Anton, étudiant anti-blocus montpelliérain et élu UNI : la presse locale n’avait vu que le poète

Elian Barascud Publié le 22 octobre 2026 à 12:34
La faculté Paul-Valéry, à Montpellier. (Image d'illustration)

En octobre, Anton Goubier a fait le tour des rédactions. Il a été candidat symbolique à l’Académie française, témoin anti-blocage dans Métropolitain, puis auteur d’un sonnet rageur adressé à la présidence de l’université Paul-Valéry. Un détail n’apparaissait nulle part : élu sous la bannière de l’UNI, syndicat étudiant de droite, il siège toujours, au titre de ce syndicat, à la commission des finances de l’université. Il assure en avoir pris ses distances

Le 7 octobre, le site spécialisé ActuaLitté consacre une enquête à un jeune étudiant en lettres, auteur de recueils de poésie, de pièces et de livrets d’opéra. Anton Goubier conteste l’attribution de deux prix de poésie de l’Académie française à des recueils jugés trop libres avec la versification régulière. Il a même déposé au fauteuil de Mario Vargas Llosa une candidature qu’il qualifie de « purement symbolique ». Sa doctrine : « Quand une règle est énoncée dans un règlement, il faut s’y tenir. »

Le lendemain soir, il écrit au SCUM, principal syndicat étudiant mobilisé dans les blocages. Il y dénonce « la prise en otage de l’Université par les militants subventionnés que vous êtes ». Il raconte s’être rendu la veille au soir, « avec quelques étudiants », sur le campus route de Mende pour retirer les barricades. Il nous a confirmé être l’auteur de ce courriel. Il précise que les étudiants qui l’accompagnaient n’étaient ni membres ni sympathisants de l’UNI.

Le 10 octobre, Métropolitain l’interroge sur l’hostilité aux blocages : « Nous sommes quelques étudiants à avoir voulu manifester notre indignation face à la prise en otage de notre université », expliquait-t-il. Le journaliste n’apprend pas qu’il parle à un élu étudiant. « Il n’y avait pas lieu de le faire », nous explique Anton Goubier.

Le sonnet, l’emballement, l’exégèse

Vient ensuite le sonnet, adressé à la présidente de l’université, Anne Fraisse, accompagné d’un courriel. L’étudiant y réclame l’intervention des forces de l’ordre et met en copie le SCUM et Le Poing Levé. Le 19 octobre, le SCUM publie le tout sur Instagram et présente son auteur comme « un dirigeant du groupe d’extrême-droite UNI ». Midi Libre relaie. L’étudiant présente ses excuses pour des propos « excessifs et déplacés ».

Sollicité, Anton Goubier nous a adressé une longue autocritique, qu’il qualifie de « non-maoïste ». Le verbe « frapper » serait à prendre « au sens métaphorique ». Le registre de la barbarie (« barbare », « vandale ») s’expliquerait par l’opposition avec les « temples du savoir ». Quant au mot « racaille », employé dans le courriel à la présidente, il le justifie par la définition qu’en donne le dictionnaire de l’Académie française : un ensemble d’individus qui défient les lois. Après le règlement de l’Académie, son dictionnaire.

Il convoque aussi Boileau, l’empereur Théodose et saint Ambroise, et regrette surtout que son poème ait été « trop tôt jeté en pâture à l’Internet ». Une version plus récente a d’ailleurs remplacé « saint sanctuaire », tautologique, par « parvis sacrés ». Sur le fond, il ne retire rien : les blocus « doivent être levés de gré ou de force ».

Élu « sous la bannière UNI »

Auprès de Midi Libre, Anton Goubier affirmait n’avoir « jamais adhéré à l’UNI ni participé à ses instances dirigeantes ». Il évoquait seulement une liste « soutenue par eux en 2024 ». Le compte est un peu plus long. Il nous confirme avoir figuré sur la liste UNI aux dernières élections du Crous, en février 2026. « Ce fut ma dernière participation avec eux », dit-il.

Surtout, la fiche de synthèse d’un point inscrit à l’ordre du jour du conseil d’administration de l’université Paul-Valéry, datée du 20 octobre 2026, le mentionne comme représentant étudiant à la commission des finances « au nom de l’UNI ». Le syndicat étudiant en donne l’origine. Faute d’avoir obtenu un élu lors des élections universitaires, le syndicat s’est vu proposer par la présidence un siège dans une commission, au vu de ses voix. Il a choisi les finances et y a désigné Anton Goubier.

Selon l’UNI, il n’a « jamais adhéré » et n’a « plus de lien » avec l’organisation. Il y siégerait désormais « à titre indépendant ». Le syndicat reconnaît au passage une erreur dans son propre démenti, qui le présentait comme un ancien membre.

L’intéressé confirme le mandat et assume le grand écart. Il dit avoir été « élu sous la bannière UNI », puis s’en être éloigné, « trouvant inutile de mêler politique et vie étudiante ». Il appelle Churchill à la rescousse : certains changent d’opinion dans l’intérêt de leur parti, lui change de parti dans l’intérêt de ses opinions. Il conserve en revanche le siège.

« Militants subventionnés »

Sur quoi repose l’accusation lancée au SCUM ? Anton Goubier cite le coût moyen d’un étudiant à l’université, environ 12 460 euros par an. Selon lui, s’inscrire « pour militer et bloquer au lieu d’étudier » revient à détourner de l’argent public. Le calcul vaut pour l’ensemble des 23 000 étudiants de Paul-Valéry, élus étudiants compris. Il récuse enfin toute appartenance à « la nébuleuse de l’extrême-droite ». Il se définit comme « gaulliste, légaliste, humaniste », attaché à la démocratie chrétienne. Il conteste aussi la réputation d’« extrême » droite de l’UNI.

L’UNI, la « droite étudiante » sous l’œil de la presse

Fondée en 1969 en réaction à Mai 68, l’UNI se présente comme « la droite étudiante ». Depuis 2025, plusieurs enquêtes ont documenté les dérives de certains de ses militants.

En février 2025, le média StreetPress recense des saluts nazis effectués par des militants du syndicat dans plusieurs villes, dont Strasbourg, Toulouse et Caen. Le média parle d’une « épidémie ». La section strasbourgeoise est suspendue la même année, après la découverte de montages antisémites. En octobre 2025, StreetPress décrit une organisation qui prépare son rapprochement avec l’extrême droite. Mediapart documente de son côté des liens avec des groupuscules royalistes et identitaires.

Interrogée à ce sujet, l’UNI de Montpellier condamne « avec la plus grande fermeté » ces gestes, qu’elle qualifie d’« actes isolés ». Elle affirme que les personnes concernées ont été « immédiatement et définitivement exclues » et réaffirme son engagement contre l’antisémitisme.

À Montpellier, des passerelles avec le RN

StreetPress présentait l’UNI comme un syndicat qui « fournit des troupes à la droite ou au RN ». Localement, Axel Fosse, membre de l’UNI, siège à la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) de l’Université de Montpellier. Il se présente aussi sur Instagram comme délégué du Rassemblement national de la jeunesse (RNJ) dans la 2e circonscription de l’Hérault.

De son côté, Anton Goubier, instruit par l’affaire, recommande désormais de s’imposer, comme l’empereur Théodose, un délai de réflexion avant de publier. Le conseil vaut aussi pour la presse locale : avant de faire d’un élu étudiant le témoin anonyme d’une colère spontanée, un coup d’œil aux listes électorales ne prend pas trente jours.

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