Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Les femmes sur le chemin du rétablissement et Soutien alimentaire
14 mars 2026Chaque semaine l’UJFP élargit ses activités hebdomadaires à d’autres lieux, d’autres personnes déplacé.e.s. Compte rendu de la deuxième semaine de Mars.
Atelier de soutien psychologique pour les femmes du camp d’Al- Kane à l’ouest de la ville de Gaza : des pas vers la lumière
Dans la bande de Gaza, les crises ne passent pas comme de simples événements temporaires dans la vie des gens. Elles se transforment plutôt en expériences profondes qui laissent leurs traces dans la mémoire et dans l’âme. Dans les camps, la vie des femmes se construit entre des responsabilités quotidiennes interminables et des émotions accumulées de peur, d’anxiété et de tristesse. Malgré cela, la femme palestinienne continue d’assumer son rôle de pilier fondamental de la famille, essayant de préserver son équilibre psychologique malgré les pressions croissantes imposées par les crises répétées.
L’équipe de UJFP a organisé un atelier de soutien psychologique dans le camp Al-Kanz, à l’ouest de la ville de Gaza. Vingt-cinq femmes déplacées y ont participé, dans le but d’offrir un espace sûr où elles pourraient exprimer leurs sentiments, partager leurs expériences et alléger les pressions psychologiques accumulées à la suite du déplacement et de la perte de stabilité.
L’atelier a commencé par une simple séance de présentation qui a permis aux participantes de faire connaissance. Au cours de la séance, il a été question de l’importance du soutien psychologique dans la vie humaine, en particulier durant les crises prolongées. Les participantes ont également abordé le rétablissement psychologique comme un processus progressif qui peut prendre du temps, mais qui commence souvent par la reconnaissance et l’expression des sentiments.
Les participantes ont pratiqué des exercices de respiration profonde et de relaxation, elles ont également pris part à une activité de discussion collective où chaque femme a été encouragée à parler de ce qui occupe le plus ses pensées durant cette période.
Les femmes ont parlé de la peur qui les a accompagnées tout au long de la guerre, des routes bondées de personnes, et du sentiment d’égarement ressenti lorsqu’elles ont quitté leurs maisons sans savoir ce que les jours suivants leur réserveraient. Certaines ont évoqué la perte de maisons construites au fil de longues années, tandis que d’autres ont parlé de leur inquiétude permanente pour leurs enfants.
Lors d’une des activités de l’atelier, les participantes ont été invitées à mentionner ce qui leur donne la force de continuer malgré les difficultés. Certaines ont répondu que leurs enfants sont leur plus grande source de force, d’autres ont affirmé que la solidarité entre les femmes dans le camp leur donne le sentiment de ne pas être seules face aux défis. L’une des participantes a expliqué que ce qui l’épuise le plus n’est pas la fatigue physique, mais la pensée constante d’un avenir incertain. Chaque jour, elle essaie d’apparaître forte devant ses enfants, alors qu’au fond d’elle elle porte un poids considérable d’inquiétude. Une autre participante, veuve ayant perdu le soutien principal de sa famille, a partagé son expérience en disant que les premiers jours après la perte de son mari ont été remplis d’un profond sentiment d’égarement. Elle s’est retrouvée responsable de ses enfants dans une tente au cœur d’une ville confrontée à des conditions difficiles, et elle a dû être forte malgré la douleur qu’elle portait. Elle a ajouté que le fait d’entendre les histoires d’autres femmes ayant vécu des expériences similaires a allégé une partie de ce lourd fardeau. Une autre femme a expliqué que le déplacement a changé de nombreux aspects de sa vie quotidienne. Des choses qui semblaient autrefois simples — comme s’asseoir avec les voisins ou organiser la maison — sont devenues des souvenirs lointains.
La séance comprenait également une activité collective centrée sur le renforcement de l’espoir. Les participantes ont discuté de moyens simples pour préserver leur équilibre psychologique dans le camp, comme l’entraide entre les femmes, l’organisation du temps des enfants à travers de petites activités dans la tente, et la recherche de courts moments de repos malgré les pressions de la vie quotidienne.
À la fin de l’atelier, beaucoup ont exprimé leur soulagement après avoir partagé leurs histoires et écouté les expériences d’autres femmes vivant des conditions similaires. L’une des participantes a déclaré que parler de la douleur ne ramène pas ce qui a été perdu, mais aide à continuer le chemin. Elle a ajouté que la rencontre avec les femmes du camp Al-Kanz lui a fait comprendre que la force peut résider en chacun, même dans les moments les plus difficiles.
Quant à la participante qui a perdu son mari, elle a affirmé que le sentiment de solidarité entre les femmes durant la séance lui a redonné une part d’espoir. Partager la douleur avec les autres a rendu le chemin moins solitaire. Elle a souligné que le rétablissement ne se produit pas d’un seul coup, mais commence par de petits pas lorsque l’on sent que quelqu’un comprend sa souffrance et se tient à ses côtés.
