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En Bref 10 avril 2020

À Mayotte, la continuité pédagogique à coup de tonfa

Il y a quelques jours, le conseil représentatif des Français d’Outre-mer s’inquiétait de la situation sanitaire à Mayotte en raison d’un manque d’équipements médicaux pour faire face à l’épidémie de covid-19. C’est donc le plus naturellement du monde que le gouvernement a décidé… d’armer les équipes mobiles de sécurité (EMS) de l’Éducation nationale de Mayotte. En métropole, des cours en ligne ; dans cette ancienne colonie, des matraques et des tonfas. Retour sur une continuité pédagogique menée à la baguette.

Les « équipes mobiles de sécurité », milice de l’Éducation nationale ?

L’arrêté du 7 avril 2020 stipule que « le ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse peut acquérir et détenir des matraques de type bâton de défense ou tonfa, matraques télescopiques et tonfas télescopiques, relevant de la catégorie D […], en vue de leur remise aux agents des équipes mobiles de sécurité, définies par les circulaires interministérielles des 23 septembre 2009 et 15 février 2010 susvisées, qui exercent leurs missions dans le Département de Mayotte. »

Selon le site de l’Éducation nationale, les « EMS » sont composées d’agents aux compétences diverses dans l’éducation et la sécurité, chargés depuis 2009 de « garantir la sécurité des établissements scolaires et assurer la protection des élèves et des personnels contre toute agression, d’autre part, préserver la continuité de l’action éducative pendant les périodes de tension. » En cette période de pandémie, le gouvernement espère-t-il pouvoir frapper le virus à la matraque ? L’équipement semble peu indiqué pour assurer « des actions de prévention auprès des établissements et l’accompagnement des personnels ou des élèves victimes de violences. »

La répression dans l’Outre-mer : un héritage colonial

Pou rappel, Mayotte a été acheté par la France en 1841, lors de la monarchie de juillet, et fut utilisé comme base à l’expansion coloniale dans la région à la fin du XIXe siècle. Depuis 2011, Mayotte est officiellement devenu le cent-unième département français. De nombreux mouvements de contestation contre la hausse du coût de la vie ou les pénuries d’eau secouent régulièrement l’île, et sont systématiquement réprimés violemment par la police française. En automne 2011, par exemple, un manifestant est mort à la suite d’une charge de la gendarmerie mobile pendant une manifestation, avec le silence des médias de la métropole. En 2018, un nouveau mouvement de contestation se transforme en grève générale, et la gendarmerie est une nouvelle fois envoyée pour réprimer les blocages. Face à l’urgence sanitaire, l’État préfère investir dans la répression que dans le secteur de la santé ou de l’éducation. De la continuité pédagogique à la continuité coloniale, il n’y a peut-être qu’un tonfa…


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