Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Histoire d’un peuple à qui l’on a volé la patrie
29 août 2025C’est un texte théorique qu’Abu Amir a envoyé le 28 Août, il sera suivi d’un texte écrit par Mariam Abudaqqa – militante du FPLP responsable d’associations de femmes prisonnières à Gaza – elle est toujours réfugiée au Caire.
C’était au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand les convois humains quittaient l’Europe, chargés des décombres des massacres et des persécutions, à la recherche d’un refuge sous un nouveau soleil. La Palestine, à cette époque, était une terre verdoyante, ornée d’oliviers, de blé et d’orangers, débordante de bonté et de générosité. Les Juifs arrivèrent sur cette terre comme réfugiés, entrant avec des visas palestiniens délivrés par les autorités du mandat britannique. Avec le temps, ils furent inscrits dans les registres officiels comme résidents, puis comme citoyens palestiniens.
Les Palestiniens les accueillirent à bras ouverts, partageant avec eux leurs maisons, les intégrant dans leurs marchés, cafés et champs. Jamais le paysan simple, ni le commerçant, ni l’imam n’imaginaient que ces « invités » portaient la trahison dans leurs bagages, et que ceux qui semblaient faibles et égarés deviendraient des envahisseurs armés.
Les années passèrent, et ceux qui étaient voisins formèrent des milices secrètes armées : la « Haganah », « Irgoun », « Lehi » et « Stern ». Ils s’entraînaient dans l’ombre, écrivaient la nuit des slogans sur la « terre promise ». Cette promesse n’était qu’un mensonge inventé : un récit selon lequel Dieu leur aurait promis cette terre il y a des millénaires, afin de couvrir leur vol et de justifier l’expulsion des Palestiniens de leurs foyers, comme si la révélation divine était devenue un outil au service d’un projet colonial.
Mais les Palestiniens étaient clairs : leur problème n’a jamais été avec la religion juive. Ils avaient vécu des siècles aux côtés des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans. Leur véritable problème était avec ceux qui venaient usurper leur terre, ceux qui voulaient les écarter et les transformer en étrangers sur leur propre sol. Leur problème était avec ceux qui brandissaient les armes face à l’enfant tenant son cartable, et avec ceux qui transformaient les mosquées et les églises en casernes militaires.
Puis vint l’année décisive : 1948. Deir Yassin, Tantoura, Haïfa, Jaffa… des noms transformés en larmes, et des larmes en Nakba. Plus de 700 000 Palestiniens furent déracinés de leur terre, expulsés vers l’inconnu. Ils emportèrent les clés de leurs maisons, espérant revenir, sans savoir que le monde entier conspirerait pour fermer ces portes à jamais.
Et la conspiration ne s’arrêta pas à la Nakba. Israël ne se contenta pas de ce qu’elle avait volé, mais dessina un plan clair : déplacer les Palestiniens étape par étape. Tantôt par les massacres, tantôt par des lois confisquant les maisons, tantôt par le mur qui déchire la terre, tantôt par les colonies qui poussent comme un cancer. Aujourd’hui, les dirigeants israéliens n’ont plus honte de leurs intentions : ils parlent ouvertement de nouveaux plans de « transfert », de la nécessité de déplacer les Palestiniens vers la Jordanie, l’Égypte ou ailleurs, comme si le peuple palestinien n’était qu’un pion sur un échiquier.
Les Palestiniens, eux, ne sont jamais restés silencieux. De la première Intifada à la seconde, des Marches du retour à la résistance de Gaza, ils n’ont cessé de répéter : « Nous sommes là ». Ils brandirent la pierre face aux chars, affrontèrent les balles avec leurs poitrines nues. Et à chaque génération née dans les camps, renaît le rêve du retour, comme si le sang palestinien portait une mémoire indélébile.
Mais le monde ? Le monde est resté spectateur. Les grandes puissances ont reconnu l’État dès ses premières heures, l’ont béni, soutenu avec de l’argent et des armes, puis ont fermé les yeux sur ses crimes. Lorsque les bombes s’abattaient sur Gaza, elles parlaient du « droit d’Israël à se défendre », tandis que des enfants étaient extraits des décombres. Lorsque des maisons étaient détruites à Jérusalem, elles signaient des contrats commerciaux et souriaient aux caméras.
Aujourd’hui, la scène est encore plus cruelle. Gaza étouffe sous un blocus implacable, ses enfants rêvent d’un verre d’eau potable et d’un médicament introuvable. Jérusalem est judaïsée pas à pas, les maisons confisquées sous prétexte de « lois sur les absents ». La Cisjordanie est morcelée par les check-points, les colonies s’élèvent, et le mur coupe les villages en morceaux. Les réfugiés demeurent dans leurs camps depuis 75 ans, rêvant d’une maison qu’ils n’ont vue que dans les photos de leurs parents et grands-parents.
