Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Gaza, continuer à sur-vivre, seul choix possible !

20 avril 2026
A l'école des" Premiers Pas" crédit photo UJFP Gaza

Semaine après Semaine, l’action humanitaire de l’équipe de l’UJFP continue dans “les camps de Déplacé.e.s “ de la bande de Gaza troisième semaine d’Avril

À Gaza, les crises ne se mesurent plus à un événement unique ou à une phase passagère, mais à une condition continue où s’entremêlent des facteurs économiques, politiques et humanitaires, formant une réalité complexe qui dépasse les descriptions traditionnelles des crises. Au cœur de cette réalité se tient l’être humain, entouré de défis incessants. Comment continuer à vivre dans des conditions qui deviennent chaque jour plus dures et plus complexes ? Dans la vie quotidienne, la faim apparaît comme l’un des traits les plus marquants de cette période. Elle n’est pas une situation individuelle ou temporaire, mais un phénomène généralisé touchant de larges segments de la population. Obtenir de la nourriture n’est plus une routine, mais un défi quotidien, dépendant largement de l’aide humanitaire et des centres de distribution alimentaire. Ces derniers sont passés de solutions temporaires à des sources essentielles de subsistance, permettant aux habitants de couvrir leurs besoins les plus élémentaires dans un contexte économique presque effondré. La capacité de production a fortement diminué, les opportunités d’emploi se sont réduites, et le taux de chômage a atteint des niveaux sans précédent. Une large partie de la population se retrouve incapable de générer un revenu stable, voire temporaire, pour répondre à ses besoins fondamentaux. L’aide est ainsi passée d’une solution de dernier recours à une nécessité quotidienne incontournable. Certains produits peuvent être disponibles sur les marchés, mais la capacité à les acheter reste limitée. Le problème ne réside plus dans la disponibilité des biens, mais dans l’accès à ceux-ci, en raison de revenus faibles ou inexistants. Cette situation engendre un profond sentiment d’impuissance, ce sentiment dépasse le cadre matériel pour atteindre la sphère psychologique, affectant la dignité et la relation des individus à leur quotidien.

L’impact du blocus, qui constitue un facteur central dans l’aggravation de la crise a restreint la circulation des marchandises, affaibli l’activité économique et réduit les opportunités d’investissement et de travail. Cela a directement affecté la vie des habitants, rendant difficile la construction d’une économie capable de résister ou de se redresser dans un contexte de restrictions persistantes. Dans ces conditions, la situation dans les camps et les zones de déplacement s’aggrave. De nombreuses personnes vivent dans des environnements dépourvus des conditions de vie minimales, notamment en matière de logement, de services et d’infrastructures. Les habitants vivent dans une inquiétude constante, non seulement pour leur présent, mais aussi pour l’avenir, en l’absence de perspectives claires d’amélioration.

Avec la répétition des crises, cette situation cesse d’être temporaire pour devenir un mode de vie. Les habitants apprennent à s’adapter au strict minimum, à réorganiser leurs priorités et à continuer malgré tout. Cependant, cette capacité d’adaptation ne signifie pas l’absence d’impact : elle traduit une résistance sous pression constante, laissant des traces sur le plan psychologique, sur les relations sociales et sur la perception globale de la vie. Dans ce cadre, un état psychologique collectif se forme, dominé par l’anxiété, la tension et l’épuisement. La pression ne provient pas d’un seul événement, mais d’une accumulation continue de crises, rendant difficile l’accès à une stabilité psychologique durable. Sur le plan politique, la persistance de cette situation soulève des questions profondes concernant l’avenir, non seulement quant aux possibilités d’amélioration, mais aussi quant à la capacité de la société à continuer sous ces pressions.

