renforcer les « industries culturelles et créatives » (séries, jeux vidéo) ainsi que la médecine et la recherche. À la clé : « 30 000 emplois ». Un chiffre déjà annoncé, la semaine précédente, par Mohed Altrad. Qui dit mieux ?
Contre un « populisme triomphant »
Il approche 21 heures. Depuis plus d’une heure, des images de la ligne 5 du tramway, des fontaines de l’Esplanade et de la place Max‑Rouquette défilent en boucle sur l’écran géant derrière le maire. Delafosse entame la conclusion de son discours en agitant la menace d’un « péril sur nos démocraties » : « À la Maison‑Blanche, à l’AfD en Allemagne, au Royaume‑Uni, le populisme est triomphant et le rejet de l’autre prospère. En France, une force politique a une dynamique : le Rassemblement national. À Montpellier, ils ont choisi la plus fidèle de Marine Le Pen, France Jamet, fille de l’un des fondateurs du parti. Ils veulent en faire un marche‑pied vers le pouvoir. »
Et le « camarade » Delafosse de convoquer le marxiste italien Antonio Gramsci, appelant à allier « le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté » pour que « la gauche s’unisse et se rassemble ». Toute la gauche ? À Montpellier, La France insoumise réalise de bien meilleurs scores que le Rassemblement national. Pourtant, habituellement très hostile au mouvement de Jean‑Luc Mélenchon, Michaël Delafosse a soigneusement évité d’égratigner sa gauche lors de ce discours. Et c’est bien la seule nouveauté de ce disque rayé qui tourne, inlassablement, en boucle.
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