Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” |A Gaza le moindre détail de la vie est un fardeau quotidien
4 mai 2026Gaza sous blocus au cœur de l’obscurité mais les actions menées par l’UJFP continuent semaine après semaine, celles de début Mai: nourrir et soutenir
Gaza n’est plus seulement un titre dans les journaux télévisés ; elle est devenue une réalité quotidienne lourde, qui s’infiltre dans chaque petit détail de la vie des gens. Le paysage ne se résume plus à des bâtiments en ruines, mais à une vie entière qui tente de retrouver son équilibre dans un environnement ayant perdu une grande partie de ses éléments essentiels. La question n’est plus : que s’est-il passé ? mais plutôt : comment les gens peuvent-ils continuer ? Comment la vie peut-elle se poursuivre dans un contexte qui se resserre chaque jour davantage ?
Dans les rues de Gaza les mouvements des habitants ont changé, et les visages des villes se sont transformés, non seulement à cause de la guerre, mais aussi en raison de ses conséquences à long terme. Les infrastructures, déjà fragiles, ne sont plus capables de répondre aux besoins les plus élémentaires. L’eau est limitée, l’électricité intermittente, et les services de santé fonctionnent sous une pression qui dépasse leurs capacités. Dans ce contexte, la faim n’est plus une éventualité, mais une réalité constante. De nombreuses familles vivent leur journée dans l’espoir d’obtenir un seul repas, qui parfois n’arrive même pas. Ce qui rend cette réalité encore plus dure, c’est le blocus persistant et les restrictions imposées à l’entrée des marchandises et des produits essentiels. Les biens n’entrent plus normalement dans la bande de Gaza, mais sont soumis à des limitations strictes, réduisant considérablement les quantités disponibles. Ces restrictions n’affectent pas seulement l’alimentation, mais touchent tous les aspects de la vie.
Parmi les crises les plus marquantes figure celle des huiles automobiles, dont l’entrée a été interdite ou fortement limitée, entraînant une hausse dangereuse des prix. Le litre d’huile moteur a atteint environ 400 euros, un montant largement hors de portée pour la majorité des habitants. Cette augmentation n’est pas un simple détail économique ; elle a des conséquences directes sur le secteur des transports. De nombreux véhicules ont cessé de fonctionner, tout comme les camions qui transportaient les marchandises et les produits de première nécessité. Cet arrêt n’affecte pas seulement la mobilité des personnes, mais l’ensemble du marché. Lorsque les moyens de transport s’arrêtent, tout se bloque : la distribution de nourriture, l’acheminement de l’aide, les déplacements des malades, et même la capacité à travailler.
Ainsi, le blocus ne se limite plus à des contraintes politiques ; il devient un poids quotidien qui alourdit les aspects les plus simples de la vie. Chaque pénurie, chaque hausse de prix se répercute directement sur les habitants, qui se retrouvent pris entre le besoin et l’incapacité d’y répondre. Les commerçants rencontrent de grandes difficultés pour faire entrer des marchandises, et les coûts élevés rendent l’importation presque impossible. Chaque jour où les approvisionnements diminuent, l’écart entre ce qui est disponible et ce qui est nécessaire s’élargit. Cette pression économique se reflète directement dans la vie quotidienne. Les familles, déjà fragiles, ne sont plus capables de subvenir à leurs besoins essentiels. La faim se mêle à la pauvreté, au blocus et au manque de services, formant une réalité presque insoutenable.
Dans ce cadre, l’action humanitaire apparaît comme l’un des derniers remparts pour préserver la vie. Les interventions de l’UJFP sont une nécessité. Le travail des équipes sur le terrain ne consiste pas seulement à fournir de l’aide, mais à maintenir la possibilité même de vivre. À Mawasi Khan Younès, dans les camps d’Al-Fajr et d’Al-Soumoud, ainsi qu’à Deir al-Balah, les équipes travaillent quotidiennement à la préparation de repas destinés aux familles qui n’ont plus aucune autre source de nourriture. Ces cuisines de terrain sont devenues une partie du rythme de vie dans les camps, où le travail commence dès les premières heures du matin.
