Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Quand l’aide humanitaire devient un acte de reconstruction

9 février 2026
Education et soutien psychologique ensemble crédit photo UJFP Gaza

À Gaza, la réponse humanitaire n’est plus seulement une course contre la montre pour sauver des vies, elle est une tentative complexe de reconstruire la vie elle-même. Compte rendu 9/02

Au cœur de destructions massives, d’un effondrement économique et d’une pression psychologique immense, le véritable défi est désormais le suivant : comment aider les gens à survivre sans qu’ils perdent leur capacité de résilience, leur sentiment de dignité ou leur espoir en l’avenir ? C’est dans cette optique que les équipes de l’UJFP abordent la réalité humanitaire dans la bande de Gaza comme un ensemble interdépendant de besoins, où la faim ne peut être dissociée du traumatisme psychologique, ni l’éducation de la stabilité sociale, ni l’aide d’urgence d’une réflexion sur les voies du relèvement futur. Ainsi, leurs interventions se déploient sur plusieurs axes qui, réunis, constituent un véritable filet de sécurité humanitaire dans un environnement presque dépourvu des conditions minimales d’une vie normale.

La sécurité alimentaire… quand le repas devient une condition de survie

Dans un contexte où les choix alimentaires se réduisent à leur strict minimum et où l’accès à la nourriture est devenu un défi quotidien, la fourniture de repas s’impose comme une priorité humanitaire absolue et comme la première ligne de défense face à l’effondrement sanitaire et social. Les équipes de l’UJFP mobilisent l’ensemble de leurs capacités opérationnelles pour faire fonctionner des centres de distribution alimentaire dans certaines des zones de déplacement les plus vulnérables, ciblant les familles déplacées de force de leurs foyers et vivant aujourd’hui dans des conditions dépourvues des bases élémentaires d’une vie digne.

À travers ses centres actifs dans la zone d’Al-Mawasi à Khan Younès et à Deir al-Balah, l’UJFP poursuit la distribution quotidienne de repas aux familles sinistrées contraintes d’abandonner leurs terr.es et leurs moyens de subsistance. Dans les camps d’Al-Fajr et d’Al-Sumoud, qui accueillent des milliers de familles d’agriculteurs déplacés de l’est de Khan Younès, les mères et les enfants commencent à attendre dès les premières heures du matin pour obtenir des repas leur permettant de survivre un jour de plus. Dans ces espaces surpeuplés, les marmites de nourriture qui mijotent lentement deviennent un point d’espoir quotidien, tandis que les enfants guettent ce que ces repas peuvent leur offrir pour apaiser la faim et calmer l’angoisse.

Parallèlement, les efforts s’étendent à la ville de Deir al-Balah, où les équipes travaillent en continu à la préparation et à la distribution de repas pour des centaines de familles déplacées de la ville de Gaza et du nord de la bande de Gaza, désormais installées dans les zones de déplacement du centre.

Ces repas ne sont pas fournis comme une simple réponse temporaire, mais comme un moyen fondamental de préserver l’équilibre physique, de réduire la malnutrition — en particulier chez les enfants et les personnes âgées — et d’empêcher les familles de sombrer totalement dans la famine. Dans ce contexte, le repas quotidien n’est pas seulement de la nourriture : il est un facteur de stabilité psychologique et sociale, offrant aux familles une capacité limitée à structurer leur journée.

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Distribution de repas aux familles du camp d’Al Fajr (camp de fermiers)

https://drive.google.com/drive/folders/1CeAHO6B7MR81m1WHq_fvId_-ajkejvzK

Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Hilal

https://drive.google.com/drive/folders/1b-r5GHZ40ppQRaeMRngifwXY49903Wb3

Le soutien psychologique aux femmes, reconstruire l’intérieur en temps d’effondrement

La guerre ne laisse pas ses traces uniquement sur le corps ; elle frappe profondément l’âme, en particulier celle des femmes, qui portent des charges multiples : le déplacement, la prise en charge des enfants, la perte de sécurité et la pression constante des responsabilités. Ces séances offrent des espaces sûrs pour s’exprimer, partager les expériences, libérer les tensions et développer des mécanismes d’adaptation face aux traumatismes répétés.

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Programmes de soutien psychologique pour les femmes

https://drive.google.com/drive/folders/16PhytbUFxAJ4SKmF-57G0gjvy9dfzy_v

L’éducation en situation d’urgence… protéger l’enfance de la perte

À Gaza, l’interruption de l’éducation n’est plus un risque futur, mais une réalité quotidienne qui menace toute une génération. Avec la destruction des écoles et la transformation de nombreuses d’entre elles en centres d’hébergement, les enfants sont privés de la routine éducative qui représente un élément essentiel d’équilibre dans leur vie. Face à ce défi, l’UJFP a contribué à la création d’espaces éducatifs alternatifs au sein des camps et des zones de déplacement, afin d’assurer un enseignement de base, un accompagnement pédagogique et des activités éducatives interactives. Offrir aux enfants la possibilité d’être des élèves plutôt que de simples survivants.