De telles rencontres confirment que le soutien psychologique constitue un élément essentiel de la réponse humanitaire dans les camps de déplacement. Tout comme l’être humain a besoin de nourriture et d’un abri, il a aussi besoin d’espaces sûrs pour exprimer ses émotions et retrouver son équilibre psychologique. L’organisation UJFP poursuit la mise en œuvre de ce type d’ateliers dans les camps. Ainsi, ces initiatives humaines demeurent une étape importante pour créer de petits espaces d’espoir au cœur d’une réalité pleine de défis.
Lien vers les photos et vidéos
https://drive.google.com/drive/folders/1ru9j3cLnK6oFfkXJFJ_5n-7KQ1A0RM7C
Au bord du feu régional, comment la guerre menée par Israël les USA a remodelé le quotidien de survie à Gaza
Les habitants de Gaza n’avaient pas besoin d’une nouvelle guerre pour ressentir le poids de l’isolement. Le blocus prolongé et les guerres successives ont laissé le territoire dans un état d’épuisement chronique. Pourtant, la guerre américano-israélienne qui embrase la région est venue ajouter une nouvelle couche de complexité à une réalité déjà fragile. Bien que cette confrontation apparaisse, à première vue, comme un conflit régional de grande ampleur s’étendant à travers les cartes du Moyen-Orient, ses répercussions quotidiennes atteignent clairement les ruelles étroites de Gaza, où les nouvelles politiques se transforment directement en changements dans les prix, dans la disponibilité du carburant et dans la capacité des familles à assurer leurs besoins les plus élémentaires. Dès les premiers jours de l’escalade des tensions régionales, les marchés locaux du territoire ont commencé à connaître des changements rapides. Les marchandises qui arrivaient déjà difficilement sont devenues encore plus rares, et les chaînes d’approvisionnement, qui fonctionnaient déjà très lentement, ont subi de nouvelles perturbations. Les commerçants parlent de difficultés de transport, de l’augmentation des coûts d’importation et d’une incertitude généralisée qui pousse chacun à faire preuve d’une extrême prudence dans les ventes et les achats. Cette inquiétude commerciale se traduit rapidement par une hausse des prix. Les prix ont grimpé en peu de temps à des niveaux sans précédent, au point que de nombreux produits de base sont devenus hors de portée pour les familles.
Dans les camps, la question ne porte plus sur le type de nourriture que l’on peut préparer, mais sur la possibilité même de trouver de la nourriture. Le pain, qui constituait l’élément le plus simple de la table, est devenu plus coûteux qu’auparavant. Les légumes, autrefois disponibles sur les marchés locaux, ont vu leurs prix atteindre des niveaux qui obligent les familles à réduire leur consommation au strict minimum. Quant à la viande, elle est devenue pour beaucoup de familles un luxe inaccessible. Chaque jour qui passe réduit davantage les options alimentaires, et le repas quotidien devient une équation difficile.
Cependant, l’impact le plus visible de la guerre régionale s’est manifesté dans le secteur de l’énergie. À Gaza, le carburant n’est pas seulement une marchandise économique : c’est un élément essentiel qui détermine la capacité de la société à fonctionner et à continuer. Le fonctionnement des générateurs électriques, le transport des marchandises, l’activité des boulangeries, les pompes qui fournissent l’eau, et même la circulation des ambulances dépendent tous de la disponibilité du carburant. Avec les perturbations des marchés de l’énergie dans la région à la suite de la guerre, les effets ont rapidement commencé à apparaître dans l’enclave. Les quantités disponibles ont diminué, les prix ont fortement augmenté, et obtenir du carburant exige désormais des coûts bien plus élevés qu’avant le déclenchement de la guerre.
Il en va de même pour le gaz de cuisson, un élément essentiel de la vie quotidienne des familles. Dans de nombreux camps et centres de déplacement, trouver une bouteille de gaz pleine est devenu un véritable défi. Les prix ont doublé et les longues files d’attente font désormais partie de la routine quotidienne. Certaines familles ont été contraintes de réduire le nombre de repas chauds qu’elles préparent chaque jour, d’autres ont recours à des méthodes alternatives de cuisson, moins sûres.
Dans cet environnement économique instable, la vie quotidienne ressemble à une succession de défis accumulés. Les familles qui ont perdu leurs sources de revenus pendant la guerre précédente se retrouvent aujourd’hui confrontées à une nouvelle vague de pressions économiques.
Dans les camps de déplacement disséminés à travers le territoire, cette crise apparaît encore plus clairement. Les tentes serrées les unes contre les autres forment des villes temporaires où vivent des milliers de personnes contraintes de quitter leurs maisons pendant la guerre précédente. Dans ces espaces restreints, assurer la nourriture et le carburant devient un défi qui nécessite une forte coopération entre les familles.
