Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Initiative pour lutter contre les insectes et les rongeurs dans les camps de déplacés de Deir al-Balah 1/10
1 octobre 2026Quand la tente devient un enfer :
Dans les camps de déplacés, les souffrances ne s’arrêtent pas avec la perte d’un logement ou le départ du lieu que l’on a toujours appelé chez soi. Il existe de petits détails qui peuvent sembler insignifiants à première vue, mais qui, lorsqu’ils se répètent chaque jour, deviennent un fardeau supplémentaire qui s’ajoute à une longue liste de souffrances vécues par les personnes déplacées. Dans la tente, une longue journée commence sous une chaleur accablante. Les fines toiles qui sont censées servir d’abri temporaire se transforment en véritables fours, contraignant de nombreux déplacés à les quitter pendant les heures de la journée à la recherche d’un peu d’air. Lorsque la nuit tombe, le repos qu’ils attendent n’arrive pas. Les mouches, les insectes et les rongeurs continuent d’envahir les tentes et leurs abords, laissant les personnes déplacées prises au piège entre la chaleur du jour et les nuisances incessantes de la nuit.
Le problème ne concerne pas uniquement les insectes. Les eaux usées se répandent dans les passages des camps, tandis que des tas d’ordures s’accumulent entre les tentes et autour d’elles. À cela s’ajoutent les débris et les gravats provenant des bâtiments détruits, dispersés dans différentes zones, créant un environnement favorable à la prolifération des insectes et des rongeurs.
Dans ces conditions, les maladies de la peau et les éruptions cutanées sont devenues une réalité quotidienne pour de nombreuses personnes déplacées, tandis que les enfants restent parmi les plus exposés à ces conditions. Ce sont eux qui ont le moins de moyens pour se protéger ou pour choisir l’endroit où ils vivent.
Cette situation n’échappait pas aux habitants des camps. Leurs appels à l’aide se sont multipliés, tandis que les comités chargés de la gestion des camps demandaient la mise en œuvre de campagnes de pulvérisation et de désinfection afin de limiter la propagation des insectes et des rongeurs. Cependant, les municipalités de la bande de Gaza font face à une grave pénurie de moyens et de ressources, ce qui a rendu la réponse à ces demandes extrêmement limitée, alors que le problème ne cessait de s’aggraver jour après jour.
Quand l’appel devient une initiative
Face à cette réalité, une initiative a été organisée pour procéder à la pulvérisation de plusieurs camps de déplacés dans la région de Deir al-Balah, après avoir sélectionné les camps où le besoin semblait le plus urgent. Pendant trois jours, les équipes de l’Ujfp se sont déplacées entre cinq camps situés dans la zone centrale de Deir al-Balah. La campagne a commencé au camp d’Al-Istiqama, puis s’est poursuivie au camp d’Al-Suwaidi, au camp d’Abou Mesbah, au camp d’Al-Bayyara, avant de se terminer au camp de Chirab.

La campagne ne s’est pas limitée aux cinq camps. Les équipes de pulvérisation ont également atteint des dizaines de tentes dispersées dans la région, après que leurs habitants se sont dirigés vers les équipes dès qu’ils ont appris que l’initiative était arrivée dans leur secteur. Au total, l’initiative a ciblé plus de 1 900 tentes ainsi que leurs abords, dans le but d’atténuer un problème qui affecte directement la vie quotidienne des personnes déplacées.
Pour les habitants des camps, l’arrivée des équipes de pulvérisation n’était pas simplement un service de terrain. C’était un événement qu’ils attendaient depuis longtemps. Dès l’arrivée du matériel, les habitants ont commencé à se rassembler autour des équipes. Des hommes, des femmes et des enfants ont parlé de leurs souffrances, de longues nuits durant lesquelles ils ne parvenaient pas à dormir à cause des insectes et des rongeurs, de leur peur constante pour leurs enfants, et d’une vie dans laquelle même les besoins les plus élémentaires en matière d’hygiène et de santé étaient devenus difficiles à assurer. Il était évident que ce qui se passait à l’intérieur des camps dépassait les limites d’une simple nuisance quotidienne. Pour de nombreuses personnes déplacées, les insectes, les rongeurs étaient devenus une nouvelle bataille à mener, aux côtés de la chaleur, de la promiscuité, du manque d’eau et de la dégradation de l’environnement qui les entoure. Mais la question qui revenait dans presque tous les camps ne portait ni sur la manière dont l’opération de pulvérisation allait être menée, ni sur les produits utilisés, ni même sur la date de fin des travaux. La question était plus simple, et en même temps plus douloureuse :
Est-ce que vous reviendrez ?
Les habitants voulaient savoir si cette visite ne ferait qu’apporter un changement temporaire, ou si elle constituerait le début d’autres campagnes susceptibles de les aider à faire face à un problème qui ne cessait de s’aggraver. Il n’était pas facile d’y répondre. Les équipes ne pouvaient pas leur promettre avec certitude qu’elles reviendraient, car la poursuite de telles initiatives dépend des moyens disponibles et de la capacité à fournir les ressources nécessaires. Les réponses étaient donc prudentes :
« Nous ne savons pas. » « Nous transmettrons votre voix. »
Ce n’étaient que quelques mots, mais ils portaient une grande part de douleur. Derrière la question du déplacé sur le retour de l’équipe de pulvérisation, il n’y avait pas une simple curiosité, mais le désir de savoir si quelqu’un reviendrait une nouvelle fois pour alléger, un peu, une vie devenue trop lourde à supporter.
Après la pulvérisation
Une seule opération de pulvérisation ne suffira peut-être pas à mettre fin au problème des insectes et des rongeurs dans les camps de déplacés. Le problème est lié à une réalité environnementale et sanitaire complexe, qui commence par l’accumulation des déchets et des eaux usées et s’étend aux gravats, à la surpopulation et aux conditions de vie difficiles.
Mais l’initiative a porté un message clair : la souffrance des personnes déplacées ne doit pas devenir une situation considérée comme normale simplement parce qu’elle se prolonge dans le temps. Lorsqu’une personne vit dans une tente, cela ne signifie pas que ses besoins fondamentaux cessent d’exister. Lorsqu’elle perd son logement, elle ne perd pas pour autant son droit à un environnement aussi propre et sûr que possible. Et lorsqu’un père ou une mère demande à protéger ses enfants contre les insectes et les rongeurs, il ne demande pas un luxe, mais le minimum de conditions permettant de vivre.
Les trois jours passés dans les camps de déplacés de Deir al-Balah ont constitué une tentative d’apporter une réponse concrète à un problème qui se déroule sous les yeux de tous, mais qui reste souvent dans l’ombre face à l’ampleur de la catastrophe humanitaire.
Plus de 1 900 tentes et leurs abords ont été ciblés, mais derrière ce chiffre se trouve bien plus qu’un simple nombre. Il y a des familles qui attendent une nuit plus calme, des enfants qui espèrent dormir sans insectes, des mères qui tentent de protéger leurs enfants avec les moyens dont elles disposent, et des pères qui se demandent combien de temps cette vie pourra encore continuer.
L’initiative a été mise en œuvre en partenariat avec la Fondation de France et POD, grâce aux efforts des équipes de l’Ujfp à Gaza. Et à la fin de chaque intervention dans les camps, la même question restait suspendue dans l’air :
Est-ce que vous reviendrez ?
Peut-être que les équipes n’avaient pas la réponse, mais durant ces quelques jours, elles ont au moins pu faire une chose : dire aux personnes déplacées que leurs voix avaient été entendues et que leurs souffrances n’étaient pas passées inaperçues.
Lien vers les photos et vidéos
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