Chronique ” Gaza Urgences Déplacé.e.s” | Une nouvelle semaine d’ateliers de soutien pour les femmes 4/11

4 novembre 2026
Soutien psychologique dans le camp d'Al-Dura crédit photo UJFP Gaza

Un espace d’espoir au camp d’Al-Israa : un moment de répit pour les femmes et les enfants face aux fardeaux du déplacement

Au camp d’Al-Israa, à l’ouest de la ville de Gaza, où les contraintes du déplacement s’accumulent et où les besoins quotidiens accaparent le temps et l’énergie des familles, une séance de soutien psychosocial a offert aux femmes et aux enfants la possibilité de vivre un moment différent : un temps consacré au jeu et aux échanges, où le rire retrouve le chemin de visages épuisés par la peur. L’UJFP a organisé cette séance Un espace d’espoir : libérer les tensions par le jeu et les activités interactives , avec la participation de 25 femmes et enfants déplacés

Avec la poursuite de la guerre, les déplacements successifs et la difficulté à trouver une certaine stabilité, les possibilités pour la famille de se réunir autour d’une expérience apaisante se réduisent, loin des préoccupations liées à l’approvisionnement en biens essentiels et au suivi d’informations susceptibles d’accroître encore l’inquiétude.

Les présentations ont constitué le point de départ de la séance. La rencontre s’est poursuivie par une présentation du thème Un espace d’espoir et des possibilités qu’offre le jeu pour se soulager et communiquer avec les autres. L’expression des tensions ne passe pas toujours par les mots.

Pour les femmes, la séance a représenté une occasion de partager avec les enfants un moment qui dépasse les préoccupations habituelles liées aux soins et à la gestion de la vie familiale. Pour les enfants, les activités ont offert la possibilité de bouger, de dépenser leur énergie et d’interagir dans le cadre d’une rencontre conçue pour leur accorder de l’attention et les encourager à participer.

La séance s’est appuyée sur des jeux encadrés ainsi que sur des activités physiques et récréative. Elle a réuni les femmes et les enfants autour d’une expérience commune, leur permettant de communiquer spontanément et leur offrant une pause dans le rythme d’une journée dominée par les fardeaux du déplacement.

La valeur de ces activités réside dans les possibilités simples et directes qu’elles ouvrent : des mouvements qui aident à relâcher les tensions, des interactions qui renouent les liens entre les participants, un moment où l’enfant peut se consacrer au jeu et où la mère peut partager avec lui un instant apaisant. Réunis, ces éléments font de la rencontre une occasion de retrouver une certaine proximité au sein de la famille et de renforcer le sentiment de soutien entre les participants.

« Pendant un court moment, nous avons oublié les soucis de la tente et du déplacement », a déclaré l’une des participantes pour décrire l’effet de la séance, avant d’ajouter : « Le jeu et la participation nous ont redonné, à nous et à nos enfants, le sentiment de vivre et la joie dont les circonstances nous ont privés. » Derrière les « soucis de la tente » s’accumulent de multiples formes de fatigue, de préoccupations et d’incertitude. Consacrer du temps au jeu et à la participation devient ainsi une occasion de sortir temporairement du même cercle de pensées et de porter son attention sur les enfants à un moment où ils s’expriment plus librement.

Une autre participante « Voir le sourire sur les visages de nos enfants pendant les activités interactives nous a donné une énergie positive et un nouvel espoir : nous avons le droit de nous réjouir et de retrouver notre paix intérieure. » La femme qui voit la peur de son enfant et s’inquiète pour lui trouve dans son rire quelque chose qui la soulage elle aussi.

La séance a mis en évidence l’importance d’offrir aux femmes des occasions de participer en tant que personnes ayant leurs propres besoins psychologiques et sociaux, portant leur fatigue et ayant besoin de soutien.Réunir les femmes et les enfants a ainsi créé un espace d’échange autour d’une expérience positive et permis aux mères de partager avec leurs enfants une activité qui allège une partie des tensions pour les uns comme pour les autres. La rencontre collective a également offert l’occasion de se sentir proches d’autres femmes vivant des conditions similaires, renforçant les liens et donnant à la fatigue un espace où elle peut être comprise.

