Interpellations “préventives” ou “interdictions de manifester” ?

20 décembre 2022

Le Poing a reçu ce texte de “l’assemblée contre les violences d’État” que nous relayons

Interpellations « préventives » ou « interdictions de manifester » ?
La police justifie ses interpellations par des « intentions » supposées

Quel titre choisir pour dénoncer les 9 interpellations arbitraires opérées par les policiers de la
BAC aux abords de Montpellier avant la manifestation qui s’y est déroulée le samedi 10
décembre ?

Un appel national à manifester à Montpellier le 10 décembre avait été lancé par des collectifs
indépendants et le collectif contre la vie chère. Mais avant leur entrée dans la ville, 9 personnes qui s’y rendaient en covoiturage ont fait l’objet d’un contrôle. Leurs 2 véhicules ont été fouillés et les identités des occupant.e.s vérifiées. Véhicules et occupant.e.s ont été conduit.e.s au commissariat.
Après une garde à vue de 24 heures ces personnes ont été relâchées avec une « Composition pénale devant le substitut du procureur » le 19 janvier pour les 4 d’un premier véhicule, dont un doctorant avec un ordre de mission de son université, et une citation à comparaître au TGI le 18 avril pour les 5 personnes de l’autre véhicule.

Pourquoi cette inégalité de traitement alors que le chef d’accusation est le même ? Si l’on en croit notre quotidien régional, qui se fait le porte-parole des forces de l’ordre sans enquêter, c’étaient des « black blocs » qui transportaient des « feux d’artifice en grande quantité ». En réalité, leur tenue ordinaire, ne signalait en rien des black blocs et dans chaque véhicule, après une double fouille minutieuse, les policiers n’ont trouvé qu’un feu d’artifice. L’information de Midi Libre est donc – une fois de plus – erronée et tendancieuse car elle justifie l’immobilisation, la privation de liberté pendant 24 heures et l’interdiction de manifester. De plus ces personnes devront comparaître devant la justice pour tenter de se disculper des intentions de violences et de dégradations qui leur sont prêtées pour le seul fait – semble-t-il – d’avoir organisé un covoiturage.

Des interpellations en amont de manifestations ne sont pas nouvelles, il y en a eu à Paris lors de rendez-vous de Gilets Jaunes et elles se généralisent. A Montpellier c’est une première et le public -désinformé – est appelé à les considérer comme justifiées alors qu’il s’agit d’un abus, autorisé par des dispositions légales répressives : les articles 222-14, 222-44, 222-45, 222-47 alinéa 1. La police peut arrêter et faire condamner des gens sur de simples présomptions, des intentions dont on les charge. L’État abroge ainsi le droit de manifester et intimide qui bon lui semble pour dissuader de s’exprimer dans la rue, si les violences physiques et les mutilations n’ont pas été assez dissuasives.

Lorsque cela se passe en Russie, les médias dénoncent les abus d’un régime autocratique. En France, ils détournent le regard et maintiennent l’illusion du respect des droits de l’homme dans un régime démocratique, ignorant la mise en place d’une forme moderne de dictature.

L’Assemblée de Montpellier contre les violences d’État et pour les libertés appelle à s’élever contre ces pratiques qui dénotent clairement le basculement dans un régime autoritaire qui impose par la force (le 49,3) et par la répression policière et judiciaire des mesures antisociales dont l’objectif est de maintenir ou d’accroître les profits d’une minorité. Elle appelle à l’auto-organisation et à l’autodéfense pour faire reculer les violences d’État et conquérir les libertés.


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