La faim ici n’est pas une sensation passagère, mais une expérience quotidienne vécue par des milliers de familles. Les mères tentent de répartir la nourriture limitée de manière à garantir que les enfants reçoivent la plus grande part, tandis que les pères choisissent souvent de réduire leurs propres portions pour permettre aux autres membres de la famille de manger suffisamment. Ces détails révèlent l’ampleur des sacrifices que les familles consentent pour continuer à vivre, mais ils mettent aussi en lumière la fragilité de la situation qui dépend de plus en plus de l’aide humanitaire.
Au milieu de ce paysage complexe, les interventions des équipes de l’UJFP apparaissent comme un élément essentiel des efforts visant à atténuer la gravité de la crise. Ces équipes travaillent quotidiennement pour faire fonctionner des cuisines de campagne dans plusieurs sites accueillant un grand nombre de déplacés, notamment à Al-Mawasi de Khan Younès dans les camps d’Al-Fajr et d’Al-Sumoud, qui accueillent de nombreux agriculteurs ayant fui leurs villages de l’est de Khan Younès, ainsi que dans de vastes zones de Deir al-Balah, devenue un centre majeur d’accueil pour les personnes déplacées provenant de différentes régions de la bande de Gaza.

Dès les premières heures du matin, les équipes commencent leur travail, les denrées alimentaires disponibles sont rassemblées et préparées en grandes quantités afin de fournir des repas chauds à des milliers de personnes. La cuisinedevient une opération logistique complexe qui nécessite une coordination précise dans un contexte de pénurie de carburant, de hausse des prix des denrées et de difficultés de transport des approvisionnements. Malgré ces défis, les cuisines continuent de fonctionner chaque jour, car le besoin n’a jamais été aussi grand. Les familles qui arrivent aux points de distribution ont souvent attendu de longues heures. Certaines viennent de tentes éloignées dans les camps, tandis que d’autres parcourent de longues distances à pied.
Dans les camps d’Al-Fajr et d’Al-Sumoud à Al-Mawasi, près de Khan Younès, des centaines de familles se rassemblent autour des points de distribution à l’approche de midi. Les enfants portent de petits récipients ou des sacs en plastique, tandis que les adultes attendent dans des files organisées. La scène se répète chaque jour, pour de nombreuses familles, ces repas représentent la source d’alimentation de la journée. À Deir al-Balah, où se concentrent de nombreux déplacés venus de la ville de Gaza et du nord du territoire, le besoin de ces cuisines de campagne apparaît plus évident.
L’action humanitaire dans ces conditions constitue aussi un moyen de préserver la cohésion sociale au sein des camps. Lorsque les ressources deviennent rares, les tensions entre les habitants peuvent s’intensifier. Mais l’existence d’un système régulier de distribution de repas contribue à réduire cette pression et donne aux familles le sentiment qu’un soutien constant existe. Les enfants qui reçoivent chaque jour un repas chaud ont davantage de chances de maintenir une certaine stabilité sanitaire, et les mères ressentent moins d’inquiétude en sachant que leurs enfants auront suffisamment à manger. Quant aux personnes âgées et aux malades, qui ont du mal à chercher de la nourriture ou du carburant, ils dépendent largement de cette aide qui leur parvient directement dans les camps.
Les dons apportés par les soutiens de ces initiatives via l’UJFP sont directement transformés en denrées alimentaires, en carburant et en équipements nécessaires pour maintenir les cuisines en fonctionnement. Ces contributions peuvent sembler modestes en termes de chiffres, mais pour les familles qui dépendent de ces repas, elles représentent une véritable différence entre une journée remplie d’inquiétude et une journée où un certain sentiment de sécurité est possible. Gaza vit aujourd’hui un moment historique extrêmement complexe, où les effets du blocus prolongé se mêlent aux conséquences des guerres précédentes et aux répercussions du conflit régional en cours. Au cœur de cette réalité, les habitants continuent de chercher des moyens de préserver leur vie quotidienne malgré toutes les difficultés. D’une tente à l’autre, d’une file d’attente à l’autre, les histoires humaines continuent d’apparaître. Des mères tentent de protéger leurs enfants de la faim, des pères font leur possible pour assurer la subsistance de leurs familles, et des volontaires travaillent de longues heures dans les cuisines de campagne afin de préparer le plus grand nombre de repas.
Le repas devient un acte de solidarité, un outil de survie et un message affirmant que la société, malgré toutes les pressions qu’elle subit, reste capable de protéger ses membres les plus vulnérables. Ainsi, tandis que la guerre régionale continue de redessiner les contours d’une nouvelle phase d’instabilité au Moyen-Orient, les efforts humanitaires à Gaza demeurent la dernière ligne de défense pour maintenir la vie possible. Chaque assiette de nourriture distribuée, chaque cuisine de campagne qui continue de fonctionner, représente une tentative quotidienne de préserver la dignité humaine dans un lieu confronté à l’une des crises les plus difficiles de son histoire.
Lien vers les photos et vidéos
Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Fajr
https://drive.google.com/drive/folders/1xjp3eS8uATE02Cc7KP0L4Wedkzgp3Tyu
Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Hilal
https://drive.google.com/drive/folders/1Z1DuQs1XjWJTQM5YXAM339VjrcrxRky5
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