“Loi sécurité globale, loi séparatisme : même ennemi, même combat” | BDS, UJPF, FUIQP, APLR, CMM, DN

9 février 2021

Le Poing relaie cette déclaration de l’APLR (Association des Palestiniens Languedoc-Roussillon), de BDS France (Campagne BDS France Montpellier), du CMM (collectif des Musulmans de Montpellier), de D-N (Décolonial News), du FUIQP34 (Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires) et de l’UJFP34 (Union Juive Française pour la Paix) du 8 février 2021 à propos de la nécessité de lutter à la fois contre la loi “sécurité globale” et contre la loi “séparatisme” ; cette double revendication étant pour le moment refusée par le collectif de Montpellier contre la loi “sécurité globale”.



Le projet de Loi Sécurité Globale (LSG) s’origine dans la gestion coloniale des quartiers populaires

Rares sont ceux qui dans les mouvements sociaux de ces dernières années refusent de reconnaître que les habitant·e·s des quartiers populaires, en grande majorité issu·e·s de l’immigration coloniale, constituent la catégorie de la population qui subit depuis des décennies, dans le cadre d’un racisme structurel, les formes d’exploitation et d’inégalités les plus violentes. Des centaines de morts, un taux de chômage et d’emprisonnement supérieurs aux autres catégories sociales, la « hogra » (mépris) et les humiliations permanentes.

En s’attaquant aux bonnes cibles du pouvoir politique et économique, le mouvement des Gilets Jaunes (GJ) a été l’objet d’une répression policière et judiciaire rarement égalée. Même s’il a fallu des mois avant de le reconnaître, le fait est établi : les quartiers populaires ont été le laboratoire où se sont expérimentées les méthodes policières, les armes, et les nouvelles technologies de surveillance et de contrôle massif des populations civiles appliquées contre les GJ et les mouvements sociaux. La brigade anticriminalité (BAC) qui sévit dans les quartiers populaires depuis des années a été « découverte » par certains et violemment critiquée quand elle a « cassé » du GJ…

Aujourd’hui, le pouvoir, ébranlé par le mouvement des GJ et la montée des mécontentements veut, via la LSG, légaliser et étendre à l’ensemble de la population, quartiers populaires inclus (!), le système de surveillance, de contrôle et de répression des populations civiles testé dans les quartiers populaires.

La codification légale des mesures, le « continuum sécurité », l’extension des procédures à des catégories professionnelles jusque là non touchées, l’intégration et la généralisation des technologies numériques dans les domaines de la surveillance, du contrôle et de la répression des populations civiles font de cette loi un panoptique sécuritaire jamais réalisé.

Mais il faut bien comprendre que LSG est la reprise et l’extension à toute la population d’une conception politique du pouvoir basée sur le modèle de la gestion coloniale française (en Algérie en particulier), jusque là réservée aux quartiers populaires, qui fait de chaque individu un·e suspect·e, un·e ennemi·e, un·e terroriste potentiel·le.

Cette vision d’une gestion « coloniale » ne s’appliquant plus seulement aux quartiers populaires mais menaçant l’ensemble de tous ceux et celles qui luttent, qui s’opposent aux injustices de ce système libéral-impérialiste, provoque une prise de conscience brutale. Le modèle du tout sécuritaire, est en effet un changement du paradigme « démocratique ». Il marque l’entrée dans un type de société sécuritaire et autoritaire (que certain·e·s appellent déjà fascisation). Cette bienvenue prise de conscience explique l’extraordinaire mobilisation des premières manifestations contre le projet de LSG. Mais reconnaissons qu’aller dans les quartiers populaires pour les alerter de ce qu’ils subissent depuis plus de 30 ans, sans que le reste de la société s’en soucie (à de rares exceptions près), a peu de chance de les intéresser et peut même être perçu par certain·e·s comme une provocation.

La LSG et la loi séparatisme, c’est la « double peine » pour les musulmane·s

On l’a vu, la LSG, sa « philosophie » ses méthodes et ses armes, sont déjà appliquées depuis des années dans les quartiers populaires où la BAC n’a pas besoin de l’article 24 de la LSG pour interdire de filmer : ils confisquent les téléphones, font effacer les vidéos ou tout simplement écrasent le téléphone sous leur talon.

