Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Atelier de soutien psychologique pour les femmes dans le camp Al-Durra et d’Al-Israa

21 mai 2026
Atelier de soutien psychologique dans le camp d'Al -Israa crédit photo ujfp Gaza

20 et 21 Mai :deux Atelier de soutien psychologique pour les femmes dans le camp Al-Durra et d’Al-Israa

Entre le marteau du déplacement et l’enclume de la vie chère

20 Mai: Atelier de soutien psychologique et d’autonomisation communautaire pour les femmesdans le camp Al-Durra, à l’ouest de Deir al-Balah

Faire face à l’exploitation économique et renforcer la solidarité. L’atelier a ciblé 20 femmes déplacées vivant dans les tentes du camp Al-Durra, de discuter des pressions économiques qui sont devenues une partie de la souffrance quotidienne des familles déplacées dans la bande de Gaza. Cet atelier intervient , alors que des milliers de familles vivent dans des camps temporaires au milieu d’une grave pénurie des besoins essentiels et d’une hausse sans précédent des prix des produits alimentaires au moment où la majorité des familles a totalement perdu ses sources de revenus.

La séance a été ouverte par l’une des conseillères de l’UJFP, qui a parlé des pressions accumulées que vivent les femmes dans les camps, expliquant que le sentiment d’impuissance et la peur de l’avenir sont devenus une partie de la vie quotidienne. Elle a affirmé que l’atelier vise à transformer le silence et la pression psychologique en un dialogue collectif de soutien, aidant les femmes à exprimer leurs craintes, à échanger leurs expériences et à découvrir des moyens collectifs d’alléger les charges économiques et sociales. Lles participantes se sont assises en cercle de discussion et ont commencé à raconter leurs expériences quotidiennes face à la cherté de la vie et à l’absence de contrôle des prix. L’une des participantes a parlé avec douleur de son obligation de renoncer à de nombreux besoins essentiels de ses enfants à cause des prix élevés, déclarant que le marché est devenu « une arène d’épuisement » pour les pauvres et les déplacés. Une autre femme a ajouté que certains commerçants exploitent cruellement les besoins des gens, les prix changeant plusieurs fois dans la même journée sans aucune justification. Une participante âgée a déclaré qu’elle ne pense plus à améliorer ses conditions de vie, son seul souci étant désormais de fournir un seul repas suffisant à ses petits-enfants jusqu’à la fin de la journée. Les femmes ont parlé de leur sentiment d’humiliation lorsqu’elles tentent d’acheter les produits de première nécessité, surtout lorsqu’elles sont contraintes de choisir entre la nourriture et les médicaments ou entre le pain et le lait infantile. Les participantes ont affirmé que ce qui les fait le plus souffrir n’est pas seulement la cherté de la vie, mais aussi le sentiment que leur souffrance est devenue une opportunité pour certains de réaliser des profits au détriment des pauvres et des déplacés.

L’atelier s’est concentré sur la transformation de ces sentiments en une conscience collective organisée, les conseillères discutant avec les femmes du concept de boycott conscient de certains produits dont les prix sont exagérément élevés, ainsi que de l’importance de la coopération entre les familles pour réduire l’exploitation. Il a également été question de l’idée d’achats collectifs et du partage des besoins entre les familles déplacées, considérés comme un moyen pratique de réduire les charges financières et de renforcer l’esprit de solidarité au sein du camp.

L’une des participantes a proposé la création de petits groupes de femmes dans le camp afin d’échanger des informations sur les endroits où trouver des produits à des prix plus bas. La séance a également connu une discussion autour des alternatives locales aux produits manquants ou trop chers, les femmes échangeant des idées simples aidant à s’adapter au manque de ressources disponibles. L’atelier a aussi abordé les méthodes de gestion du budget familial en temps de crise et la manière de fixer les priorités afin de préserver la santé des enfants et des personnes âgées.

