Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | CR Hebdomadaire des ateliers de soutien pour les femmes 2/11

2 novembre 2026
Soutien psychologique dans le camp d'Al-Durra crédit photo UJFP Gaza

Au camp d’Al-Durra, des femmes font face à la vie chère par l’entraide et cherchent un espace pour retrouver leur résistance

Dans les camps de déplacés, les femmes commencent leur journée en essayant de pourvoir aux besoins de leur famille, tandis que s’accumulent les responsabilités liées à la nourriture, à l’eau et aux soins des enfants, dans des tentes dépourvues des conditions nécessaires à la stabilité et à l’intimité. Avec la hausse des prix et la pénurie de produits essentiels, les achats les plus simples exigent de longs calculs, et les mères sont contraintes de choisir entre des besoins auxquels il est difficile de renoncer.

En réponse à ces besoins, les équipes de l’UJFP, en partenariat avec l’Organisation palestinienne pour le développement (POD), ont organisé un atelier de soutien psychologique destiné aux femmes du camp d’Al-Durra, à l’ouest de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza. Vingt femmes déplacées y ont participé. La première séance,Soutenir les familles déplacées face à la vie chère et retrouver la résistance , a associé des discussions sur les difficultés quotidiennes, des activités de soutien psychologique et récréatives, ainsi qu’une réflexion collective sur les moyens d’alléger les pressions et de renforcer l’entraide entre les femmes.

Les présentations ont commencé avec l’activité Mon prénom et une chose que j’aime, au cours de laquelle chaque femme était invitée à se présenter et à évoquer une chose simple qui lui apporte du réconfort ou lui rappelle ses centres d’intérêt personnels. Après les présentations, l’animatrice a demandé aux femmes ce qui pesait le plus sur leur quotidien. L’une des participantes a parlé de la difficulté à acheter de la nourriture, expliquant que les fluctuations des prix l’obligeaient à réorganiser constamment les besoins de sa famille, sans parvenir à tous les satisfaire. L’animatrice a proposé de dresser une liste des besoins essentiels et urgents, de vérifier ce dont la famille dispose avant de faire les achats et de s’appuyer sur des informations fiables concernant les prix L’incapacité d’une mère à couvrir les besoins de ses enfants ne signifiait pas qu’elle manquait à ses responsabilités envers eux.

Une autre participante a évoqué sa tendance à s’emporter rapidement contre ses enfants, précisant que l’épuisement, l’exiguïté de la tente et les demandes répétées lui faisaient perdre son calme, avant qu’elle éprouve des regrets. L’animatrice a expliqué l’importance de repérer les premiers signes de tension, tels que la crispation des muscles et l’accélération du débit de parole, et de marquer une courte pause avant de répondre, lorsque les circonstances le permettent. Elle a suggéré de prendre un bref moment de repos lorsque les enfants sont en sécurité, puis de revenir vers eux calmement, de s’excuser d’avoir élevé la voix et d’expliquer sa fatigue avec des mots adaptés à leur âge, sans leur faire porter la responsabilité des pressions qui pèsent sur la famille.

La troisième participante a parlé du manque d’intimité et du sentiment que sa journée était entièrement consacrée aux besoins des autres, sans possibilité de se reposer ni de parler de ce qui la préoccupait. L’animatrice lui a proposé de partager certaines tâches avec une personne de confiance, lorsque cela est possible, et de réserver un court moment pour s’asseoir ou échanger avec quelqu’un auprès de qui elle se sent à l’aise.

À partir de ces difficultés, l’animatrice a présenté le contenu de la séance, centré sur la compréhension des effets des pressions économiques sur l’état psychologique, l’expérimentation de moyens de s’apaiser, la définition des priorités et l’exploration des possibilités de coopération au sein du camp.