Ce n’est pas une guerre de religion, contrairement à ce qu’on voudrait faire croire. C’est une guerre contre l’existence même, une guerre contre l’être palestinien parce qu’il dit : « Ceci est ma terre ». Le conflit n’est pas avec la Torah ni avec le judaïsme, mais avec une entité politique née de la tromperie et de la trahison, et qui vit du sang des autres.
Et la responsabilité ? Elle ne repose pas uniquement sur Israël. Le monde entier en porte la charge, car il a reconnu cette entité dès le départ, a légitimé son existence, et l’a laissée croître jusqu’à devenir un monstre insatiable. L’Europe, qui a exporté son problème en Palestine, porte la faute. L’Amérique, qui a fourni les armes, porte la faute. Et tous ceux qui se sont tus face aux massacres portent la faute.
La Palestine est devenue un miroir de l’humanité tout entière : celui qui se tient à ses côtés se tient du côté de la justice, et celui qui l’abandonne renonce à son humanité. Aujourd’hui, la Palestine n’est pas seulement une cause nationale, mais une cause morale, qui dévoile le mensonge et l’hypocrisie, et révèle comment la conscience mondiale peut être vendue à vil prix.
Et malgré toute cette injustice, le Palestinien demeure debout. Il garde toujours la clé de sa maison, continue de planter l’olivier dans l’espoir qu’il fructifie sur sa terre, continue d’écrire sur les murs des camps que le retour est un droit, et que, peu importe la durée de la blessure, elle finira par guérir.
C’est l’histoire de la Palestine, de l’hospitalité trahie à la colonisation, du mensonge de la promesse divine à la réalité de l’occupation. L’histoire d’un peuple dont l’ennemi n’a jamais été une religion ou une foi, mais une occupation qui cherche à effacer son nom de l’histoire. C’est l’histoire d’une Nakba qui ne s’est jamais achevée, et d’une résistance qui ne s’éteint jamais.
C’est la « promesse du sang », une promesse qui ne vient pas du ciel mais des sacrifices des mères, des enfants et des martyrs. Une promesse qui dit que la terre n’appartiendra jamais à l’usurpateur, peu importe le temps qui passe, et que le retour n’est pas un simple rêve, mais un destin que le Palestinien écrira de son sang, génération après génération, jusqu’à ce que la Palestine revienne à son peuple et que le droit retrouve sa place.
Texte de Mariam Abudaqqa, 28 Août Dites-nous ce que nous devons faire ? Et que devez-vous faire pour votre humanité……
Ce qui se passe à Gaza n’est pas une guerre contre le mouvement Hamas comme le prétend l’occupant, mais une agression généralisée qui vise les civils, enfants et femmes, journalistes, secouristes et médecins, protégés par le droit international, et qui sont pourtant tués et emprisonnés sans pitié.
L’occupant détruit les maisons, mais ces belles maisons étaient-elles des casernes militaires ? Le lecteur ignore peut-être que plus de 80 % de nos maisons ont été rasées.
Dites-moi, mes amis : quel est le crime des jardins et des bibliothèques ? Quelle est la faute des rues, des lampadaires, des feux de signalisation, des terrains de sport et des arbres ? Quelle logique peut justifier la destruction de tous les aspects de la vie à Gaza ?
Netanyahu dit qu’ils n’affament pas Gaza, alors qui bloque l’approvisionnement en nourriture, en eau et en médicaments ? Qui empêche les hôpitaux d’être approvisionnés en carburant ? Qui prive les gens des éléments les plus fondamentaux de la vie ? Qui empêche l’entrée des produits d’hygiène et de nettoyage ? Si ce n’est pas l’occupation, est-ce le diable qui est responsable de toute cette destruction ?
Aujourd’hui, ils disent au monde qu’ils ne veulent pas que nous nous déplacions vers le sud de la bande de Gaza, déjà surpeuplée. Alors pourquoi tuent-ils des passants à chaque minute, détruisent-ils des maisons, font-ils sauter les infrastructures, prennent-ils pour cible les éboueurs et bombardent-ils les réservoirs d’eau ?
Croyez-moi, mes amis, ils ne font pas la guerre aux combattants, mais à tout un peuple. Où pouvons-nous aller ? Que pouvons-nous faire ? Attendre la mort en silence, regarder nos enfants mourir de faim, puis courir comme des rats d’une tente à l’autre à cause des obus et des roquettes, comme si nous n’avions aucune valeur ?
Ô monde silencieux, ô régimes impuissants, Israël continue de nous détruire et de nous tuer comme s’il était un dieu qui n’a de comptes à rendre à personne, qui ne triomphe que sur le sang des enfants.
Dites-nous ce que nous devons faire ? Et que devez-vous faire pour votre humanité, pas la nôtre ?!
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