L’une des conseillères a affirmé que les femmes ont parfois davantage besoin d’un espace sûr pour pleurer et parler que de conseils directs, car l’expression des émotions représente une étape essentielle du rétablissement psychologique. Les activités ont commencé par un simple exercice de présentation humaine, au cours duquel les conseillères ont demandé à chaque femme de mentionner quelque chose à quoi elle continue de s’accrocher malgré la guerre ; les réponses variaient entre l’espoir, les enfants, la patience et la foi. Les participantes sont ensuite passées à l’activité des cercles de soutien , où chaque femme a parlé d’une situation dans laquelle elle s’était sentie impuissante pendant le déplacement, tandis que les autres participantes lui adressaient des paroles de soutien et d’encouragement.

L’atelier comprenait également des activités récréatives, les femmes participant à des jeux collectifs fondés sur la coopération, le rire et l’interaction positive. L’atelier a également comporté une séance de dessin libre et d’expression par les couleurs, au cours de laquelle certaines femmes ont exprimé leurs sentiments envers la guerre et le déplacement à travers des dessins simples. L’un des dessins représentait une petite tente au centre de laquelle une mère serrait ses enfants dans ses bras, tandis que le ciel était rempli de nuages noirs, exprimant de manière poignante le sentiment d’insécurité des femmes. Les conseillères ont également consacré une partie de la séance à parler de l’importance de la solidarité communautaire après la guerre et du fait que la reconstruction de l’être humain n’est pas moins importante que celle des maisons et des rues.

Au cours de la séance, l’une des participantes a déclaré :« Nous ne craignons plus les bombardements autant que nous craignons d’entrer au marché ; les prix changent d’une heure à l’autre comme si notre besoin était devenu une marchandise mise aux enchères. J’ai appris aujourd’hui que notre silence nourrit la cupidité, et que lorsque nous nous unissons et boycottions les produits aux prix exagérés, nous possédons le pouvoir du changement. La dignité commence par notre capacité à dire non à l’exploitation. »

Ces paroles ont ouvert un large débat entre les femmes autour du concept de dignité humaine en temps de guerre, et de la manière dont la préservation de la solidarité et de la conscience peut constituer une forme de résistance face à l’effondrement social et économique. Les participantes ont également discuté de l’importance de transmettre ce qu’elles ont appris durant l’atelier aux autres femmes du camp, afin d’élargir le cercle de la sensibilisation communautaire aux dangers de l’exploitation économique.

L’atelier a également insisté sur l’importance de préserver les liens sociaux à l’intérieur des camps, car la désintégration sociale accroît la fragilité des familles et aggrave les effets des traumatismes psychologiques. Les participantes ont également écrit de courts messages à elles-mêmes et à leurs enfants sur ce qu’elles espèrent voir se réaliser après la fin de la guerre ; la plupart de ces messages étaient remplis d’espoir de retour aux maisons, de stabilité, d’éducation et de vie normale.

L’atelier s’est conclu par un message dans lequel les équipes de l’UJFP ont affirmé que les femmes déplacées ne sont pas de simples chiffres dans les listes d’aide humanitaire, mais qu’elles constituent le pilier de la résistance au sein de la société palestinienne, et que l’autonomisation psychologique et sociale des femmes représente une étape essentielle dans le processus de rétablissement après la guerre. L’importance de ces ateliers apparaît particulièrement durant la période d’après-guerre en tant qu’espace de reconstruction intérieure de l’être humain, aidant les femmes à retrouver confiance en elles, à atténuer les effets des traumatismes psychologiques et à renforcer l’esprit de coopération et de cohésion sociale. Le soutien psychologique en temps de catastrophe est une nécessité humaine qui protège la société contre l’effondrement intérieur et donne aux survivants la capacité de poursuivre leur vie malgré toute la douleur et la souffrance qu’ils ont traversées.

https://drive.google.com/drive/folders/12VW5efHahuUTiVbiQ5WClHK62bAJx8Kr

Ponts de Lumière : Des femmes guérissent ensemble

21 Mai: Atelier de soutien psychologique et d’autonomisation communautaire pour les femmes dans le camp Al-Israa, à l’ouest de Gaza

Dans l’un des environnements humanitaires les plus durs et les plus complexes de la ville de Gaza, au milieu des rangées de tentes entassées devenues un refuge temporaire pour des milliers de familles déplacées, les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier intitulé Ponts de Lumière : Des femmes guérissent ensemble.

