Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Compte rendu Hebdomadaire des ateliers de soutien pour les femmes

13 juillet 2026
Atelier de soutien psychologique dans le camp d'Al-Durra crédit photo UJFP Gaza

Des femmes bâtissent la paix au cœur des tentes

Les équipes de l’UJFP organisent un atelier de soutien psychosocial au camp Al-Durra pour renforcer la gestion de la colère et préserver la cohésion sociale

Dans les environnements surpeuplés des camps de déplacement, où des centaines de familles vivent dans des espaces extrêmement restreints dépourvus d’intimité et de services essentiels, les femmes supportent la plus grande part du fardeau psychologique et social. Elles se retrouvent responsables de la protection de leur famille, de l’éducation de leurs enfants et de la gestion des moindres détails de la vie quotidienne dans des conditions extrêmement difficiles. Au camp Al-Durra, situé à l’ouest de Deir al-Balah, le défi à préserver l’équilibre psychologique et la cohésion sociale est devenu un enjeu tout aussi essentiel. La proximité extrême des tentes, l’absence d’intimité, les difficultés économiques, les longues files d’attente pour l’eau, la rareté des ressources et l’inquiétude permanente face à l’avenir créent un climat de tension qui accroît le risque de conflits familiaux ou de disputes entre voisins, parfois pour les raisons les plus insignifiantes.

C’est dans cette perspective que les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier Protéger notre front intérieur : gérer la colère et construire la paix au sein de la tente et du camp, réunissant vingt femmes déplacées du camp Al-Durra. La séance a rappelé que les sentiments de colère et de détresse ne sont pas des signes de faiblesse, mais des réactions naturelles à des circonstances exceptionnelles que traverse l’ensemble de la population. L’objectif de cette rencontre n’était pas d’encourager les femmes à refouler leurs émotions, mais de les aider à les exprimer afin d’éviter qu’elles ne dégénèrent en conflits nuisibles à la famille et à la communauté.

L’atelier a débuté par une activité de présentation Je suis plus forte que je ne le pense. Chaque participante était invitée à se présenter puis à citer une qualité positive qu’elle avait découverte en elle-même depuis le début de la guerre.

L’une des participantes a déclaré :« J’ai découvert que je pouvais être beaucoup plus résistante que je ne l’aurais imaginé. » Une autre a ajouté :« J’ai compris que la force ne consiste pas à ne jamais pleurer, mais à continuer de prendre soin de mes enfants malgré tout. »Une troisième femme « Je pensais être faible, mais depuis notre déplacement, j’ai dû affronter des situations que je n’aurais jamais cru pouvoir surmonter. »

La séance s’est ensuite poursuivie par une discussion ouverte autour de la notion de colère. À quel moment sentez-vous que vos nerfs sont sur le point de céder ?

Une participante a évoqué la difficulté de se lever avant l’aube pour attendre pendant des heures dans la file destinée à la distribution d’eau, avant de rentrer retrouver ses enfants en pleurs à cause de la chaleur ou de la faim. Une autre a expliqué que ce qui l’épuise le plus est le sentiment d’impuissance lorsqu’un de ses enfants lui demande quelque chose qu’elle est incapable de lui offrir. Une troisième femme a raconté que la tension devient particulièrement forte lorsqu’elle doit vivre dans une tente séparée de celle de ses voisins uniquement par une toile, où chacun entend les conversations des autres, transformant le moindre désaccord en un conflit connu de tout le camp. Au fil des échanges, il est apparu que les causes de la colère relevaient des conditions extrêmement difficiles imposées par la guerre et le déplacement. La chaleur écrasante, les coupures d’eau, les difficultés d’accès à la nourriture, la promiscuité, le manque de sommeil et l’inquiétude permanente pour les enfants constituent autant de facteurs qui rendent chacun plus vulnérable aux réactions émotionnelles.

Reconnaître l’origine de sa colère constitue la première étape vers sa maîtrise. La colère, en elle-même, n’est pas un problème ; ce qui pose problème est la manière dont elle s’exprime. Lorsqu’elle se transforme en cris, en violence ou en paroles blessantes, elle laisse des traces profondes au sein de la famille et accroît encore la souffrance des enfants.