Même si pour les quartiers populaires qui subissent déjà l’essentiel des méthodes et mesures de la LSG, la menace n’est pas celle d’un « nouveau » paradigme, cette loi constituerait sans aucun doute une aggravation certaine et extrêmement violente de la répression et des injustices pour les quartiers. Tout ce que le système permettait d’actions policières en marge de la loi, voire illégales, sera désormais la base légale de départ à partir de laquelle pourra s’exercer la « créativité » des BAC et autres brigades de recherche et d’intervention (BRI)…

À cela s’ajoute la loi « séparatisme » où sous couvert de lutte contre d’islamisme, l’ennemi est clairement désigné : les quartiers populaires, l’Islam et les musulmane·s.

Cette loi vise au moins un double objectif :

1) Diviser les mouvements contestataires pour ne pas affronter une riposte globale (Quartiers populaires, GJ et mouvements sociaux traditionnels) en donnant libre cours au racisme islamophobe au prétexte des attentats terroristes et ainsi accélérer la fabrique de « l’ennemi intérieur » par l’équation « musulmans = islamistes = terroristes ». Isoler « l’ennemi intérieur » en le présentant comme la cause directe des mesures de la loi « séparatisme » et indirectement de la LSG. Cette tactique de division fonctionne déjà au niveau des religieux dont certains responsables, non musulmans, soutiennent les mesures contres les associations cultuelles musulmanes et s’indignent d’être dans la cible. Cette réaction est également à l’origine du refus de lutter ouvertement contre la loi séparatisme dans les mouvements sociaux sur la LSG.

2) La campagne idéologique menée autour de cette loi est l’atout majeur de l’exécutif pour mettre en scène le tandem Macron/Le Pen aux prochaines présidentielles. Disputer et rafler les voix du Rassemblement National (RN) et de la droite, c’est le volet électoral de la loi « séparatisme ». Ce qui en dit long sur le cynisme, le racisme et le mépris du pouvoir à l’égard de « son » peuple.

Dans l’exposé des motifs de la loi, on peut lire :

« Un entrisme communautariste, insidieux mais puissant, gangrène lentement les fondements de notre société dans certains territoires. Cet entrisme est pour l’essentiel d’inspiration islamiste. Il est la manifestation d’un projet politique conscient, théorisé, politico-religieux, dont l’ambition est de faire prévaloir des normes religieuses sur la loi commune que nous nous sommes librement donnée. Il enclenche une dynamique séparatiste qui vise à la division. Ce travail de sape concerne de multiples sphères : les quartiers, les services publics et notamment l’école, le tissu associatif, les structures d’exercice du culte. »

Sa caractéristique générale est d’élargir le périmètre des « infractions et des délits», d’augmenter le degré des sanctions pénales et judiciaires ainsi que les peines et le montant des pénalités (prison, amendes, etc.).

Concernant les associations c’est le renforcement du contrôle de l’État par une contractualisation qui conditionne les subventions : « toute demande de subvention fait désormais l’objet d’un engagement de l’association à respecter ces principes. La violation de cet engagement a pour conséquence la restitution de la subvention, selon des conditions précisées par décret en Conseil d’État ». De même l’agrément est « soumis à trois conditions : objet d’intérêt général, fonctionnement démocratique et transparence financière. ». Evidemment les mesures permettant la dissolution sont renforcées etc. La menace est telle que des associations (en majorité non musulmanes) ont lancé un appel : « Loi séparatisme : une atteinte inacceptable contre les libertés associatives ».

Autre exemple, le contenu de l’article 24 de la LSG [restreignant la diffusion de l’image des policiers ] se retrouve, mais nettement plus répressif, dans l’article 18 de la loi « séparatisme », [cette fois-ci non plus puni] d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende [mais de] trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, à quoi s’ajoute en plus : « Lorsque les faits sont commis au préjudice d’une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. »

Il ne fait aucun doute que la charge répressive des deux lois cumulées qui pèse sur les habitants des quartiers populaires continue d’être plus lourde et plus féroce que celle qui pèse sur le reste de la population. Dès lors il est difficile de comprendre le refus obstiné du « Collectif Danger loi Sécurité Globale Montpellier » d’inclure la loi « séparatisme » dans son programme et de mener de front la lutte contre ces deux lois liberticides majeures.

Vous connaissez…

Je n’ai rien dit… « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les musulmans, je n’ai rien dit, je n’étais pas contre la loi “séparatisme”. Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour dire quelque chose. »



Avec l’accord de son rédacteur principal, cette déclaration n’a pas été publiée dans son intégralité, la version complète étant disponible ici


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