La séance Un espace d’espoir , au camp d’Al-Israa, a offert une occasion limitée dans le temps, mais claire: donner aux femmes et aux enfants un moment pour souffler, les soulager et ouvrir la voie aux échanges et à une joie partagée.

La continuité du soutien demeure essentielle pour en élargir les effets et offrir aux participants des occasions renouvelées de jouer, de s’exprimer et de recevoir du soutien. Les fardeaux accumulés avec la guerre et le déplacement nécessitent un suivi et des interventions proches des personnes, qui préservent leur dignité et soient à l’écoute de leurs expériences.

Au camp d’Al-Israa, le rire évoqué par les femmes portait un sens qui dépassait l’instant : il témoignait d’un besoin toujours présent et d’un droit qui mérite d’être préservé. Entre les responsabilités des mères et une enfance alourdie par les circonstances, la séance de l’UJFP est venue donner à ce droit un temps et un lieu, et rappeler que prendre soin des personnes implique aussi d’écouter leur fatigue et de leur offrir la possibilité de se retrouver autour d’un peu de joie.

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Les femmes du camp d’Al-Durra face à la violence

Quand les tentes deviennent trop étroites, le besoin de sécurité grandit. Sous une tente, une famille peut trouver un toit provisoire, mais les femmes ont également besoin de ce qui protège leur intimité et préserve leur dignité. Le déplacement, qui les a arrachées à leur foyer, a reconfiguré les détails de la vie quotidienne et les a laissées face à des charges qui dépassent l’approvisionnement en nourriture et en eau. Entre la promiscuité et le poids des responsabilités, parler de la violence devient une nécessité qui touche aux formes les plus élémentaires de la sécurité.

L’UJFP a organisé une séance de sensibilisation au camp d’Al-Durra. La séance s’est tenue dans la zone centrale de la bande de Gaza, à l’ouest de Deir al-Balah, avec la participation de 20 femmes déplacées résidant dans le camp. Lutter contre les violences fondées sur le genre à l’encontre des femmes déplacées dans les camps

La discussion s’est ouverte sur les risques auxquels les femmes sont confrontées, les moyens de demander du soutien et l’importance de la solidarité dans les conditions du déplacement.

La séance a commencé par des présentations, l’animatrice a expliqué les objectifs de la rencontre, en soulignant l’importance du respect mutuel et de la possibilité, pour chaque femme, de s’exprimer sans être interrompue ni jugée. L’animatrice a encouragé les participantes à parler de leurs expériences de la violence si elles le souhaitaient, en précisant que le dévoilement était facultatif et que chacune avait le droit de se contenter d’écouter ou de partager uniquement ce qu’elle se sentait à l’aise d’aborder. Elle a également insisté sur le respect de la confidentialité des récits et sur l’absence de toute pression pour qu’une participante raconte des détails qu’elle ne souhaitait pas révéler. L’animatrice a abordé la notion de violence fondée sur le genre et en a expliqué les formes physiques, psychologiques et sociales, précisant que les atteintes pouvaient se manifester par des menaces, des humiliations, des comportements de contrôle ou du harcèlement, et ne se limitaient pas aux agressions physiques. Elle a relié cette discussion à la réalité du déplacement, où la surpopulation augmente, l’intimité diminue et les responsabilités s’accumulent, tandis que les possibilités d’accès au soutien se réduisent pour les femmes. Elle a souligné que les pressions de la guerre et les difficultés matérielles ne justifiaient pas les comportements préjudiciables, et que leur répétition ou le fait que l’entourage s’y habitue ne les rendaient pas acceptables. Elle a également expliqué que la connaissance de leurs droits aide les femmes à comprendre ce qu’elles subissent, à exprimer leurs besoins et à connaître les possibilités de soutien, tout en tenant compte du fait que la situation de chacune est différente.

