Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Continuité des ateliers de soutien psychologique

13 mai 2026
Atlier de soutien psychologique pour les femmes crédit photo UJFP

Les compte rendus continus des ateliers de soutien psychologique pour les femmes, deuxième semaine de Mai 2026

Quand la tente devient une épreuve quotidienne :dans le camp Al-Durra, les femmes déplacées dans la dureté de la chaleur

Au cœur de la région centrale, à l’ouest de Deir al-Balah, là où les tentes s’alignent sur des sols sablonneux brûlants dans le camp Al-Durra, les femmes déplacées vivent une réalité quotidienne extrêmement difficile. Avec l’arrivée de l’été et la hausse étouffante des températures, les tentes fabriquées en nylon et en tissu se sont transformées en espaces clos qui emmagasinent la chaleur durant toute la journée, ressemblant à de véritables fours ouverts dans lesquels les femmes ne parviennent plus à offrir le minimum de confort à leurs enfants et à leurs familles. Dans cet environnement hostile, la femme se retrouve prisonnière de multiples responsabilités, beaucoup de femmes ont évoqué une sensation permanente d’étouffement, ainsi que de longues nuits passées à calmer des enfants pleurant sous l’effet de la chaleur ou des personnes âgées souffrant de fatigue et d’épuisement extrêmes. Les femmes déplacées n’ont pas uniquement besoin d’eau et d’ombre ; elles ont également besoin de personnes qui les écoutent, de séances leur offrant un sentiment temporaire de sécurité, ainsi que d’outils les aidant à reprendre un certain contrôle sur leur vie au milieu du chaos et des pressions quotidiennes.

L’équipe de UJFP a organisé une séance de soutien psychologique : Sous la brûlure de la patience, stratégies d’adaptation aux fortes chaleurs dans l’environnement des tentes , au camp des Amis, dans le camp Al-Durra à l’ouest de Deir al-Balah. Cette activité a réuni vingt femmes déplacées vivant dans les tentes et s’est inscrite comme une réponse directe à l’aggravation des souffrances des familles face à l’augmentation des températures. L’ouverture s’est faite sous forme de cercle de présentation et de partage émotionnel, durant lequel les femmes ont parlé des moments les plus difficiles vécus sous les tentes pendant les périodes de chaleur intense. L’une des participantes a évoqué sa peur quotidienne de voir ses enfants souffrir de déshydratation, tandis qu’une autre a parlé de son sentiment d’impuissance lorsqu’elle voit des personnes âgées suffoquer dans la tente sans pouvoir réellement les soulager. La séance s’est ensuite orientée vers un aspect pratique et éducatif. L’équipe a abordé les défis environnementaux à l’intérieur des tentes et expliqué le phénomène de rétention thermique à l’intérieur des tentes , montrant comment les matériaux plastiques et textiles retiennent la chaleur pendant de longues heures. Plusieurs solutions simples et réalisables avec les ressources disponibles dans le camp ont été présentées. Les formatrices ont expliqué l’importance d’ouvrir des ouvertures d’aération en hauteur pour permettre à l’air chaud de s’échapper, d’utiliser des morceaux de toile humide à l’entrée des tentes pour rafraîchir l’air, ainsi que des méthodes permettant de profiter de l’ombre naturelle et de réduire la surpopulation dans les espaces restreints durant les heures les plus chaudes de la journée. Elles ont également présenté des techniques d’isolation supérieure à l’aide de couches supplémentaires de tissu ou de couvertures afin de réfléchir une partie de la chaleur solaire.

