Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Gaza entre feu et exode: une petite apocalypse !
30 août 2025
Un texte d’Abu Amir le 29 Août au soir sur la situation en ce moment à Gaza ville
Dans la matinée du vendredi 29 août, les autorités d’occupation israéliennes ont annoncé que la ville de Gaza, avec toutes les vies, la mémoire et l’humanité qu’elle abrite, sortait du cadre de ce qu’elles appellent une « trêve tactique », pour être officiellement classée « zone de combat dangereuse ». Cette déclaration n’était pas une simple nouvelle passagère ou une directive militaire limitée, mais bien une condamnation à mort signée pour un million d’êtres humains qui peuplent la ville. Quelques heures après l’annonce, le ciel s’est rempli du bruit assourdissant des avions de guerre et les explosions ont retenti dans les quartiers, transformant le paysage en une toile de destruction, où les immeubles s’effondraient comme des feuilles mortes, et où les rues s’emplissaient de poussière et de sang.
Gaza, qui a vécu de longues années sous un blocus étouffant, se retrouve aujourd’hui sans protection politique ni humaine. La décision de l’occupation de retirer toute « couverture tactique » à ses habitants est une déclaration explicite que chaque maison est une cible, chaque rue un champ de bataille, et chaque vie un projet d’exécution. Certains quartiers, jadis animés, se sont transformés en ruines en quelques instants, tandis qu’un épais nuage de fumée noire recouvrait le ciel de la ville, plongeant ses habitants dans la terreur, incapables de savoir où fuir.
La scène la plus cruelle fut celle de l’exode massif. Des centaines de familles n’ont eu d’autre choix que de quitter leurs maisons menacées de bombardement, se dirigeant vers le centre et le sud de la bande de Gaza dans une odyssée de souffrance et de désespoir. Les hommes portaient ce qu’ils pouvaient de leurs biens, les femmes entraînaient leurs enfants à travers des routes dévastées, et les personnes âgées marchaient lourdement, ignorants où le destin les mènerait. Des files humaines s’étiraient sur les routes jonchées de débris, tandis que les avions survolaient sans cesse le ciel, comme si la mort les poursuivait jusque dans leur fuite.
Le centre et le sud de la bande de Gaza devinrent les destinations des déplacés, mais ces zones n’étaient pas en meilleur état que le nord et la ville. Ces régions, déjà surpeuplées, voyaient leurs maisons accueillir des effectifs bien au-delà de leurs capacités, tandis que beaucoup se voyaient contraints de dormir dehors, sous les arbres ou dans les places publiques. Il n’y avait pas assez de tentes, pas de centres adaptés, ni aucune infrastructure capable d’absorber ce flot humain. Ils fuyaient les bombardements, mais savaient au fond d’eux qu’ils ne faisaient que passer d’un danger à un autre, de la mort sous les décombres à une mort probable par la faim, la soif ou la maladie.
C’étaient des scènes de déplacement remplies de tragédie : des enfants pleuraient de faim et de soif, des femmes criaient leur peur pour leurs enfants, et des hommes restaient impuissants devant leurs familles dont la vie s’était effondrée en une nuit. De petites camionnettes transportaient quelques matelas et couvertures, des charrettes à bras tiraient les restes des biens, et même les chevaux, les bicyclettes ou les simples pas à pied servaient à cette fuite effrénée d’une ville exterminée à ciel ouvert. Pas assez d’eau, pas de nourriture ni de médicaments, et tout ce qui leur restait était l’espoir de trouver un endroit un peu plus sûr, ne serait-ce que pour quelques heures.
Les hôpitaux qui n’avaient pas encore été bombardés suffoquaient sous le poids des blessés. Les médecins travaillaient sans relâche, mais sans ressources ni équipements, tandis que les patients gisaient à même le sol dans les couloirs. Les gémissements se mêlaient aux explosions, les blessés hurlaient et les médecins tentaient l’impossible avec des moyens dérisoires. De l’autre côté, des corps restaient prisonniers des décombres, que personne ne pouvait retirer à cause des bombardements continus, transformant les quartiers en cimetières collectifs silencieux.
Ce qui se déroule aujourd’hui à Gaza n’est pas une simple opération militaire, mais bien un crime de génocide à part entière. Un million d’êtres humains ont été laissés à leur sombre destin : soit rester sous les bombardements dans une ville en flammes, soit se réfugier vers le centre et le sud de la bande de Gaza, là où il n’y a ni abris, ni ressources vitales. Ici, l’exode n’est pas un passage d’une maison à une autre, mais un chemin de souffrance sans fin, marqué par l’humiliation, la faim et la peur. Les habitants ne portent plus que leurs âmes fatiguées, marchant sur des routes bordées de bombes, en quête d’une sécurité introuvable dans un territoire exigu et assiégé de toutes parts.
C’est un déplacement qui ne fait qu’amplifier la détresse humaine et transforme la vie des civils en tragédie continue. Les enfants, qui devraient vivre leur enfance, reconnaissent désormais les sons des avions et comptent les bombes au lieu de jouer. Les femmes, qui aspiraient à construire une vie paisible, se retrouvent à protéger leurs familles d’une mort certaine. Quant aux personnes âgées, elles sont devenues témoins d’un crime qu’elles n’auraient jamais imaginé voir de leur vivant : un crime perpétré en direct, sous le silence du monde et l’impuissance de la communauté internationale.
Ce qui rend la catastrophe encore plus grave, c’est que même les organisations humanitaires se retrouvent incapables d’agir sous la menace directe. Les entrepôts sont vides, les convois humanitaires sont interrompus, et les habitants crient leur faim et leur soif sans recevoir aucune aide. Ils vivent sans nourriture, sans médicaments, sans abris et sans sécurité, enfermés dans un morceau de terre exigu, attendant la mort à chaque instant. Gaza aujourd’hui n’est pas seulement une ville sous bombardements, c’est un symbole du plus haut degré de souffrance humaine, un test pour la conscience mondiale qui continue de garder le silence.
La scène générale ressemble à une petite apocalypse : un ciel couvert de fumée, des routes bondées de déplacés, des hôpitaux effondrés, des quartiers détruits, et des âmes égarées cherchant un refuge inexistant. C’est une tragédie ouverte à toutes les possibilités, et le plus grave est qu’elle s’aggrave d’heure en heure. L’exode massif n’est qu’un nouvel épisode d’une longue chaîne de souffrances, mais aujourd’hui il est plus grand, plus profond et plus douloureux. Un million de vies menacées d’extermination, des voix qui se perdent dans le vide, tandis que la mort continue de faucher des vies sans répit.
Gaza est devenue une plaie béante au cœur de l’humanité, une blessure qui dévoile la cruauté de l’occupation et le silence du monde. Ce qui se passe n’est pas une simple nouvelle passagère, mais un crime historique qui restera une tache de honte sur le front de l’humanité. Un crime qui ne s’efface pas avec le temps, et qui rappellera aux générations futures ce qui est arrivé lorsque le monde s’est tu, laissant un million d’êtres humains affronter seuls la mort.
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