Éducation et soutien psychologique ensemble… une approche intégrée de l’enfant

Les équipes de l’UJFP sont conscientes qu’un enfant affecté par la guerre ne peut être soutenu sur le plan éducatif indépendamment de son état psychologique. C’est pourquoi l’éducation a été intégrée à des activités de soutien psychosocial au sein des centres éducatifs, à travers des séances d’expression, des activités artistiques, des jeux éducatifs et la thérapie par le dessin. Dans ces espaces, la classe devient un environnement de protection, l’enseignant se transforme en soutien psychologique, et les couleurs et les histoires deviennent des moyens d’exprimer ce que l’enfant n’arrive pas à dire avec des mots.

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https://drive.google.com/drive/folders/1ltNJO8Beqew4S9yqa5qFdbGrHg7iqjXy

Les initiatives agricoles… soutenir la résilience économique à la racine

Bien que l’action humanitaire se concentre souvent sur la satisfaction des besoins urgents et immédiats, l’UJFP a tenu à ne pas limiter ses interventions à l’aide d’urgence, mais à les étendre au soutien des moyens de subsistance durables, consciente de l’importance de construire les fondements de la résilience économique et sociale dès la base. Dans ce cadre, le secteur agricole a bénéficié d’une attention particulière, car il constitue historiquement l’un des piliers essentiels de l’économie locale dans la bande de Gaza et une source principale de revenus pour des milliers de familles, liées à la terre comme moyen de subsistance, d’identité et d’appartenance. L’UJFP a mis en œuvre un ensemble d’initiatives agricoles visant à renforcer les capacités des agriculteurs et leur aptitude à poursuivre la production malgré les défis considérables et les ressources limitées. Ces initiatives ont inclus la réparation et la réhabilitation de serres agricoles endommagées afin de permettre la reprise de l’agriculture sous abri, la remise en état de puits agricoles et la fourniture de pompes à eau pour garantir la continuité de l’irrigation, ainsi que l’installation de conduites d’eau vers des terres dont les infrastructures ont été endommagées. L’UJFP a soutenu le labour de terres agricoles inexploitées, la fourniture de semences et de plants améliorés, ainsi que des intrants de production essentiels permettant aux agriculteurs d’entamer un nouveau cycle agricole. Ces interventions ne se sont pas limitées à l’aspect technique ou productif ; elles ont également contribué à la revitalisation d’espaces agricoles affectés par les crises successives, renforçant ainsi la production locale et améliorant le niveau de sécurité alimentaire des familles bénéficiaires et de la communauté dans son ensemble. Elles ont aussi permis de réduire la dépendance totale à l’aide humanitaire en donnant aux familles les moyens de s’appuyer sur leurs propres ressources et de générer un revenu durable, même minimal.

Dans le contexte palestinien, ces initiatives revêtent une importance accrue, car l’agriculture dépasse le simple cadre d’une activité économique pour devenir un acte de résilience et de préservation de l’identité, incarnant la relation profonde entre l’être humain et sa terre. En soutenant ce secteur, l’UJFP contribue à renforcer la capacité des agriculteurs à rester sur leurs terres, à ancrer le concept de résilience économique comme partie intégrante de la résilience nationale et sociale. Construire un avenir apte à faire face aux crises grâce à l’investissement conjoint dans l’être humain et la terre.

L’aide comme système… et non comme initiatives isolées

Ce qui distingue les interventions de l’UJFP, c’est leur approche de l’aide humanitaire comme un système intégré plutôt que comme une succession d’activités isolées. La nourriture, l’éducation, le soutien psychologique et l’agriculture sont autant d’éléments complémentaires qui s’articulent pour former un filet de sécurité humanitaire visant à protéger l’être humain dans toutes ses dimensions : physique, psychologique, sociale et économique. Dans un contexte marqué par un épuisement généralisé, cette intégration devient une nécessité car toute défaillance dans l’un de ces domaines se répercute immédiatement sur les autres et menace la capacité de la société à résister.

Entre l’urgence et la survie… Gaza façonne son sens

À Gaza, la question n’est plus de savoir comment mettre fin à la crise, mais comment l’empêcher de dépouiller totalement l’être humain de son humanité. Alors que les défis s’amplifient et que les besoins augmentent à un rythme qui dépasse les capacités disponibles, ces interventions humanitaires demeurent de véritables lignes de vie, empêchant l’effondrement total et ouvrant de petites fenêtres d’espoir.

Chaque repas distribué, chaque enfant qui retourne à l’apprentissage, chaque femme qui trouve un espace de soutien, chaque agriculteur à qui l’on offre une chance de continuer, constitue un acte de résistance pour la vie face à l’effondrement. Et ces efforts, aussi limités puissent-ils paraître, prennent toute leur valeur lorsqu’ils sont replacés dans leur contexte : celui d’un peuple qui crée la vie au milieu des décombres, et de partenaires convaincus que la solidarité n’est pas un slogan, mais une responsabilité permanente.

Le partenariat comme condition de pérennité

Face à l’élargissement du fossé des besoins et à l’accélération de la dégradation humanitaire, le partenariat avec les bailleurs de fonds devient un élément déterminant pour la continuité de ces interventions vitales. Soutenir ces programmes ne se limite pas à répondre à un besoin immédiat ; cela contribue à protéger la dignité humaine, à prévenir l’effondrement social et à jeter les bases de la résilience dans l’un des environnements les plus fragiles au monde. La pérennité de cet impact reste conditionnée à la continuité du soutien, car les défis à Gaza croissent à un rythme qui dépasse les moyens disponibles, tandis que l’investissement humanitaire intégré demeure l’un des outils les plus efficaces pour protéger la vie.

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