Préparer des repas dans ces conditions n’est pas une tâche facile. Les ressources sont limitées, les besoins immenses et la pression constante. Pourtant, ces efforts se poursuivent, car l’alternative serait d’abandonner les gens face à la faim sans aucun soutien. Lorsqu’un repas arrive, quelque chose change, même légèrement. La tension diminue, et les gens ressentent qu’ils ne sont pas seuls. Les bénéficiaires de ces efforts sont les plus vulnérables : les familles ayant perdu leurs revenus, les enfants exposés au risque de malnutrition, les femmes portant de lourdes responsabilités, et les personnes âgées sans soutien. À Deir al-Balah, où la surpopulation est intense, chaque repas distribué contribue à alléger la pression et à préserver un certain équilibre social.

Mais ce travail ne pourrait se poursuivre sans le rôle des donateurs. Le soutien venant de l’extérieur ne reste pas abstrait ; il se transforme en actions concrètes : en nourriture préparée, en carburant utilisé, en efforts continus malgré les défis. Les donateurs ne sont pas éloignés de cette réalité ; ils en font partie. Chaque contribution signifie un jour de plus de survie, un jour de plus pour garder ces cuisines ouvertes et ces repas disponibles.
À Gaza, la vie n’est plus facile, et les choix sont limités. Pourtant, certains continuent d’essayer, de travailler, de s’accrocher à cette petite marge de vie. Entre un blocus qui se renforce, une réalité qui se rétrécit et un travail qui ne s’arrête pas, ces efforts restent la preuve que l’être humain, malgré tout, est capable de s’accrocher à la vie. La situation ne changera peut-être pas rapidement, et la crise ne prendra peut-être pas fin bientôt. Mais ce qui se passe chaque jour dans ces camps et ces cuisines est une tentative constante d’éviter un effondrement total. La vie à Gaza continue, non pas parce qu’elle est facile, mais parce qu’il y a ceux qui refusent qu’elle s’arrête. Et c’est dans ces petits détails que s’écrit l’histoire de la résistance, jour après jour.
Lien vers les photos et vidéos
Distribution de repas aux familles du camp d’agriculteurs
https://drive.google.com/drive/folders/1CDc7fv7eSd9nc2D9KQRDlAv7xFxNTPJg
Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Hilal
https://drive.google.com/drive/folders/1I_izjxIeMCHzdh5rJy7k07jsiowpBmuU
Dans un atelier de soutien psychologique le 1er Mai, les femmes s’attaquent à l’économie, contre l’exploitation, rester digne!
Dans des espaces exigus où les tentes s’entassent, sous un ciel qui ne procure plus la même sérénité qu’autrefois, les femmes vivant dans les camps de déplacés affrontent une réalité complexe. Les décisions les plus simples deviennent lourdes à porter, et les moindres détails se transforment en luttes quotidiennes pour préserver un équilibre fragile. Tenter, malgré tout, de maintenir une apparence de normalité alors que tout autour d’elles se fissure.
Dans la région centrale à l’ouest de Deir al-Balah, au sein du camp « Al-Asdiqaa », 22 femmes déplacées ont participé à une séance organisée par l’ UJFP: La dignité au-dessus de l’exploitation : restaurer la sécurité économique en temps de pénurie . Cette rencontre,un espace de dialogue entre des femmes dotées d’une profonde lucidité et d’expériences accumulées. La plupart des participantes étant instruites, titulaires de diplômes universitaires ou supérieurs, les échanges ont atteint un niveau d’analyse riche, dépassant le simple récit superficiel du vécu. Il a été demandé aux participantes d’exprimer en un mot leur ressenti face à la situation économique actuelle. Les mots se sont enchaînés : « étouffement », « pression », « incapacité », « colère », « tentative ». Au fil de la séance, une participante a évoqué le fait que les prix ne sont plus de simples chiffres, mais une charge psychologique qui la poursuit jusque dans sa tente. Une autre a expliqué qu’elle réfléchit désormais à plusieurs reprises avant d’acheter le moindre besoin essentiel, non seulement par manque d’argent, mais aussi à cause d’une perte de confiance envers le marché. Une troisième a décrit l’exploitation économique comme une prolongation de l’expérience du déplacement, une bataille supplémentaire imposée au quotidien.