Afin de transformer cette réflexion en expérience pratique, les participantes ont été réparties en petits groupes. Chaque groupe devait discuter d’une situation fréquemment rencontrée dans le camp — comme un conflit lors du remplissage des réservoirs d’eau, un malentendu entre enfants ou une dispute concernant les limites des tentes — puis proposer plusieurs solutions permettant de résoudre le problème sans cris ni affrontements. L’une d’elles a proposé de mettre en place un système de rotation pour le remplissage de l’eau. Une autre a estimé qu’un accord préalable entre voisins sur les horaires d’utilisation des espaces communs permettrait de réduire considérablement les risques de conflits. Une troisième participante a souligné qu’un simple geste d’excuse lorsqu’une erreur est commise peut empêcher bien des différends de s’aggraver. Les participantes ont pris conscience qu’elles possédaient elles-mêmes la capacité d’imaginer des solutions adaptées à leur réalité, plutôt que de dépendre de conseils extérieurs éloignés de leur quotidien.

La séance a ensuite été interrompue quelques minutes afin de réaliser un exercice collectif de relaxation. Cet exercice a été décrit par de nombreuses participantes comme un moment de répit et de sérénité, une véritable pause au milieu des pressions constantes de la vie quotidienne.

Une séance de discussion Qu’est-ce qui apaise notre colère ? a ensuite été lancée. Chaque participante a été invitée à raconter une situation dans laquelle elle était parvenue à maîtriser sa colère, ou au contraire un moment où elle avait regretté sa réaction, puis à réfléchir avec les autres femmes. L’une des participantes a expliqué qu’elle avait perdu son sang-froid un jour où ses enfants s’étaient disputés avec ceux des voisins. Elle avait élevé la voix devant tout le monde avant de se rendre compte, quelques minutes plus tard, que les enfants avaient déjà repris leurs jeux ensemble, alors que le conflit entre les mères avait perduré plusieurs jours. Elle a déclaré : « J’ai compris que ma colère n’avait pas résolu le problème ; elle l’avait au contraire aggravé. Depuis, j’essaie de retrouver mon calme avant de parler. » Une autre participante a raconté qu’elle rentrait souvent épuisée après avoir attendu longtemps dans les files d’attente pour obtenir de l’eau. Lorsque ses enfants lui demandaient ensuite de la nourriture ou de l’aide, elle leur répondait avec irritation, avant de ressentir un profond regret. Elle a expliqué que cette séance lui avait permis de comprendre que ce n’était pas son cœur qui parlait, mais sa fatigue, et que s’accorder quelques minutes de repos avant de commencer une nouvelle tâche pouvait transformer sa manière de réagir avec sa famille. Une participante plus âgée a confié qu’elle avait connu plusieurs guerres et crises au cours de sa vie, mais qu’elle n’avait jamais été témoin de conditions aussi difficiles que celles que vivent aujourd’hui les habitants de Gaza. « Avec les années, j’ai appris qu’une parole bienveillante peut éviter un grand conflit, et que la patience n’est pas une faiblesse, mais une force dont on a besoin lorsque la vie devient insupportable. »

La discussion s’est progressivement transformée en un espace d’échange de conseils pratiques. Certaines femmes ont souligné la nécessité d’apprendre aux enfants à respecter l’intimité des voisins, à éviter de jouer près des entrées des tentes ou de faire du bruit pendant les moments de repos.

Afin de renforcer l’esprit de coopération, une activité interactive Le cercle des solutions a été organisée. Les participantes se sont assises en cercle et plusieurs situations fréquentes dans le camp leur ont été présentées, telles que les conflits liés à l’ordre de passage pour remplir les réserves d’eau, les malentendus entre voisins ou encore les réactions de colère d’un membre de la famille sous l’effet du stress. Chaque femme devait proposer une solution pratique, puis la participante suivante complétait cette idée par une nouvelle proposition, jusqu’à constituer une véritable chaîne de solutions collectives.

Dans une autre séquence, l’animatrice a abordé les conséquences d’une colère permanente sur les enfants. Elle a expliqué qu’un enfant qui grandit dans un environnement marqué par les cris et les tensions peut développer un sentiment d’insécurité et de peur, même s’il n’est pas directement impliqué dans le conflit. Ce thème a suscité un échange particulièrement riche. Une mère a raconté que son fils était devenu très irritable depuis leur déplacement, tandis qu’une autre a expliqué que sa fille se mettait désormais à pleurer dès qu’elle entendait des voix fortes. Toutes ont reconnu que les enfants vivent eux aussi les conséquences de la guerre à leur manière et qu’ils ont besoin, malgré le manque de ressources, d’un environnement où ils puissent se sentir protégés, entourés et rassurés.