Les activités ont commencé par l’exercice La carte des pressions, à l’aide d’une grande feuille divisée en trois parties : ce qui occupe l’esprit, ce qui épuise le corps et ce dont on a besoin sur le plan émotionnel. Les femmes ont été invitées à s’exprimer par des mots, des dessins ou la parole, tandis que l’animatrice les aidait à consigner les idées sans noms ni détails privés. L’activité a permis de mettre en évidence le lien entre la préoccupation de trouver de la nourriture, l’épuisement physique et le besoin de réconfort, puis de discuter de ce qui nécessitait un soutien extérieur et de ce qui pouvait faire l’objet d’une petite démarche concrète.

L’activité Le feu tricolore a suivi, en utilisant les trois couleurs pour reconnaître les différents degrés de tension : le vert représentait un calme relatif, le jaune le début du stress et le rouge la nécessité de s’arrêter avant de poursuivre une conversation ou d’agir. Les participantes ont identifié les signes de tension qu’elles remarquent chez elles, puis ont discuté de réactions possibles, comme baisser la voix, détendre les mains ou interrompre temporairement une discussion.

Le groupe est ensuite passé à l’exercice Un instant ici, au cours duquel chaque participante s’est installée dans la position qui lui convenait le mieux, en portant son attention sur des choses qu’elle voyait, des sons qu’elle entendait et la sensation de ses pieds sur le sol. L’animatrice a ensuite invité les femmes à observer leur respiration naturelle et à relâcher les épaules, sans les obliger à fermer les yeux ni à modifier leur rythme respiratoire.

Sur le plan récréatif, le jeu Mon miroir a été proposé : les femmes se sont mises par deux pour reproduire à tour de rôle des mouvements simples des mains et du visage, avec la possibilité de participer en restant assises. Elles ont alterné les rôles, l’une proposant un mouvement et l’autre le suivant, dans une séquence favorisant le contact et l’attention à l’autre, à distance des longues discussions sur les problèmes.

L’activité Le panier des priorités a ensuite commencé, à partir de cartes représentant des besoins tels que la nourriture, l’eau, les médicaments et les produits d’hygiène. De petits groupes ont été invités à les classer en fonction d’une situation familiale fictive. Chaque groupe a présenté les raisons de ses choix, et la discussion a montré que les priorités varient selon la présence de jeunes enfants, de personnes malades ou de besoins de santé particuliers.

Les activités se sont poursuivies avec l’exercice Les cercles de soutien, qui a aidé les participantes à identifier les personnes et les organismes vers lesquels se tourner selon la nature du besoin. À cette occasion, l’une des femmes a exprimé sa crainte de mettre ses voisins dans l’embarras en leur demandant de l’aide, d’autant que la plupart des familles manquent elles aussi de ressources.

L’activité Je t’écoute sans t’interrompre a suivi. Chaque participante a choisi un sujet dont elle se sentait à l’aise de parler, tandis que sa partenaire l’écoutait, puis elles ont échangé les rôles.

Après les échanges et les activités, l’une des participantes a déclaré : « La vie chère et l’accaparement pratiqué par les commerçants nous font vivre dans la peur constante que nos enfants souffrent de la faim. » Elle a ajouté que la séance lui avait donné des idées pratiques pour s’organiser et s’entraider avec les voisins des tentes voisines. Une autre participante a déclaré : « J’ai senti que je n’étais pas seule à vivre cette souffrance », soulignant l’importance de parler de l’angoisse qui accompagne sa recherche de nourriture pour sa famille.

L’atelier s’est achevé par l’activité Ma prochaine étape, au cours de laquelle chaque femme a choisi, si elle le souhaitait, une petite action adaptée à sa situation ou un besoin qu’elle voulait faire connaître aux responsables de la rencontre.

L’animatrice a recueilli les observations des femmes sur les activités et les sujets qu’elles souhaitaient aborder par la suite, soulignant l’importance de construire les prochaines rencontres à partir de leurs priorités. L’importance de ces ateliers réside dans l’association de l’écoute des femmes et de leur participation à des activités leur permettant de s’exprimer, de créer des liens et d’essayer des moyens pratiques de faire face au stress. Préserver la résistance exige un soutien concret qui allège les charges et garantit aux femmes leur droit au repos, aux soins, à une vie digne.