Les femmes ont abordé spontanément le concept d’ économie de résistance , en partageant les stratégies qu’elles ont développées : réduire la consommation, réutiliser les ressources, échanger des biens essentiels entre voisines.
Au milieu de la séance, une activité interactive intitulée Une histoire du marché a été proposée. Chaque participante a raconté une situation vécue lors de l’achat de ses besoins. Ces récits ont mis en lumière l’ampleur des défis quotidiens : l’une a évoqué le sentiment d’humiliation lors d’une négociation pour un produit de base, une autre a raconté être rentrée les mains vides à cause des prix élevés, ce qui a renforcé son sentiment d’impuissance envers sa famille.
Des activités de soutien psychologique ont été intégrées pour atténuer la tension. Un exercice de respiration profonde a aidé les participantes à retrouver un certain calme intérieur, suivi d’une activité collective ludique consistant à faire circuler une petite balle en citant quelque chose qui leur procure du réconfort. « l’odeur du café », « la conversation avec une amie », « le bruit de la pluie ». Ces instants ont rappelé que, malgré la dureté de la vie, il subsiste encore de petits espaces de répit.
Un exercice d’ écoute profonde a également été mené : les femmes se sont mises en binômes, chacune parlant pendant deux minutes sans interruption tandis que l’autre écoutait attentivement. L’une des participantes a exprimé sa surprise en disant qu’elle ne s’était pas sentie aussi libre de parler depuis longtemps, tandis qu’une autre a confié que le simple fait d’être écoutée lui avait apporté un soulagement inattendu.
Les femmes sont passées de l’analyse du problème à la recherche de solutions : renforcer les réseaux de solidarité au sein du camp, encourager les initiatives basées sur l’échange et le prêt plutôt que l’achat, et développer une conscience collective pour faire face à l’exploitation. Elles ont souligné que le changement ne dépend pas uniquement du marché, mais aussi du comportement des consommateurs. Elles ont affirmé que préserver sa dignité dans la pauvreté est une forme de résistance, et que la conscience reste l’arme la plus puissante face à l’avidité.
La séance s’est conclue par un moment apaisant : les femmes ont été invitées à poser leurs mains sur leur cœur, à respirer profondément et à répéter des affirmations de force intérieure « Je suis capable », « Je continue », « Je ne suis pas seule” recentrer l’attention vers l’intérieur et de renforcer un sentiment de cohésion.
À la fin de la rencontre, l’une d’elles a exprimé que sa force ne réside pas dans l’argent qu’elle possède, mais dans sa capacité à comprendre et à s’adapter. Une autre a affirmé qu’elle commencerait à partager ce qu’elle a appris avec ses voisines.
Dans cette séance l’expérience a rencontré la conscience, où la douleur s’est transformée en connaissance, et la pression en moteur. Elle a confirmé que les femmes à Gaza, malgré toutes les épreuves, ne manquent ni de lucidité ni de volonté. Elles possèdent une force et une conscience capables de transformer chaque défi en opportunité de redéfinir la vie.
Lien vers les photos et vidéos
https://drive.google.com/drive/folders/1CWiZpIlzI_EH-ZypIYL5nVKy_AzM5t6E
Deuxième atelier de soutien psychologique 3 Mai
Les femmes du camp d’Al-Isra fabriquent leur lumière malgré l’ampleur de l’obscurité
Dans les camps de déplacement, les journées y deviennent des unités de temps répétitives, les femmes vivent une forme particulière de confrontation, qui ne se limite pas à la gestion des besoins quotidiens, mais s’étend à la régulation des émotions, à l’apaisement de la peur et à la reconstruction du sens de la vie dans un environnement ayant perdu une grande partie de ses repères. Ici, il ne suffit pas d’être fortes : elles doivent apprendre à redéfinir leur force chaque jour et à créer un espace intérieur sécurisé malgré le chaos ambiant. Les ateliers sont des formes invisibles de reconstruction de soi, où la tente devient un lieu de réflexion, la parole un outil pour déconstruire ce qui s’est accumulé intérieurement, et le partage une manière de réorganiser le désordre psychologique laissé par la guerre. Dans le camp « Al-Isra », à l’ouest de Gaza, 25 femmes déplacées se sont réunies lors d’une séance Un espoir renouvelé : l’ingénierie de la résistance et la fabrication de l’aube au cœur de l’obscurité. Les femmes sont entrées en portant en elles ce que l’on pourrait appeler une « fatigue différée » — une forme d’épuisement qui se manifeste dans les détails : le ton de la voix, la posture, et ces distances invisibles entre une personne et elle-même. L’objectif n’était pas de pousser les participantes à parler, mais de créer un rythme différent dans l’espace. Une activité d’ observation silencieuse a été proposée : les femmes ont été invitées à regarder autour d’elles pendant quelques minutes sans parler, simplement pour observer le lieu, les visages et les sons lointains, se reconnecter au moment présent.