25 femmes déplacées, réunies dans un espace humain sécurisant visant à alléger les pressions psychologiques et sociales. Cet atelier intervient à un moment où les femmes vivant dans les camps de déplacement traversent une situation d’épuisement psychologique et social continu, conséquence des déplacements répétés et de l’accumulation des charges quotidiennes liées à la guerre, au deuil et aux privations. Les camps disséminés dans la ville de Gaza ne sont plus de simples points d’hébergement d’urgence ; ils se sont transformés en communautés surpeuplées souffrant de pénuries d’eau, d’absence d’intimité, du manque de nourriture et de médicaments, en plus d’une pression psychologique écrasante générée par les bombardements, la peur constante et l’incertitude permanente. Nombreuses sont également les femmes qui vivent une forme d’isolement psychologique silencieux , dissimulant leurs douleurs et leurs craintes de peur de s’effondrer devant leurs enfants ou devant leur entourage.

La séance a été ouverte par l’une des conseillères psychologiques de l’UJFP, qui a souligné l’importance de transformer la douleur individuelle en un espace de soutien collectif. Elle a expliqué que cette rencontre avait pour objectif de créer un environnement sûr permettant aux femmes d’exprimer librement leurs émotions, d’échanger leurs expériences et de redécouvrir les forces qui les ont aidées à tenir bon jusqu’à présent.Certaines femmes ont évoqué la perte de leurs maisons ; d’autres ont parlé de la perte d’êtres chers, tandis que beaucoup ont exprimé leur peur constante de l’avenir et de la prolongation indéfinie de leur situation de déplacement.

L’une des participantes a confié que la chose la plus difficile qu’elle vive quotidiennement est le sentiment d’être incapable d’offrir à ses enfants un sentiment de sécurité, malgré ses efforts constants pour cacher sa propre peur devant eux. Une autre femme a expliqué qu’elle redoute désormais la nuit à cause des souvenirs liés aux bombardements et aux explosions, affirmant que le sommeil s’est transformé en un combat quotidien contre l’anxiété et les cauchemars. Durant les échanges, les femmes ont également parlé des changements psychologiques observés chez les enfants vivant dans les camps, l’augmentation de la peur, la nervosité, le repli sur soi et l’attachement excessif aux mères. Les participantes ont confirmé que les pressions économiques et la vie sous les tentes avaient aggravé les tensions familiales.

Un exercice de narration thérapeutique a permis à chaque participante de raconter une situation dans laquelle elle s’était sentie forte malgré les circonstances difficiles. L’une d’elles a raconté comment elle avait réussi à protéger psychologiquement ses enfants pendant le déplacement, en transformant la peur en jeux et en histoires destinés à apaiser leurs angoisses. Une autre a déclaré qu’elle avait découvert, à l’intérieur du camp, que les femmes étaient devenues les unes pour les autres une seconde famille, et que la solidarité entre voisines constituait l’une des raisons ayant permis à de nombreuses familles de survivre malgré la cruauté des circonstances.

La séance a également abordé la guérison collective, ainsi que le soutien psychologique mutuel qui peut réduire les sentiments de solitude et d’impuissance.

L’atelier a été ponctué par plusieurs activités destinées à réduire le stress et à renforcer le sentiment de sécurité et d’appartenance entre les participantes. Un exercice collectif de respiration et de relaxation, qui a aidé progressivement les femmes à se libérer des tensions physiques et psychologiques.

Les participantes ont ensuite pris part à une activité intitulée Les mots de la force : chaque femme a été invitée à écrire un mot qui lui inspire de l’espoir : patience, vie, retour, sécurité, famille ou avenir. Par la suite, les participantes ont échangé leurs mots entre elles, dans un geste symbolique affirmant que la force peut se transmettre d’une personne à une autre à travers le soutien et la solidarité.

L’atelier comprenait une activité artistique de dessin et de coloriage, grâce à laquelle les femmes ont exprimé leurs émotions ainsi que leurs rêves pour l’après-guerre.