Au cours de la séance, les participantes ont également pris part à une activité collective pratique consistant à simuler l’aménagement d’un coin rafraîchissant à l’intérieur de la tente à l’aide d’outils disponibles dans l’environnement du camp. Réparties en petits groupes, elles ont échangé leurs idées sur les meilleures façons d’organiser l’espace intérieur et de réduire les sources de chaleur. La séance a également accordé une grande importance aux aspects sanitaires liés aux vagues de chaleur. Les discussions ont porté sur les maladies les plus fréquentes dans les camps durant l’été, telles que les coups de chaleur, la déshydratation, les infections cutanées et les intoxications alimentaires provoquées par la détérioration des aliments en l’absence de moyens de réfrigération. L’équipe a insisté sur l’importance de boire régulièrement de l’eau même sans sensation de soif, sur la nécessité d’éviter l’exposition des enfants et des personnes âgées au soleil direct pendant les heures de pointe, ainsi que sur les méthodes simples permettant de conserver les aliments le plus longtemps possible. Les premiers signes d’épuisement dû à la chaleur et les moyens d’y réagir rapidement avant l’aggravation de la situation ont également été abordés. La décharge émotionnelle liée à la chaleur , a mis en lumière le lien entre chaleur, nervosité et tensions familiales. Les participantes ont expliqué comment les fortes chaleurs, la promiscuité et l’exiguïté augmentent les conflits, l’irritabilité et la perte de patience. Les animatrices ont proposé plusieurs techniques simples pour favoriser l’apaisement, comme les exercices de respiration lente, le report des discussions conflictuelles aux heures du soir, ainsi que l’organisation des moments de jeu et d’activité des enfants afin de réduire le désordre dans les tentes pendant les périodes de forte chaleur. Une activité de narration collective a permis aux femmes de partager des expériences porteuses d’espoir. Une activité de dessin libre a également été organisée pour les enfants à proximité du lieu de la séance, permettant aux mères de ressentir un certain apaisement temporaire et offrant aux enfants un espace sécurisé pour exprimer leurs émotions loin de l’atmosphère de tension. Lors d’un moment particulièrement émouvant, l’une des femmes a raconté que la chaleur lui donnait le sentiment d’une impuissance totale, comme si la tente se resserrait chaque jour davantage autour du souffle de ses enfants. Mais elle a compris que certaines mesures, comme améliorer la ventilation supérieure ou humidifier les alentours de la tente, pouvaient réellement protéger sa famille contre l’épuisement. Cette séance a mis en évidence l’importance des interventions communautaires combinant sensibilisation environnementale et soutien psychologique, particulièrement dans les contextes de déplacement où les pressions de la vie quotidienne s’aggravent avec les conditions climatiques extrêmes.

À travers cette séance, l’équipe de UJFP a réussi à créer un espace humain interactif réunissant connaissances pratiques, libération émotionnelle et solidarité sociale, contribuant ainsi à renforcer chez les femmes un sentiment de force collective et de capacité à affronter les difficultés avec davantage de cohésion. La résistance ne naît pas uniquement de grandes ressources, mais parfois de connaissances simples, de coopération et de capacité à transformer le peu que l’on possède en protection, en espoir et en vie.

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https://drive.google.com/drive/folders/12NiltP00rQFLzF1wuOeMJwKcXygmL5y6

Des ponts de lumière au milieu des ruines

Atelier de soutien psychologique pour les femmes du camp Al-Isra : transformer la douleur en une énergie d’espoir et de guérison collective

Dans le camp Al-Isra, à l’ouest de Gaza, les femmes partagent des tentes exiguës avec les souvenirs du déplacement, de la peur et de la longue attente, tout en essayant, chaque matin, de recréer une forme de vie au sein d’un environnement qui a perdu une grande partie de sa stabilité. La souffrance ne se limite plus à la rareté des besoins essentiels ni à la rudesse des conditions économiques ; elle s’étend désormais à l’univers intérieur de ces femmes qui se retrouvent responsables de la protection de leurs familles et du réconfort de leurs enfants, malgré l’effondrement psychologique et l’épuisement constant qui les entourent de toutes parts. Avec la poursuite des pressions et l’accumulation des scènes de perte et de déplacement, le besoin d’un soutien psychologique et d’un espace d’expression émotionnelle est devenu une nécessité humaine urgente, tout aussi importante que la nourriture et l’abri. C’est dans ce contexte qu’est apparue l’importance de créer des espaces sûrs permettant aux femmes de parler, de pleurer, de s’exprimer et de retrouver le sentiment d’être écoutées et comprises.

L’UJFP a organisé une séance de soutien psychosocial intitulée : Ponts de lumière : séance de soutien et d’espoir pour reconstruire le soi collectif , au sein du camp Al-Isra, à l’ouest de Gaza, avec la participation de vingt-cinq femmes déplacées vivant dans le camp. La séance visait à transformer l’espace provisoire de la tente en un lieu humain vibrant de soutien, de libération émotionnelle et de solidarité sociale, dans une tentative sincère de briser l’isolement psychologique imposé par les conditions de guerre et de déplacement. La rencontre a débuté par une activité simple de connaissance de soi, durant laquelle les participantes ont été invitées à exprimer le sentiment qui les accompagnait quotidiennement depuis leur déplacement. Les mots évoqués variaient entre peur, fatigue, solitude, nostalgie et inquiétude, mais tous avaient un point commun : le poids de l’épreuve que chaque femme portait en silence.