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Au camp d’Al-Israa les femmes trouvent un espace pour se confier

Quand les émotions prennent la parole au milieu des pressions du déplacement. À l’intérieur des tentes, les questions se bousculent autour des besoins de la famille, du sort des absents et de la possibilité de retrouver une vie plus stable, tandis que l’espace disponible pour le repos et l’intimité se réduit. Cette pression peut se manifester par une fatigue persistante, une irritabilité accrue, une distraction ou des difficultés de concentration. Elle peut aussi prendre la forme d’un long silence derrière lequel une femme dissimule ce qu’elle ne trouve ni le temps ni le lieu approprié pour dire. Ces réactions peuvent se comprendre dans le contexte de conditions éprouvantes et durables, où les possibilités de se sentir en sécurité diminuent et où se tenir prête à toute éventualité devient partie intégrante du quotidien. Les femmes déplacées subissent une pression psychologique aux sources multiples : la douleur de la perte et de l’éloignement du foyer, l’inquiétude pour la sécurité des membres de la famille, le poids de la responsabilité envers les enfants et les personnes âgées, ainsi que la peur de ne pas pouvoir assurer les besoins essentiels. La vie chère alourdit ce fardeau lorsque les besoins les plus simples imposent des choix difficiles et qu’une mère se retrouve face à des demandes dont elle connaît l’importance, sans toujours avoir les moyens d’y répondre. Les émotions s’accumulent tandis que les exigences de la vie se poursuivent sans interruption.

Dans cette réalité, demander à une femme de rester constamment forte constitue une charge supplémentaire, particulièrement lorsqu’elle estime devoir rassurer tout le monde et cacher sa peur pour ne pas accroître l’inquiétude de sa famille. Ces espaces prennent d’autant plus de valeur qu’ils restent proches des détails de leur vie, respectent leur droit de parler ou de garder le silence et leur offrent une occasion d’échanger à l’écart des attentes permanentes de patience et d’endurance.

Les équipes de l’UJFP, en partenariat avec l’Organisation palestinienne pour le développement (POD), ont organisé un atelier de soutien psychologique destiné aux femmes du camp d’Al-Israa, à l’ouest de la ville de Gaza, avec la participation de 25 femmes déplacées. Quand les émotions prennent la parole : vers une paix intérieure pour les femmes déplacées. La rencontre a associé discussions, activités de soutien psychologique et loisirs, permettant aux participantes de consacrer du temps à elles-mêmes et d’interagir dans un cadre bienveillant, attentif à la sensibilité des expériences qu’elles portent et à la disposition différente de chacune à en parler.

L’accent a été mis sur le respect de la vie privée, l’écoute sans interruption ni jugement et la liberté de chaque participante de déterminer ce qu’elle souhaitait partager. La confiance a besoin de temps, et sentir que ses paroles seront accueillies avec compréhension aide à atténuer les hésitations et ouvre la voie à un dialogue plus proche des besoins réels des femmes.

Réfléchir sans cesse à la manière de se procurer de la nourriture, des vêtements et les biens nécessaires au quotidien peut épuiser l’énergie, réduire la capacité de concentration et le calme, et rendre les situations simples plus difficiles qu’elles ne le paraissent. Les échanges ont porté sur l’importance de repérer et de comprendre ces effets, afin que les conditions imposées à la famille ne se transforment pas en reproches permanents envers soi-même ou en accusations mutuelles entre ses membres. À partir de cette approche, la discussion s’est orientée vers ce que signifie faire face à la vie chère pour les femmes responsables de prendre soin de leur famille. Lorsque les ressources sont limitées, les décisions quotidiennes prennent davantage de poids : quels besoins sont les plus urgents ? Que peut-on reporter ? Comment l’expliquer aux enfants ? Les échanges ont mis l’accent sur la distinction entre ce qu’une femme peut faire et ce que les circonstances lui imposent au-delà de ses capacités, tout en soulignant la valeur de la demande d’aide, du partage d’expériences et du recours aux relations de soutien disponibles, sans faire porter aux femmes la responsabilité de trouver des solutions individuelles à des pressions matérielles de grande ampleur.