Au cœur de ce contexte difficile, le rôle des organisations humanitaires constituent l’une des principales lignes de vie empêchant un effondrement total. Ces programmes ne sont plus de simples réponses d’urgence : ils font désormais partie intégrante de l’équation de survie quotidienne, notamment dans des zones comme Khan Younès et Deir al-Balah, qui accueillent un grand nombre de déplacés et nécessitent une intervention continue et structurée. À Khan Younès, notamment dans les camps d’Al-Fajr et d’Al-Soumoud, la cuisine humanitaire de l’UJFP prépare et distribue chaque jour des centaines de repas aux familles déplacées, en particulier aux agriculteurs de l’est de Khan Younès qui ont perdu leurs moyens de subsistance. À Deir al-Balah, la scène se répète sous une autre forme mais c’est la même : des centaines de familles font la queue devant un autre centre, attendant leur tour pour subsister.

Ainsi, chaque repas distribué à Khan Younès ou à Deir al-Balah devient un véritable fil de vie pour des familles ayant tout perdu et cherchant simplement un moyen de continuer. Ces programmes sont devenus indispensables dans une réalité qui n’offre plus d’alternatives. Il est également essentiel de souligner que la continuité de ces efforts humanitaires ne repose pas uniquement sur le travail de terrain, mais aussi sur un soutien constant de la part d’organisations et d’individus conscients que donner dans de telles circonstances n’est pas une simple contribution, mais une participation directe au sauvetage de vies. Cette relation entre les acteurs de terrain et les soutiens extérieurs montre que l’action humanitaire repose sur un réseau intégré de confiance, d’efforts et de responsabilité partagée. Dans un contexte d’instabilité, l’importance de ce soutien s’intensifie, car les besoins ne diminuent pas : ils s’élargissent. La continuité de ce soutien devient donc un facteur déterminant pour maintenir ce vital lien de survie.

Gaza, malgré demeure un espace humain où se mesure la capacité de survivre dans les conditions les plus difficiles. Pourtant, la population continue d’avancer, non pas parce que les conditions le permettent, mais parce que continuer est le seul choix possible. Entre cette réalité et cette volonté, se dessine une histoire complexe, marquée par la douleur, mais aussi par la capacité humaine à persévérer, même lorsque survivre devient un défi quotidien.

Lien vers les photos et vidéos

Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Hilal

https://drive.google.com/drive/folders/1Xj8UdUTZkOSkZp7Hrvr-N6X5SADRQglR

Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Fajr

https://drive.google.com/drive/folders/1aPKNmeXSX9Ij4k4_eU8dztAVXfhgigPl

L’éducation en situation de déplacement

Comment se forme une génération à Gaza dans des conditions exceptionnelles

À Gaza, l’éducation n’est plus un parcours stable, elle est devenue une expérience fragmentée, elle se construit dans un environnement qui ne fournit pas le minimum de stabilité nécessaire à l’apprentissage. Au cœur de cette réalité se trouve toute une génération qui tente de poursuivre son éducation dans un contexte de déplacement, où l’école n’est plus un lieu fixe, ni le cours un rendez-vous quotidien garanti. Lorsque le déplacement devient une expérience collective, ce n’est pas seulement le lieu de vie qui est affecté, mais tous les aspects de la vie, y compris l’éducation. Dans le contexte du déplacement, les élèves vivent dans des espaces temporaires, surpeuplés, manquant d’intimité et de lieux adaptés à l’apprentissage.

Dans ce contexte, l’école se transforme souvent en abri ou en point de rassemblement pour les déplacés, ce qui modifie sa fonction essentielle et rend difficile son utilisation comme espace éducatif au sens traditionnel. En l’absence d’un environnement adéquat, apprendre devient en soi un défi. Les élèves rencontrent des difficultés à se concentrer, à suivre les cours et à maintenir une continuité dans leur apprentissage.

Le défi ne se limite pas à l’aspect matériel, mais s’étend également au domaine psychologique. Les élèves vivent dans un état d’anxiété constante en raison des expériences qu’ils traversent, ce qui affecte directement leur capacité à apprendre. L’éducation requiert un esprit présent, une capacité de concentration, un sentiment de sécurité : des conditions limitées ou absentes dans un environnement de déplacement.

