Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | La femme retrouve sa présence quand elle retrouve sa voix
2 février 2026Compte rendu d’atelier de soutien psychologique dans le camp d’AL- Katiba à l’ouest de Gaza: nos voix comptent, l’écho du droit en temps de silence 2 Février
Le lieu était simple dans sa forme, mais chargé d’histoires non racontées et de lourdes questions en quête de réponses : qui nous écoute ? Et qui nous offre un espace pour dire ce dont nous avons besoin sans peur ni honte ? Entre les tentes serrées les unes contre les autres, où l’espace se rétrécit tandis que les soucis s’élargissent, vingt-cinq femmes déplacées se sont réunies pour créer ensemble un espace différent, un espace qui ne se construit pas de toile, mais de confiance, de reconnaissance et du désir de retrouver la voix perdue.
Au camp d’Al-Katiba, la femme déplacée vit une réalité complexe faite de rôles entremêlés. Pourtant, ses besoins sont souvent ensevelis sous les décombres des priorités, ses revendications reportées au nom de la patience, et son existence réduite à un don silencieux. C’est dans ce contexte qu’a été organisée la séance Nos voix comptent : l’écho du droit en temps de silence , mise en œuvre par l’équipe de l’UJFP, comme une tentative consciente de redonner de la valeur à la voix des femmes et de transformer le silence, d’un état d’oppression, en point de départ vers l’expression et la revendication des droits.
Les femmes se sont assises en cercle, un cercle d’égalité où seule l’expérience humaine partagée faisait la différence. Le discours de l’équipe était direct et proche de la réalité des participantes, reflétant une compréhension profonde de leurs souffrances quotidiennes, soulignant que cette séance n’était pas une simple activité de formation, mais un espace de partenariat humain fondé sur le respect et le soutien mutuel.
Un exercice de présentation a suivi, où les participantes ont été invitées à se présenter et à expliquer la raison de leur présence. L’une d’elles a dit : « Je suis venue parce que je suis fatiguée du silence. » Une autre a ajouté : « Je veux apprendre à revendiquer mon droit sans peur. » Une troisième a déclaré : « J’ai l’impression que ma voix s’est perdue entre la guerre et le déplacement, et je veux la retrouver. »
Ensuite, l’équipe a expliqué comment la femme déplacée est souvent contrainte de réprimer sa voix pour laisser place aux exigences des autres, et comment ce comportement forcé conduit à l’accumulation de sentiments d’impuissance, de marginalisation et de perte de confiance en soi. Il a été souligné que l’expression de l’opinion et la revendication des besoins fondamentaux ne sont ni un comportement agressif ni égoïste, mais un droit fondamental et une étape essentielle vers la restauration de la dignité humaine. Les mains se sont levées pour intervenir et poser des questions, comme si les mots attendaient simplement la permission de sortir.
Le travail interactif a ensuite commencé avec l’activité Dictionnaire des droits , au cours de laquelle les femmes ont été invitées à identifier leurs besoins fondamentaux au sein du camp et à les classer comme des droits clairs plutôt que comme de simples demandes marginales. Les participantes ont écrit sur le droit à la sécurité, à la vie privée, à l’eau potable, à une alimentation suffisante, aux soins de santé et au respect social. Lors de la discussion, l’une d’elles a déclaré : « Nous pensions que demander de l’intimité dans le camp était impossible, mais aujourd’hui nous avons compris que c’est un droit et non un luxe. » Une autre a ajouté : « Quand nous nommons les choses par leur vrai nom, nous ressentons notre force. »
Une courte séance de relaxation a ensuite été proposée afin d’alléger les tensions accumulées dans les corps des femmes. Après l’exercice, l’une d’elles a dit : « Pour la première fois depuis longtemps, j’ai senti que je respirais pour moi-même, et pas seulement pour les autres. »
Dans l’axe Le langage de la confiance , l’accent a été mis sur les compétences de communication verbale et non verbale, et sur la manière dont la voix, le ton et la posture du corps peuvent refléter une force intérieure et aider à transmettre les messages avec clarté et respect. Les femmes ont participé à des jeux de rôle simulant des situations réelles de leur vie quotidienne dans le camp, comme demander un service à une autorité responsable, s’opposer à un comportement injuste ou exprimer un besoin personnel. Une des participantes a déclaré:«Je ne savais pas que je pouvais parler avec autant de force. Aujourd’hui, j’ai senti que ma voix avait du poids. »
Au milieu de la séance, une activité ludique légère a été organisée afin de briser la rigidité et de diffuser une énergie positive.
Puis est venue l’activité la plus marquante, intitulée Une lettre à ma communauté , au cours de laquelle les participantes ont été invitées à écrire des messages exprimant leurs aspirations pour améliorer l’environnement du camp, renforcer la condition des femmes et revendiquer les droits fondamentaux. L’une a écrit : « Nous voulons vivre dans la dignité, et non rester dans un état d’attente permanent. » Une autre : « Nous ne demandons pas l’impossible, nous demandons seulement une vie qui respecte notre humanité. » Certaines lettres lues à voix haute ont transformé l’activité en un espace collectif d’expression reflétant une douleur partagée et un espoir commun.
Lors de la discussion finale ouverte, les participantes ont parlé de la réalité de Gaza et de l’avenir incertain qui attend leurs enfants. L’une d’elles a dit : « Nous avons peur que nos enfants grandissent sans connaître autre chose que les tentes. » Une autre : « Si nous ne faisons pas entendre nos voix aujourd’hui, nos enfants vivront le même silence demain. » Ces interventions ont reflété un haut niveau de conscience et de responsabilité. À la fin de la séance, les femmes sont sorties avec un nouveau langage : celui de l’expression, de la revendication et de la confiance en soi. Elles sont sorties avec une posture plus droite et des regards porteurs d’une détermination intérieure à ne plus jamais laisser leur voix retourner dans l’ombre.Cette séance au camp d’Al-Katiba s’inscrit dans la continuité d’un travail soutenu mené par l’équipe de l’UJFP dans différentes régions de la bande de Gaza, allant de la protection de l’enfance à Deir al-Balah à l’autonomisation des femmes au cœur de la ville, dans le cadre de la construction d’un système de protection intégré qui place l’être humain au centre de l’attention et renforce la conscience, la dignité et la résilience communautaire. les femmes de Gaza affirment que, malgré la douleur, elles sont toujours capables de parler, de rêver et de créer l’espoir au cœur de la souffrance.
Lien vers les photos et vidéos
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