La rencontre s’est ensuite poursuivie par des activités d’expression et de libération des émotions, au cours desquelles les participantes ont eu la possibilité de parler de ce qui leur pesait, selon le souhait et la disposition de chacune. La tristesse, l’inquiétude et la peur de l’avenir ont figuré parmi les sujets de la séance, aux côtés du besoin de sécurité et de stabilité.

Dans l’un des témoignages une participante a décrit la séance comme un espace pour souffler dont elle avait besoin depuis longtemps, lui permettant d’exprimer ce qui était resté enfoui et de ressentir un peu de légèreté et d’espoir. Lorsque les conditions sont réunies, les mots peuvent aider à mettre de l’ordre dans les émotions, à reconnaître les sources de détresse et à donner à celle qui s’exprime le sentiment que son expérience est comprise et mérite de l’attention.

L’atelier a également traité des moyens de se rassurer et de faire face aux émotions difficiles, en insistant sur l’attention à porter à l’épuisement, la possibilité de s’accorder un moment pour retrouver le calme et la recherche de soutien en cas de besoin. Reconnaître ses émotions et les nommer peut aider une femme à comprendre ce qu’elle traverse et à choisir une réponse qui lui convient, au lieu de rester sous la pression d’émotions accumulées difficiles à interpréter.

La rencontre a été ponctuée d’activités récréatives et interactives qui ont permis aux participantes de changer le rythme de la séance, en passant des discussions sur les pressions à des échanges spontanés et à une participation collective. La diversité des activités a aussi proposé plusieurs façons de participer : certaines se sentent à l’aise dans la parole, d’autres trouvent plus facile de prendre part à une activité collective, et d’autres encore préfèrent écouter avant de se joindre à la discussion. Tenir compte de cette diversité contribue à rendre la rencontre plus attentive aux besoins des femmes et donne à chacune la possibilité d’y être présente de la manière qui lui convient.

L’une des participantes a ainsi exprimé sa prise de conscience de l’importance d’exprimer ses émotions pour retrouver un certain calme, qui l’aide à continuer et à donner à ses enfants un sentiment de sécurité. Cette réflexion a ouvert la voie à une attention portée aux mères en tant que personnes ayant leurs propres besoins psychologiques et émotionnels.

La rencontre a aussi mis en lumière la valeur des liens entre les femmes au sein du camp et le soutien de proximité qu’ils peuvent apporter dans les jours difficiles. Le contact peut commencer par une question sur la manière dont l’autre se porte, une écoute sans jugement ou le partage d’une expérience pour faire face à l’une des pressions quotidiennes, puis devenir une source de sentiment d’appartenance et contribuer à atténuer l’isolement.

L’importance de cet atelier tient à sa proximité avec la vie des femmes du camp d’Al-Israa et à l’espace qu’il a accordé à des émotions sans cesse reléguées au second plan face à l’urgence des besoins quotidiens. De telles rencontres permettent également aux équipes de terrain d’écouter directement les participantes, de comprendre ce qu’elles affrontent et de développer les interventions à partir des besoins et des observations qu’elles expriment.

À l’issue de cette rencontre réunissant l’importance de proposer régulièrement des espaces de soutien psychologique a été réaffirmée. L’attention portée à l’état psychologique des femmes trouve sa valeur dans la reconnaissance de ce qu’elles endurent et dans l’aide qui leur est apportée pour s’exprimer, communiquer et retrouver un certain équilibre dans des conditions éprouvantes. Lorsque ce travail s’articule avec la réponse aux besoins matériels, la protection et les services, le soutien se rapproche davantage de la réalité des familles. Les femmes gardent un besoin manifeste de personnes qui les écoutent, respectent leur fatigue et cherchent avec elles des moyens de rendre le lendemain moins pesant.

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