L’atelier a ensuite proposé une activité récréative Les messages d’espoir. Chaque participante a reçu une petite carte sur laquelle elle a écrit un mot d’encouragement, une pensée positive ou une prière destinée à une autre femme du camp. Après avoir rassemblé les cartes et les avoir redistribuées au hasard, chaque participante a lu à voix haute le message qu’elle avait reçu. Les cartes étaient remplies de mots évoquant la patience, l’espérance, l’encouragement, la solidarité et la foi.

Les activités collectives se sont conclues par un exercice L’arbre de la force . Un grand arbre avait été dessiné sur une affiche, et chaque participante a inscrit sur un petit papier une qualité ou une force qu’elle estimait avoir développée depuis le début du déplacement, avant de l’accrocher aux branches de l’arbre. À la fin de l’exercice, l’arbre était couvert de mots : patience, coopération, foi, responsabilité, résilience, compassion, sagesse, espoir et amour.

« Nous pensions être venues parler de la colère, mais nous avons découvert que nous possédions encore énormément de force. “ « Chaque feuille de cet arbre raconte l’histoire d’une femme qui a résisté aux épreuves sans jamais abandonner. »

La construction de la paix au sein du camp ne commence pas par des accords officiels, mais au sein même de la tente, dans la manière dont les membres d’une même famille interagissent les uns avec les autres, dans la capacité des voisins à se respecter, à s’entraider et à faire passer l’intérêt collectif avant les petits différends que les conditions de vie difficiles peuvent engendrer. À l’approche de la fin de l’atelier, l’animatrice a invité les participantes à former un grand cercle et a demandé à chacune d’elles de partager une idée ou une compétence qu’elle comptait mettre en pratique dès son retour sous sa tente. Protéger la famille et préserver les relations humaines, devenues le véritable capital des personnes déplacées alors que tant d’autres éléments essentiels de leur vie ont été perdus.

« Nous vivons ici ensemble. Nous ne pouvons pas transformer nos tentes en lieux de conflit ; elles doivent rester des espaces de sécurité. » « Lorsque je regarde les autres sous cet angle, il devient plus facile de pardonner et de dialoguer avec calme. »

Les échanges se sont ensuite poursuivis autour des initiatives pouvant être mises en œuvre dans le camp afin de renforcer l’esprit de solidarité. Certaines participantes ont proposé la création de groupes de bénévoles destinés à soutenir les familles les plus vulnérables, tandis que d’autres ont suggéré d’établir des règles simples pour organiser l’utilisation des espaces communs afin de réduire les causes de friction et de conflit. D’autres idées, telles que le partage des responsabilités dans la garde des enfants, l’assistance aux femmes âgées et l’organisation de rencontres régulières entre voisines afin de discuter des difficultés avant qu’elles ne dégénèrent en conflits.

L’animatrice a expliqué qu’une communauté capable de préserver sa cohésion pendant une crise sera mieux préparée à se relever lorsque les conditions s’amélioreront, et que chaque initiative positive, aussi modeste soit-elle, constitue une étape vers une société plus stable.

Une dernière activité Une promesse à moi-même. Chaque participante a reçu une petite carte sur laquelle elle a écrit un engagement personnel qu’elle souhaitait respecter dans les jours à venir : maîtriser sa colère, privilégier le dialogue plutôt que les cris, consacrer davantage de temps à parler avec ses enfants ou encore venir en aide à une voisine confrontée à des difficultés. Chaque femme a conservé sa carte comme un rappel quotidien des enseignements tirés de l’atelier, dans l’idée que tout changement commence par un petit pas mais acquiert une véritable portée lorsqu’il devient une habitude durable. Toutes ont convenu que le simple fait de pouvoir parler librement de leurs pressions et de leurs peurs avait allégé le poids qu’elles portaient et leur avait donné le sentiment que la solidarité entre les femmes pouvait devenir l’une des plus importantes sources de force face aux difficultés.

À la clôture de l’atelier, l’équipe de l’UJFP a rappelé que la préservation de la cohésion sociale commence au sein de la famille et que les femmes occupent une place centrale dans le renforcement de la stabilité au sein des communautés déplacées, en raison des responsabilités éducatives, sociales et humaines qu’elles assument. Cet atelier a démontré que les femmes du camp Al-Durra ne se contentent pas de supporter les difficultés du déplacement ; elles cherchent également à inventer des moyens de protéger leurs familles et leur communauté contre les conséquences psychologiques et sociales de la guerre.

