Trois ans de génocide à Gaza : la rue montpelliéraine vise l’industrie de l’armement

Elian Barascud Publié le 10 octobre 2026 à 17:39
Samedi 10 octobre, environ 700 personnes ont défilé dans les rues de Montpellier à l’appel de BDS-Urgence Palestine, trois ans après le début du génocide à Gaza. (Le Poing")

Samedi 10 octobre, environ 700 personnes ont défilé dans les rues de Montpellier à l’appel de BDS-Urgence Palestine, trois ans après le début du génocide à Gaza. La manifestation a aussi servi de lancement local à une campagne nationale contre l’armement de l’État d’Israël, deux jours après un rassemblement devant les locaux du groupe Exail, dans la zone de Garosud

Deux appels, deux lieux, un seul cortège. BDS-Urgence Palestine avait donné rendez-vous devant le Peyrou, l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) devant l’office de tourisme. L’AFPS finit par rejoindre le Peyrou, et quelque 700 manifestants partent ensemble commémorer trois ans de génocide à Gaza et trois ans de résistance du peuple palestinien.

La date marque aussi le coup d’envoi d’une campagne nationale contre l’armement d’Israël, portée par BDS, Urgence Palestine, l’AFPS et Stop Arming Israel. Livia Jampy, conseillère municipale d’opposition (LFI), dresse un bilan : « Trois ans après le début du génocide en Palestine, les bombes tombent encore à Gaza, l’aide humanitaire peine à entrer, et malgré un prétendu cessez-le-feu, on meurt de faim ou dans des explosions. La colonisation s’accélère en Cisjordanie, avec le soutien des États-Unis qui continuent de vendre des armes à Israël, le silence de l’Union européenne et la complicité du gouvernement français. Nous demandons un embargo sur l’État d’Israël, des sanctions et l’application des décisions de la Cour pénale internationale. »

Exail dans le viseur

À Montpellier, la campagne a déjà une cible. Jeudi 8 octobre, BDS-Urgence Palestine manifestait devant les locaux d’Exail, zone industrielle de Garosud. Le groupe français, environ 2 000 salariés sur une trentaine de sites dans le monde dont une vingtaine en France, travaille dans la robotique, la navigation et l’aérospatial. Il fabrique notamment des drones et des engins de déminage destinés aux milieux hostiles.

Les militants de BDS-Urgence Palestine Montpellier ont mené une action symbolique devant les locaux montpelliérains de l’entreprise Exail jeudi 8 octobre. (DR)

Selon les militants, Exail commercialiserait ses produits en Israël par l’intermédiaire de la société Ram-Tech et aurait livré du matériel à Elbit Systems, principal fournisseur de l’armée israélienne. Le groupe s’apprête par ailleurs à changer de mains : Thales et Exail Technologies ont signé fin juillet l’accord définitif de leur rapprochement, pour 3,9 milliards d’euros. La reprise de la participation de la famille Gorgé est attendue d’ici au troisième trimestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires, et l’opération complète au plus tard début 2028. Thales, que les manifestants présentent comme le 16e vendeur d’armes mondial et le 2e français, possède plusieurs sites de fabrication en Israël. Il est aussi partenaire d’Elbit : les deux groupes ont monté au Royaume-Uni une coentreprise qui construit les drones Watchkeeper.

Bloquer les livraisons

Pour Thomas, membre de la direction d’Urgence Palestine, association créée après le 7 octobre pour porter la voix de la diaspora palestinienne, le moment est favorable : « Il y a actuellement une grosse mobilisation contre la vente d’armes. Le 8 octobre, la CGT et Solidaires ont empêché la livraison de matériel militaire en Israël depuis l’aéroport de Roissy. C’est une victoire, nous devons continuer le combat pour arrêter la vente et la circulation d’armes en Israël. Pendant tout le mois d’octobre, nous allons mener ce genre d’actions. Le 30, les dockers de Fos-sur-Mer seront en grève. »

Le même jour, le Quai d’Orsay a été interrogé sur cette cargaison. Son porte-parole a évoqué des composants mécaniques signalés notamment par la CGT et Solidaires, qui devaient partir sur un vol Air France à 9 h 35, et a relayé la position de la compagnie, selon laquelle elle ne transporte ni armes ni munitions vers Israël. Le ministère maintient que les exportations vers Israël ne sont autorisées que pour du matériel strictement défensif ou pour des composants assemblés par des entreprises israéliennes puis réexportés vers des pays tiers.

Meeting sur les marches du Corum

En fin de parcours, BDS-Urgence Palestine donne la parole à ses alliés sur les marches du Corum. Franck, du collectif antimilitariste héraultais « Maudite soit la guerre », élargit le propos : « Ce génocide ne vient pas de nulle part, il est armé par des fabricants d’armes du monde entier. La France est le deuxième vendeur d’armes du monde. L’idéologie militariste revient partout, c’est cette idéologie qui permet l’autoritarisme, le génocide, de futurs crimes de guerre. Il faut lutter contre la vente et la circulation d’armes partout. »

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