Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Quelle boussole éthique pour les états occidentaux?
26 février 2026
Un texte d’ Abu Amir du 26 Février : lorsque la justice est pendue en silence et que la conscience est exécutée sous les yeux du monde
Chaque année, au rythme des saisons politiques qui changent comme les bulletins météorologiques, une voix familière s’élève depuis des capitales qui se sont autoproclamées gardiennes de la conscience mondiale. Déclarations officielles, rapports volumineux, conférences de presse soigneusement mises en scène, tout converge vers un thème récurrent : le Moyen-Orient serait, une fois de plus, accusé de ne pas avoir encore atteint le niveau de civilisation requis parce qu’il applique la peine de mort.
En tête du cortège figurent des États occidentaux qui se considèrent comme les chefs de file du monde civilisé, suivis par des organisations influentes telles que Amnesty International et Human Rights Watch, brandissant de grands principes sur la dignité humaine et les normes internationales. Les rapports sont rédigés dans une langue méticuleuse, les termes choisis avec soin, et les principes du droit international sont invoqués comme des textes sacrés auxquels il serait interdit de toucher.
En apparence, la scène semble purement morale. Mais l’ironie commence lorsque l’on constate que cette même boussole éthique semble parfois souffrir d’un mystérieux dysfonctionnement, cessant d’indiquer certaines directions.
Lorsque la Knesset a adopté une loi autorisant l’exécution des prisonniers palestiniens — une loi en contradiction avec les principes les plus élémentaires de l’humanité que l’on invoque si souvent contre d’autres États — les tribunes habituelles ne se sont pas enflammées avec la même intensité. On n’a pas assisté au marathon habituel de déclarations indignées, ni entendu les avertissements répétés contre une dérive grave des normes internationales.
Soudain, les voix se sont atténuées. Le ton s’est adouci. Et le silence a pris le dessus.
Les prisons relevant de l’État d’Israël ont commencé leurs préparatifs, et des médias ont évoqué la possibilité d’une vaste campagne d’exécutions qui pourrait être la plus importante de l’ère moderne. Pourtant, les salles autrefois bruyantes d’avertissements semblaient comme plongées dans une trêve non déclarée.
C’est ici que surgit le paradoxe : La peine de mort est condamnée lorsqu’elle émane d’un État arriéré, mais elle devient une question complexe lorsqu’elle concerne un allié politique.
Dans le lexique politique contemporain, les droits humains semblent moins être un principe immuable qu’un outil à usages multiples. On peut les ériger en bannière éclatante contre un gouvernement fragile, ou les replier discrètement lorsqu’il s’agit d’un partenaire stratégique. Ils ressemblent à une lampe que l’on éclaire dans une seule direction, laissant les autres zones dans une obscurité confortable.
Les critiques adressées aux pays du Moyen-Orient sont souvent présentées comme une défense de l’être humain. Mais l’observateur attentif comprend rapidement que le discours s’attache moins à la réforme qu’à la stigmatisation. La même image est recyclée : régimes répressifs, lois rétrogrades, sociétés éloignées du modèle civilisé.
En revanche, lorsqu’une mesure plus sévère encore émane d’un État bénéficiant d’un soutien politique occidental, le langage change soudainement. Il n’est plus question de violations flagrantes, mais de mesures sécuritaires. On ne parle plus de transgression manifeste, mais de contexte complexe. Les termes se colorent au gré des cartes géopolitiques.
L’ironie ne réside pas dans l’existence d’un débat sur la peine de mort — débat légitime et ouvert à travers le monde. Elle réside dans la sélectivité. Dans le fait que les valeurs deviennent des normes flexibles, s’étirant ou se contractant selon la position d’un État sur l’échiquier politique.
Lorsque la peine est appliquée dans un pays faible, elle devient un test de son degré de civilisation. Lorsqu’elle est légalisée dans un État politiquement protégé, elle est présentée comme une affaire interne appelant à comprendre les circonstances.
Ainsi, le problème ne semble pas tant résider dans l’exécution elle-même que dans l’identité de celui qui l’ordonne.
Peut-être que si les droits humains étaient véritablement universels, les réactions seraient équilibrées, indépendamment des noms ou des alliances. Peut-être que si le critère était purement moral, les déclarations auraient la même fermeté dans toutes les directions. Mais la réalité suggère que la politique devance largement l’éthique, et que les valeurs sont souvent mobilisées lorsqu’elles servent un objectif stratégique précis.
En définitive, une question demeure suspendue : Les droits humains sont-ils un principe immuable, ou une carte que l’on joue selon les besoins ?
L’ironie douloureuse est que les grands slogans sont brandis au nom de l’humanité, tandis que leur application concrète révèle que l’humanité elle-même se plie parfois à la logique des rapports de force. Et dans cette balance, ce sont les États faibles qui sont pesés avec précision, tandis que les puissants bénéficient d’une exception provisoire qui peut durer longtemps.
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