Montpellier : la police armée de fusils d’assaut face aux lycéens

Elian Barascud Publié le 13 octobre 2026 à 09:46 (mis à jour le 13 octobre 2026 à 12:21)
L'Observatoire des Libertés de Montpellier (OLM), présent sur les blocages des lycées Monnet et Mermoz le lundi 12 octobre, signale le port par les forces de l'ordre de fusils d'assaut. (DR)

L’Observatoire des Libertés de Montpellier (OLM), présent sur les blocages des lycées Monnet et Mermoz le lundi 12 octobre, signale le port par les forces de l’ordre de fusils d’assaut et dénonce “L’absence de port systématique de RIO”

Après avoir relevé l’usage de la police municipale de Montpellier dans les dispositifs de maintien de l’ordre lors des mobilisations lycéennes (voir notre enquête), l’Observatoire des Libertés de Montpellier (OLM) lance une nouvelle alerte : ce lundi 12 octobre, ses observateurs, présents aux abords des lycées Monnet et Mermoz, ont observé le port par des forces de l’ordre de fusils d’assaut. L’Observatoire “s’étonne de la présence de fusils d’assaut au abords des lycées et interroge la proportionnalité de l’armement déployé face aux lycen.nes”. Les observateurs dénoncent également “l’absence de port systématique de RIO” par les agents présents sur place.

Le RIO, un numéro qu’on cherche encore

Le RIO, pour “référentiel des identités et de l’organisation”, est un numéro à sept chiffres que policiers et gendarmes doivent porter de façon visible sur leur uniforme depuis le 1er janvier 2014. Le code de la sécurité intérieure (article R. 434-15) n’admet d’exception que pour certains services ou certaines missions particulières. Le maintien de l’ordre n’en fait pas partie, et le ministère affirme même avoir fait apposer le matricule à l’avant des gilets pour ces opérations. Sur le terrain, pourtant, le numéro manque souvent, disparaît sous un équipement ou reste illisible au-delà de deux mètres. Saisi par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et d’autres organisations, le Conseil d’État a enjoint au gouvernement, le 11 octobre 2023, de garantir un port “effectif et lisible” de ce matricule. Le 29 avril 2026, il a constaté que sa décision n’était toujours pas pleinement appliquée. Il a alors ordonné au ministre de l’Intérieur de mettre en œuvre “sans délai” les mesures annoncées, et de distribuer avant le 31 décembre 2026 de nouveaux équipements portant un numéro plus grand. Il a toutefois refusé d’assortir cette injonction d’une astreinte. L’enjeu dépasse la question du règlement intérieur : sans numéro, une personne qui s’estime victime de violences peut difficilement désigner l’agent mis en cause, que ce soit devant l’IGPN, le Défenseur des droits ou un juge.

Des armes de guerre

Le fusil d’assaut ne fait pas partie de l’arsenal du maintien de l’ordre. Le schéma national du maintien de l’ordre (SNMO), publié en 2020 puis réécrit en 2021 après une censure partielle du Conseil d’État, encadre l’usage des armes dites intermédiaires : lanceurs de balles de défense (LBD), grenades lacrymogènes ou de désencerclement, canons à eau. Leur emploi est soumis aux principes d’absolue nécessité et de proportionnalité. Les armes longues de type HK G36 sont arrivées dans plusieurs unités de police et de gendarmerie, notamment les BAC et les CRS, après les attentats de 2015. Elles devaient permettre aux premiers agents arrivés sur place de riposter à une attaque terroriste. Un fusil d’assaut ne sert ni à disperser un attroupement ni à repousser un groupe. Il tire des munitions de guerre, et son seul usage concevable relève de la légitime défense face à une menace armée.

Plus de 6 500 interpellations en dix jours

Le mouvement est parti de Saint-Denis fin septembre et s’est étendu à toute la France, puis aux universités. Les lycéens réclament des moyens : le remplacement des professeurs absents, la rénovation des bâtiments et des conditions d’étude décentes. Le gouvernement, lui, y a d’abord vu des “violences urbaines”. Matignon a désigné La France insoumise et l’ultragauche, tandis que le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, décrivait un mouvement “pris en otage par des groupuscules ultra-violents”.

Selon le ministère de l’Intérieur, 6 547 personnes avaient été interpellées au 7 octobre. Dès le 2 octobre, Amnesty International évoquait des centaines de gardes à vue. Côté lycéens, le ministre de l’Éducation comptait 170 élèves blessés au 1er octobre. Le Syndicat des avocats de France en recensait 215 cinq jours plus tard. À Tours, un adolescent de 16 ans a été touché à l’œil : le procureur juge ses lésions compatibles avec un tir de LBD. À Saint-Ouen-l’Aumône, un garçon de 14 ans a été grièvement blessé au visage. À Lens, le 5 octobre, un lycéen de 15 ans a été grièvement blessé à la main. Une grenade assourdissante est “susceptible” d’être en cause, selon la direction générale de la police nationale, et l’IGPN doit établir les circonstances exactes. Le 1er octobre, Laurent Nuñez assurait que ses troupes intervenaient avec “beaucoup de proportionnalité”. Une semaine plus tard, le même ministre suspendait l’usage des grenades assourdissantes pour le mouvement lycéen, le temps de faire la lumière sur ce qui s’était passé à Lens. Dix-huit enquêtes ont été confiées à l’IGPN depuis le début de la mobilisation. Amnesty International dénonce des étranglements, des tirs tendus de grenades lacrymogènes et du gaz poivré utilisé à bout portant. L’ONG demande la suspension des tirs de LBD contre des manifestants en grande majorité mineurs. La LDH estime que la répression a franchi un “seuil critique” et annonce saisir le Défenseur des droits ainsi que les rapporteurs spéciaux de l’ONU.

Dix-huit enquêtes sont donc ouvertes. Pour qu’elles aboutissent, il faudra encore pouvoir lire un numéro sur un gilet.

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