L’une des participantes a parlé des humiliations et des menaces que son mari lui faisait subir pendant le déplacement. Elle a expliqué que les cris se répétaient désormais devant ses enfants et que, lorsqu’elle protestait contre des paroles blessantes, il la menaçait parfois de la frapper. Elle a indiqué qu’elle hésitait désormais à demander ce dont le foyer avait besoin, de peur de déclencher une nouvelle dispute, et qu’elle se réfugiait dans le silence par crainte d’une escalade. Les répercussions sur ses enfants de ce qu’ils entendaient et voyaient comptaient parmi ses préoccupations les plus lourdes.

L’animatrice a écouté, puis a expliqué que les humiliations répétées et les menaces constituaient des formes de violence psychologique, et que la femme n’était pas responsable de ce qu’elle subissait. Le silence sous l’emprise de la peur ne signifiait pas l’acceptation des mauvais traitements, et que la prise en compte de cette situation commençait par l’attention portée à sa sécurité et à celle de ses enfants, ainsi que par une discussion individuelle et confidentielle sur les possibilités de soutien.

Elle a également précisé que le soutien psychologique pouvait aider à faire face aux sentiments de peur et de tension, mais qu’il devait s’accompagner d’une attention à la persistance des violences et aux moyens de s’en protéger. Elle a insisté sur la nécessité de ne pas pousser une femme à une confrontation susceptible d’accroître le danger et sur l’importance d’identifier des personnes de confiance ou des organismes spécialisés auxquels faire appel, selon sa situation et son choix.

Lors d’un autre témoignage, une femme a raconté avoir été harcelée par l’un de ses voisins sur son lieu de déplacement. Elle a expliqué qu’il lui adressait des propos importuns chaque fois qu’elle passait près de sa tente, puis qu’il avait commencé à tenter de s’approcher d’elle malgré son refus. Cela l’avait conduite à éviter cet endroit et à ressentir de l’angoisse lorsqu’elle était seule. Elle hésitait toutefois à en parler à son mari, de peur qu’il n’affronte le voisin et que la situation ne dégénère en un conflit plus grave dans le camp.

L’animatrice a répondu que la responsabilité du harcèlement incombait à son auteur et que la femme n’était pas coupable de ce qui s’était passé. Elle a accueilli avec attention les craintes de la participante concernant une éventuelle escalade, en soulignant que la demande d’aide devait tenir compte de sa sécurité et de sa vie privée, sans la pousser à se confier à une personne dont elle craignait que la réaction n’accroisse le danger.

Elle a discuté avec elle de la possibilité de faire appel à une personne de confiance de son choix ou de contacter confidentiellement un service spécialisé de protection, en évaluant les conséquences possibles de chaque démarche. Elle a précisé que toute intervention devait se faire en l’informant et avec son consentement, et viser à mettre fin aux atteintes, sans lui imposer de changer sa vie ou de restreindre ses déplacements en raison du comportement de l’agresseur.

Une femme résidant dans un camp voisin a, quant à elle, évoqué les remarques et les comportements hostiles de certaines voisines à son égard en raison de son apparence. Elle a raconté qu’elles exprimaient des craintes pour leurs maris à son sujet et accompagnaient de sous-entendus blessants le fait qu’elle prenne soin d’elle ou sorte de sa tente, alors qu’elle ne s’était pas mêlée de leur vie. Elle a expliqué que ce traitement l’avait conduite à éviter certains rassemblements et lui donnait le sentiment de devoir justifier ses actes pour ne pas devenir l’objet de rumeurs.

L’animatrice a indiqué que les commentaires humiliants et les insinuations portant atteinte à la réputation constituaient des atteintes psychologiques et sociales, et que l’apparence d’une femme ne justifiait pas de mettre ses intentions en doute. Elle a expliqué que la répétition de ces agissements pouvait accroître l’anxiété et pousser à l’isolement, particulièrement lorsqu’ils se produisent dans un environnement où la femme a besoin de se sentir acceptée et soutenue.

Elle a examiné avec elle différentes possibilités pour faire face à la situation, notamment poser des limites claires aux propos offensants lorsque cela pouvait se faire en sécurité, ou solliciter une personne de confiance de son choix pour l’aider à faire cesser ces agissements. Elle a insisté sur la nécessité d’éviter que le récit ne circule davantage ou que la tentative de résolution ne devienne une nouvelle occasion d’accusations et de dénigrement, tout en soulignant l’importance d’un suivi individuel si les atteintes persistaient ou affectaient sa vie quotidienne.

