Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Quand les femmes parlent, le cœur guérit dans les tentes

16 mars 2026
Le soutien psychologique, un véritable espace de solidarité humaine crédit photo ujfp Gaza

Les ateliers de soutien psychologique sont de réels espaces de survie pour les femmes, l’équipe de l’UJFP les multiplie: séance du 16 Mars

Entre le bruit du vent frappant la toile des tentes, l’inquiétude des mères pour leurs enfants et les souvenirs des maisons laissées derrière elles, se construit une vie remplie de défis psychologiques et sociaux: une peur constante, une inquiétude pour l’avenir, une fatigue psychologique accumulée et un profond sentiment d’instabilité. L’initiative de l’équipe UJFP, par ses activités, elle cherche à créer des espaces sûrs de soutien psychologique, tout en permettant aux femmes d’exprimer leurs émotions et de faire face aux pressions engendrées par le déplacement et la guerre.

Un atelier de soutien psychologique dans la zone centrale – à l’ouest de Deir al-Balah – dans le camp des Amis, où vingt femmes déplacées se sont réunies pour une rencontre de plusieurs heures. Les femmes se sont assises en cercle dans une tente relativement spacieuse, certaines n’étaient pas habituées à parler de leurs sentiments devant les autres, tandis que d’autres étaient venues par curiosité ou par désir de rompre la routine difficile de la vie dans le camp. Peu à peu, les histoires ont commencé à émerger doucement. Reconnaître ses émotions et les exprimer constitue une étape essentielle vers la guérison, et le soutien mutuel entre les femmes peut devenir une source importante de force.

L’atelier s’est ensuite poursuivi avec une série d’activités de libération émotionnelle. À ce moment-là, la tente s’est transformée en un espace humain chaleureux, où les femmes n’étaient plus seulement des déplacées, mais un ensemble d’histoires entrelacées cherchant la lumière au milieu de l’obscurité. Chaque participante a été invitée à parler d’un sentiment ou d’une expérience qui l’avait marquée depuis le début de la guerre. Une femme confié qu’elle n’avait jamais imaginé vivre un jour dans une tente, et que ce qui lui faisait le plus mal n’était pas l’étroitesse de l’espace, mais la peur permanente de ses enfants. Elle a parlé des nuits passées à tenter de les rassurer lorsqu’ils entendent des bruits à l’extérieur, et de ses efforts pour paraître forte alors qu’au fond d’elle-même elle se sent profondément épuisée. Une autre femme assise près d’elle a pris la parole pour expliquer que le moment le plus difficile avait été celui où elle avait quitté sa maison. Elle a décrit comment elle était partie précipitamment, ne prenant avec elle que quelques vêtements, et comment elle avait eu l’impression de laisser une partie de sa vie derrière elle. Elle a ajouté qu’elle essayait de maintenir l’espoir dans la vie de ses enfants, convaincue que l’espoir est la seule chose qu’aucune circonstance ne peut lui enlever. Dans un autre coin du cercle, une participante a parlé de son sentiment d’isolement dans le camp. Elle a expliqué que le fait d’être entourée de gens en permanence ne signifie pas forcément que l’on ne se sent pas seul. La vie dans les tentes rapproche les corps, mais les émotions restent parfois enfermées à l’intérieur.

L’atelier comprenait également des activités interactives, les femmes ont été invitées à écrire un mot représentant pour elles la force, puis à le partager avec le groupe. Les mots convergeaient vers une même signification : la patience, l’espoir, les enfants, la foi, la persévérance.

Puis des exercices d’expression tels que le dessin ou la description d’une image représentant un sentiment particulier. Certaines femmes ont dessiné de petites maisons entourées d’arbres, tandis que d’autres ont représenté une longue route se terminant par une lumière.

L’une des participantes a déclaré lors de la discussion que ce qui l’avait le plus marquée durant la rencontre était de découvrir que beaucoup d’autres femmes autour d’elle ressentaient des émotions similaires. Elle a ajouté que cette prise de conscience lui avait donné le sentiment de ne pas être seule face à ces circonstances, et que la participation à de telles séances lui donnait de l’énergie pour continuer. Une autre participante a expliqué que les pressions quotidiennes dans le camp poussent les gens à se concentrer uniquement sur la survie, sans prendre le temps de s’arrêter pour réfléchir à leur état psychologique. Cet atelier a été comme une courte pause face au poids de la vie quotidienne. Au fil du temps, l’atmosphère de la rencontre est passée de la réserve à la convivialité. Les femmes ont échangé des regards et des sourires, et certaines ont commencé à offrir des paroles de soutien et d’encouragement aux autres, un véritable espace de solidarité humaine.

L’atelier s’est conclu par une séance de méditation, durant laquelle la formatrice a invité les participantes à penser à une chose qui leur donne la force de continuer. Certaines ont parlé de leurs enfants, d’autres de l’espoir de retourner chez elles, tandis qu’une participante a déclaré que sa force résidait dans la capacité de l’être humain à recommencer, même lorsque les pertes sont immenses.

Lorsque l’atelier s’est terminé et que les femmes ont commencé à quitter la tente, certaines ont échangé leurs numéros de téléphone, tandis que d’autres sont restées quelques instants pour parler avec la formatrice ou entre elles. La rencontre avait laissé une empreinte réelle, même modeste, dans le cœur des participantes. Ainsi, au milieu des tentes de déplacement qui tentent de contenir toute une vie dans un espace restreint, les histoires des femmes de Gaza continuent d’émerger comme des récits de patience et de capacité d’adaptation. Malgré tout ce qu’elles ont traversé, beaucoup d’entre elles continuent de croire que la parole, le soutien mutuel et l’attachement à l’espoir peuvent constituer le début d’un chemin vers la guérison et la survie.

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