Certaines participantes ont dessiné des maisons entourées d’arbres, tandis que d’autres ont représenté des enfants se rendant à l’école, traduisant clairement l’aspiration profonde des populations à retrouver une vie normale. L’un des dessins représentait une petite tente d’où jaillissait une grande lumière s’élevant vers le ciel. Son autrice a dit « Même dans les endroits les plus difficiles, l’espoir peut naître. »

Au cours de l’atelier, les participantes ont discuté de l’importance de transformer la tente d’un espace d’attente douloureux en un lieu de vie provisoire plus chaleureux et mieux organisé pour les enfants et les familles. L’une des femmes a expliqué qu’elle considérait auparavant la tente comme « une prison temporaire », mais qu’elle avait commencé à comprendre qu’organiser l’espace et y ajouter de petits détails pouvait offrir aux enfants un sentiment de sécurité. Les conseillères ont souligné que les femmes ont souvent tendance à s’oublier au milieu des responsabilités liées au déplacement forcé, alors même que l’équilibre psychologique de la mère influence directement les enfants et l’ensemble de la famille.

La séance a donné lieu à un large débat autour de la notion d’ espoir , que de nombreuses participantes considéraient comme une décision quotidienne de résister et de continuer malgré la douleur. L’une des participantes a déclaré durant la séance :« Je suis venue en portant des montagnes de soucis sur mes épaules, mais j’ai découvert dans les regards de mes voisines du camp la même force de résistance. Nous avons appris que l’espoir est un métier que nous devons maîtriser chaque jour, et que lorsque nous nous soutenons mutuellement, le chemin devient moins solitaire. Je quitterai cette séance en voyant, dans l’obscurité de la nuit, les signes annonciateurs de l’aube. » Une autre participante a affirmé : « Je considérais la tente comme une cellule provisoire dans laquelle j’attendais un destin inconnu, et cela épuisait toute mon énergie. Aujourd’hui, j’ai décidé de faire de cette tente une véritable maison, non pas par ses murs, mais par son esprit. J’ai appris que la guérison commence par une décision intérieure, et que l’espoir est un acte quotidien que nous pratiquons ensemble, et non un miracle que nous attendons. »

Ces échanges ont ouvert un vaste débat sur le rôle des femmes dans la protection du tissu social à l’intérieur des camps, et sur la manière dont la stabilité psychologique des mères contribue à renforcer la résilience des familles dans leur ensemble. Les participantes ont affirmé que le simple fait de s’asseoir ensemble et de s’écouter mutuellement leur avait procuré le sentiment qu’il existe des personnes capables de comprendre l’ampleur de la douleur qu’elles vivent chaque jour.

À la clôture une activité intitulée Lettre au futur: chaque femme a rédigé une courte lettre adressée à elle-même, évoquant son rêve pour l’après-guerre: retourner à la maison, voir les enfants reprendre le chemin de l’école, dormir sans peur, et retrouver la possibilité de vivre en paix.

À la fin de l’atelier, les équipes de l’UJFP ont réaffirmé que la femme palestinienne a toujours été et demeure la colonne vertébrale de la résilience de la société, et que le soutien psychologique et social aux femmes constitue la pierre angulaire de tout processus de guérison communautaire après la guerre. Construire des réseaux de sécurité psychologique au sein des camps, afin d’aider les femmes à dépasser les effets des traumatismes et à renforcer leur capacité d’adaptation et de persévérance.

Les séances collectives de soutien psychologique offrent un espace sécurisé permettant d’exprimer les émotions refoulées, ce qui réduit les risques d’effondrement psychologique et d’isolement social. Dans les sociétés qui émergent des guerres, la guérison psychologique devient une composante essentielle de la reconstruction, car reconstruire l’être humain n’est pas moins important que reconstruire les maisons et les infrastructures. Ainsi, dans le camp Al-Israa, parmi les tentes, les femmes sont parvenues à faire d’une séance un espace de vie, d’espoir et de guérison collective. La femme palestinienne demeure ainsi une voix porteuse d’espoir jusque dans les moments les plus difficiles de la douleur et du déplacement forcé.

https://drive.google.com/drive/folders/127VxA4nQmXIiBXhX12AdNItPPw8A6kOz

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