La séance s’est concentrée sur le concept du récit thérapeutique comme outil de libération émotionnelle et de réorganisation des sentiments intérieurs. Les femmes ont été encouragées à partager leurs histoires et leurs expériences liées au déplacement, à la perte et aux défis quotidiens de la vie dans le camp. Ces témoignages ont eu un impact profond en créant un sentiment de proximité et de solidarité, chaque femme réalisant que sa douleur n’était pas isolée de celle des autres et que la souffrance partagée pouvait devenir une source de force collective. Certaines femmes ont parlé de la perte de leur maison, d’autres de la peur permanente pour leurs enfants, tandis que certaines participantes ont exprimé leur épuisement psychologique dû au fait de devoir constamment paraître fortes.

L’équipe de l’UJFP a mis en œuvre plusieurs activités destinées à réduire le stress et à raviver l’esprit collectif parmi les femmes. Parmi ces activités figurait l’exercice du cercle de l’espoir , où chaque participante devait évoquer une petite chose lui donnant la force de continuer, même si elle semblait insignifiante. Certaines femmes ont parlé de leurs enfants, d’autres de la prière, tandis que certaines trouvaient leur force dans le soutien mutuel entre voisines à l’intérieur du camp. Cet exercice a permis de déplacer l’attention de la douleur vers les ressources de force cachées en chaque femme.

La séance comprenait également une activité basée sur le dessin et le coloriage libre. Des feuilles et des couleurs ont été distribuées aux participantes, certaines femmes ont dessiné des maisons, des jardins et un ciel ouvert, tandis que d’autres ont traduit leurs sentiments par des couleurs sombres et des lignes entremêlées.

Dans une autre partie de la rencontre, un exercice intitulé adaptation active a été proposé. Celui-ci portait sur la manière de transformer la tente, perçue comme un espace lourd d’attente, en un lieu de vie organisé et psychologiquement rassurant. Les femmes ont discuté d’idées simples pour améliorer l’atmosphère de la tente, comme aménager un coin pour les jeux des enfants, un espace de prière et de calme, ou encore un petit coin de lecture et d’apprentissage. L’une des participantes a exprimé qu’elle considérait auparavant la tente comme un lieu temporaire rempli d’impuissance et qu’elle avait commencé à comprendre que donner une âme humaine à cet espace pouvait aider à retrouver une partie de la stabilité psychologique perdue.

La séance a abordé l’importance de la solidarité émotionnelle au sein du camp et la nécessité pour les femmes de se soutenir mutuellement dans les moments d’effondrement et de fatigue psychologique. Les animatrices ont expliqué qu’un mot bienveillant, une courte visite à une voisine ou un simple geste de partage pouvaient offrir à une personne un sentiment de sécurité et d’appartenance. Parmi les moments les plus émouvants de la rencontre figurait le témoignage d’une femme qui expliqua être venue à la séance avec des montagnes de soucis sur les épaules, mais qu’en regardant les visages des autres femmes, elle avait reconnu cette même résilience à laquelle chacune tentait de s’accrocher chaque jour. Elle ajouta qu’elle avait compris que l’espoir n’était pas une idée lointaine, mais une compétence qu’il fallait apprendre à pratiquer quotidiennement, quelles que soient les circonstances. Une autre participante parla du changement qu’elle avait ressenti après les exercices d’adaptation active, expliquant qu’elle avait décidé d’organiser sa tente de manière à offrir à ses enfants un sentiment de chaleur et de stabilité. Elle confia qu’elle avait réalisé, pour la première fois depuis longtemps, qu’il était encore possible de créer de petits moments de vie malgré tout. Les participantes ont démontré une capacité remarquable à transformer la souffrance en force et à produire des formes de cohésion sociale malgré la dureté des circonstances environnantes. La séance a souligné que la femme déplacée n’est pas seulement bénéficiaire de l’aide, mais qu’elle constitue un élément essentiel dans la construction de la résilience communautaire et un pilier central dans la protection de la famille et la préservation du tissu humain à l’intérieur des camps Les femmes sont reparties avec une conviction renforcée que la solidarité entre femmes est capable de créer un véritable filet de sécurité atténuant la dureté du déplacement et redonnant un sens à la vie même au milieu des ruines. La séance « Ponts de lumière » a confirmé que l’espoir n’est pas un miracle attendu de l’extérieur, mais un acte quotidien que l’être humain accomplit lorsqu’il décide de s’accrocher à la vie malgré toute la douleur et les pertes qui l’entourent.

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