Malgré l’exiguïté des lieux, la dureté des conditions de vie et la rareté des ressources, leur volonté demeure intacte. Elles continuent de rechercher des moyens de faire naître l’espoir, de renforcer les valeurs de solidarité et de préserver les liens qui donnent à leur communauté sa force et sa capacité de résilience. Dans une société qui s’efforce de se relever des conséquences de la guerre, la réussite ne consiste pas uniquement à reconstruire les routes et les bâtiments ; elle commence aussi par la reconstruction de l’être humain, le renforcement de sa capacité d’adaptation et la restauration de sa confiance en lui-même et envers les autres. C’est dans cet esprit que les équipes de l’UJFP poursuivent la mise en œuvre de programmes de soutien psychosocial et communautaire dans différentes régions de la bande de Gaza, convaincues que le véritable relèvement commence par l’être humain.

https://drive.google.com/drive/folders/1u2aJgej6oElETpVTC5zf1bjzn_U8WKSde

Des cœurs qui guérissent et des mains qui créent la joie

L’UJFP a organisé une séance de soutien psychosocial intitulée Des cœurs qui guérissent et des mains qui créent la joie au camp Al-Israa, à l’ouest de la ville de Gaza, avec la participation de 22 femmes déplacées.. Cette séance a été organisée en réponse au besoin croissant des femmes déplacées de disposer d’espaces humains leur permettant d’exprimer leurs émotions et d’atténuer les effets des traumatismes psychologiques accumulés, dans un quotidien marqué par l’anxiété, la peur et la perte des conditions normales de vie.

La séance a combiné, d’une part, des activités d’expression émotionnelle et de dialogue collectif et, d’autre part, des activités créatives et artisanales, afin d’aider les participantes à exprimer leurs expériences et à transformer une partie des émotions négatives liées à la peur et à l’épuisement en une énergie positive pouvant être mise au service de leur famille et de leur communauté. Au cours de la séance, les participantes ont eu l’occasion de parler des défis auxquels elles sont confrontées dans leur vie quotidienne au sein du camp, ainsi que des lourdes responsabilités qu’elles assument pour prendre soin de leur famille et de leurs enfants dans des conditions particulièrement difficiles .

Les femmes ont également participé à plusieurs activités créatives manuelles destinées à stimuler leurs ressources positives et à renforcer leur confiance en leur capacité à créer de la joie malgré la dureté de la réalité. À partir de matériaux simples et facilement disponibles, elles ont réalisé divers objets artisanaux et fabriqué des jouets destinés aux enfants du camp. L’une des participantes a décrit son expérience en déclarant :”Je suis arrivée à cette séance accablée par de nombreuses préoccupations, avec le sentiment que mon cœur avait perdu sa capacité à ressentir la joie. Mais le fait de parler avec les autres femmes et de participer aux activités nous a redonné un peu de vie. Nous avons appris que nous étions capables de nous aider à guérir nous-mêmes et que la joie n’est pas un luxe que nous devons attendre ; c’est quelque chose que nous pouvons créer de nos propres mains pour l’offrir à nos enfants, épuisés par les scènes de peur qu’ils ont vécu

Une autre participante a ajouté:”Nous pensions que les choses simples qui nous entourent n’avaient aucune valeur. Pourtant, aujourd’hui, nous les avons utilisées pour fabriquer des jouets et de beaux objets destinés aux enfants du camp. Cette séance nous a fait comprendre que les mains qui ont connu la souffrance sont aussi capables de tisser l’espoir. Lorsque nous nous aidons à guérir, nous sommes également capables d’apporter force et réconfort à ceux qui nous entourent

D’autres participantes ont souligné que cette rencontre avait représenté une occasion rare de sortir du cercle des pressions quotidiennes. Elles ont affirmé que le fait de disposer d’un espace réunissant les femmes autour du dialogue et du travail collectif leur avait permis de retrouver une partie de leurs émotions positives et de sentir qu’elles étaient encore capables de continuer à avancer et à donner malgré les circonstances difficiles. La séance a également mis l’accent sur le rôle des mères dans le soutien psychologique apporté aux enfants, en particulier dans un contexte marqué par l’absence de nombreuses sources de loisirs et de stabilité. Les activités simples réalisées au sein de la famille peuvent constituer un moyen efficace d’atténuer les effets de la peur et de renforcer chez les enfants le sentiment de sécurité. .

L’UJFP poursuit la mise en œuvre de ses programmes destinés à promouvoir la santé mentale et le bien-être psychosocial des femmes et des enfants dans les zones de déplacement, en offrant des espaces sûrs qui associent soutien psychosocial et autonomisation communautaire. Ces initiatives contribuent à préserver la dignité humaine face aux conditions humanitaires extrêmement difficiles que connaît la bande de Gaza.

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