La discussion de ces expériences a offert un espace pour exprimer la peur, la détresse et la gêne, tout en reliant la sensibilisation aux situations vécues par les femmes dans leur environnement quotidien. À travers l’écoute et l’échange de points de vue, la séance a abordé l’importance d’un soutien qui respecte la décision de la femme et ne réduit pas son expérience à un conseil rapide ou à une invitation à supporter la situation. L’animatrice a encouragé les participantes à réfléchir aux sources de soutien auxquelles elles pouvaient faire confiance et à la manière de demander de l’aide sans divulguer largement leurs informations personnelles. Elle a souligné qu’écouter une expérience personnelle ne donnait pas aux autres le droit de la raconter ni de prendre des décisions à la place de celle qui l’avait vécue, et que la confidentialité constituait une composante essentielle du soutien.

Les échanges ont révélé que ce que les femmes avaient pu exprimer pendant la rencontre ne représentait qu’une partie des nombreux fardeaux qu’elles portaient et des préoccupations qu’elles gardaient en elles. Certaines histoires ne peuvent tenir dans une seule séance, et certains problèmes sont difficiles à confier devant un groupe, aussi respectueux et compréhensif soit-il. La peur, la gêne ou l’inquiétude face aux réactions peuvent empêcher de parler, et une femme peut retourner à sa tente en portant encore des questions et des souffrances qu’elle n’a pas réussi à partager.

D’où la nécessité de séances de soutien individuelles permettant à chaque femme de parler en privé, au moment qui lui convient, sans pression pour révéler des détails qu’elle ne se sent pas prête à aborder. L’animatrice a expliqué que la rencontre collective aidait à comprendre, à s’exprimer et à connaître les sources d’aide, mais qu’elle ne remplaçait pas un suivi individuel lorsque la situation l’exigeait. La diversité des expériences appelle des réponses différentes, et il n’est pas possible de déterminer les besoins de chaque femme ou d’établir un diagnostic de son état psychologique à partir d’une brève intervention devant le groupe.

Les sujets abordés ont montré l’importance de renforcer la solidarité entre les femmes au sein du camp et de faire face aux comportements qui accentuent leur isolement, qu’ils proviennent de membres de la famille, de voisins ou de l’entourage social. Le soutien commence par une écoute sans reproche, le refus des rumeurs, le respect de la vie privée et l’aide apportée à une femme pour accéder au soutien qu’elle choisit. Dans un environnement où les tentes sont proches les unes des autres et où les détails de la vie s’entrecroisent, la responsabilité de respecter les limites personnelles devient plus pressante. Une parole blessante peut se transformer en une pression quotidienne qui restreint les déplacements d’une femme, tandis qu’une attitude de soutien peut lui offrir la possibilité de retrouver confiance et de demander de l’aide. Le message de la rencontre était donc lié à la nécessité de construire des relations qui préservent la dignité, tout en assurant des services de protection et de soutien accessibles.

La séance de l’UJFP au camp d’Al-Durra a placé les expériences et les besoins des femmes au cœur de la discussion sur la protection. Derrière les charges liées à l’approvisionnement en eau et en nourriture et aux soins des enfants, il existe des craintes qui peuvent rester enfermées dans le silence, par peur des reproches, d’une escalade ou d’une atteinte à la réputation. Offrir la possibilité d’en parler est une démarche qui appelle un suivi responsable, afin qu’une femme trouve une réponse lorsqu’elle demande de l’aide.

Les femmes ne devraient pas avoir à attendre la fin du déplacement pour bénéficier de leur droit à la sécurité. Les menaces, le harcèlement et le dénigrement ajoutent des souffrances à une réalité déjà alourdie par la guerre, et y faire face exige une écoute, des services et des prises de position qui protègent celles qui subissent ces atteintes. La valeur de ce travail c’est une femme qui sait que sa voix mérite d’être entendue, un entourage qui assume sa responsabilité pour mettre fin aux mauvais traitements et un accès plus direct au soutien lorsqu’elle en a besoin.

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