Ensuite, chaque participante devait parler de quelque chose qui a changé en elle depuis le début du déplacement, et pas seulement de ce qu’elle a perdu. L’une d’elles a expliqué être devenue plus attentive aux détails de la vie de ses enfants, une autre a découvert sa capacité à endurer ce qu’elle n’aurait jamais imaginé, tandis qu’une troisième a évoqué une maturité nouvelle dans sa manière de penser malgré la dureté de l’expérience. Les participantes ne parlaient plus seulement de leur réalité, mais de leur relation à celle-ci et de la manière dont elle avait évolué. une reformulation de leur expérience. Les participantes utilisaient des mots “adaptation », « rééquilibrage » et « gestion des émotions », montrant que les femmes de Gaza ne se contentent pas de faire face à la réalité : elles la pensent, l’analysent et cherchent à élaborer des réponses conscientes.
Puis un exercice intitulé Lettre à moi-même dans le futur a été proposé. Chaque participante devait s’imaginer un an plus tard et écrire ou exprimer un court message sur ce qu’elle souhaite devenir. L’une a exprimé son souhait d’être plus sereine, une autre de retrouver un sentiment de sécurité, tandis qu’une troisième voulait être capable de mieux soutenir ses enfants sur le plan psychologique. Cet exercice n’était pas anodin : il visait à rouvrir une fenêtre vers l’avenir, à un moment où le présent impose son poids. Il a aidé les femmes à sortir temporairement d’un cercle de pensée fermé pour accéder à un horizon plus large de possibilités. Une activité physique légère a été introduite : les participantes se déplaçaient dans le cercle selon un certain rythme, s’arrêtant à un mot-clé pour partager spontanément une idée positive.
Un autre exercice, Renommer les émotions , a été réalisé : les participantes devaient choisir une émotion récurrente et tenter de la reformuler d’une manière moins dure. Ainsi, au lieu de « impuissance », l’une a dit « je suis en phase d’apprentissage », et au lieu de « peur », une autre a dit « je me prépare à ce qui vient ». Les femmes ont commencé à parler de leur rôle au sein de leur famille et de leurs efforts pour créer un environnement psychologique stable pour leurs enfants malgré l’instabilité extérieure. L’une a expliqué qu’elle tente de transformer la tente en un espace chaleureux grâce à de petits détails, tandis qu’une autre a souligné l’importance de maintenir une routine quotidienne simple pour offrir un sentiment de sécurité aux enfants. Cela illustre l’importance de ces espaces où l’invisible peut être exprimé et rendu perceptible. Un exercice calme a été proposé : les femmes ont été invitées à fermer les yeux et à s’imaginer marchant dans un lieu ouvert, loin du camp, en se concentrant sur les détails — le son du vent, la sensation du sol.
Ainsi, la séance Un espoir renouvelé : l’ingénierie de la résistance et la fabrication de l’aube au cœur de l’obscurité a réorganisé la relation des femmes à elles-mêmes et à leur réalité. Elle confirme que l’espoir n’est pas un état que l’on attend, mais une compétence qui se construit ; que la résistance n’est pas seulement l’endurance, mais la capacité de remodeler la vie même dans ses moments les plus sombres. Ces séances, sont le début discret de quelque chose de plus grand, invisible au premier regard, mais qui se construit silencieusement à l’intérieur.
Lien vers les photos et vidéos
https://drive.google.com/drive/folders/1Kgw6lkFxUBv3NSfa945Vq19xU0YEkvFP
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