Dans ces circonstances, l’éducation ne consiste plus seulement en une transmission de connaissances. Elle devient une tentative de préserver une part de normalité dans une réalité anormale, un effort pour maintenir un lien avec la vie. Ainsi, la poursuite de l’éducation porte une signification qui dépasse la simple réussite académique : elle représente une forme de résistance et une volonté de continuité. Sur le plan politique, cette réalité ne peut être dissociée du contexte plus large. Ce qui se passe dans le domaine de l’éducation reflète directement la situation de la société dans son ensemble.

Dans ce cadre, le risque d’une fracture éducative apparaît clairement. Les élèves perdent une partie de leur parcours scolaire, que ce soit par des interruptions ou par une baisse de la qualité de l’enseignement. Cela peut avoir des répercussions sur leur avenir et leur capacité à s’intégrer dans des parcours futurs. Ce risque n’est pas seulement individuel, mais collectif, car il concerne toute une génération.

Cependant, il ne faut pas ignorer les efforts qui émergent au sein de cette réalité. Des enseignants, des institutions, et même les élèves eux-mêmes tentent de s’adapter aux conditions et de trouver des moyens alternatifs d’apprentissage. Ces tentatives, bien que limitées, reflètent une volonté de ne pas céder, et de préserver l’éducation comme élément fondamental de la vie. Néanmoins, ces initiatives restent des solutions temporaires, incapables d’offrir le même niveau d’éducation ni la même continuité. Cela souligne la nécessité de réfléchir à des solutions plus globales, qui prennent en compte la nature de la réalité et cherchent à en atténuer l’impact sur l’éducation.

Dans ce contexte, les efforts menés par l’UJFP pour soutenir le processus éducatif dans la bande de Gaza se distinguent. Ces initiatives reposent principalement sur des dons financiers qui constituent l’épine dorsale de leur continuité. Dans son centre éducatif du camp Al-Fajr, à Al-Mawasi de Khan Younès, les portes s’ouvrent chaque jour grâce à ce soutien, offrant aux élèves un véritable espace d’apprentissage au cœur du déplacement: un espace qui leur redonne une part de stabilité et leur permet de poursuivre leurs études malgré tous les défis.

D’une initiative modeste à ses débuts, l’école « Les premiers pas » s’est développée pour accueillir aujourd’hui plus de 700 élèves de différents niveaux. Elle est devenue un centre éducatif intégré, ainsi qu’un pôle d’attraction pour des programmes de soutien psychosocial destinés aux élèves et à leurs familles.

La continuité de ces centres ne repose pas uniquement sur les efforts sur le terrain, mais aussi sur ce flux constant de dons, qui se transforme directement en opportunités d’apprentissage, en environnement sûr et en perspectives d’avenir pour ces enfants. Dans un contexte où les défis ne cessent de s’intensifier, ce type de soutien devient plus qu’une simple contribution : il constitue un élément essentiel pour maintenir le système éducatif en fonctionnement.

La génération actuelle de Gaza n’apprend pas dans des conditions ordinaires, mais dans un environnement exceptionnel qui lui impose des défis multiples. Elle vit une expérience éducative différente, où la connaissance se mêle à la résistance, l’apprentissage à l’adaptation. Un avenir incertain se dessine mais ouvert, dépendant de ce qui peut changer, de ce qui peut être réalisé, et de la capacité de cette génération à continuer, malgré tout.

Lien vers les photos et vidéos

https://drive.google.com/drive/folders/143Wj9xEsw4ANtmo-POtfCaNaMIj_mlhk

Nos articles sont gratuits car nous pensons que la presse indépendante doit être accessible à toutes et tous. Pourtant, produire une information engagée et de qualité nécessite du temps et de l’argent, surtout quand on refuse d’être aux ordres de Bolloré et de ses amis… Pourvu que ça dure ! Ça tombe bien, ça ne tient qu’à vous :


ARTICLE AGORA SUIVANT :

Chronique " Gaza Urgence Déplacé.e.s" | Quel Avenir pour Gaza ?