Social
Reportage 23 avril 2021

Contre la réforme du chômage “dans la joie et dans la rage”

À Montpellier, le quatrième Vendredi de la colère a connu un net regain de mobilisation, et de signification.

Entre trois et quatre cents personnes s’étaient rassemblées en fin de matinée pour un nouveau Vendredi de la colère ce 23 avril, devant les grilles du Centre chorégraphique, boulevard Louis Blanc à Montpellier. Soit un net regain de mobilisation dans la mouvance des occupations d’établissements culturels. La cible avait été soulignée comme jamais : au-delà du sort fait au monde de la culture, le paquet est mis contre la réforme de l’assurance chômage dans son ensemble.

Le discours introductif, concis et percutant, fut on ne peut plus net. Les manifestants s’étaient donné rendez-vous « pour le retrait » de « cette réforme, d’une violence inouïe » qui va toucher « un million de personnes ». Or il est inadmissible « de faire des économies » en s’en prenant « aux plus précaires », inacceptable « de faire payer à la population la crise sanitaire », alors que tout indique l’urgence de « défendre nos biens communs ». Et ce n’est qu’à ce stade du propos qu’est avancée aussi la défense de « la culture, au sens large », la culture comme composante de cet intérêt commun, qui fait « que nous sommes autre chose que des consommateurs et des consommatrices », que nous sommes « des êtres de liens, d’émotions, de pensée, et de dialogue ».

Le soleil était rayonnant, la foule souvent juvénile et bigarrée, le char des étudiants des Beaux-arts en colère (“Sauvons la culture de la fosse”) haut en couleurs, d’un touch un peu punk et pas mal queer. Tout résonnait dans le ton annoncé de cette journée, qui passait un cran supérieur, en proclamant : “Amène ton monde” pour agir “avec rage, mais aussi avec joie”. On n’a guère senti, toutefois, la mobilisation qu’on espérerait du monde syndical. Il n’est que les Gilets jaunes de Près d’Arènes pour s’obstiner absolument dans l’intersectoriel. Plus tôt dans la matinée, quelques membres du B.A.T. du peuple s’étaient retrouvés, à leur manière autonome, devant le Pôle Emploi de Celleneuve, bloquant momentanément son entrée, pour sensibiliser les ressortissants et populariser la permanence administrative et sociale des mercredis à 18h.

Retour Boulevard Louis Blanc. Par la force de la situation, c’est la place de la culture qui revenait en tête des perspectives. A Montpellier, cela n’est en rien synonyme d’un cercle confiné. Tout une population est concernée. Un étonnant frisson, un silence très prenant, ont saisi la foule, lorsque pour commencer, c’est une chanteuse lyrique qui a entonné, a capella, un Ave Maria de Schubert. Rien de commun en manifestation ; or un authentique moment de gravité, tout autant que d’élévation. Puissance et étrangeté, depuis le monumental escalier de la façade des Ursulines, entre deux banderoles : “Culture confinée – Futur annulé” au-dessus de l’artiste, et “Retrait de la réforme de l’Assurance chômage” en-dessous.

Ainsi était entamé un cycle ambulant de “Ceci n’est pas une spectacle” où de halte en halte, depuis Albert 1er jusqu’au Peyrou, de la Préfecture à la Comédie, et finalement les marches du Corum, un chapelet d’artistes de disciplines diverses, gratifièrent la foule de l’expression conjuguée des talents personnels et de la préoccupation collective. C’était l’occasion de glaner les dernières nouvelles concernant les négociations en cours propres à la branche. Est posée sur la table l’exigence du renouvellement pur et simple d’une année blanche du régime de l’intermittence ; sinon, plus inquiétante, l’hypothèse floue d’un traitement au cas par cas, pour une échéance repoussée seulement à décembre. Quant aux réouvertures, elles se feraient à jauge de 35 % au 15 mai, 65 % au 15 juin, 100 % au 15 juillet.

D’une perspective plus radicale, mais peut-être incertaine au regard du contexte, on notait une banderole géante annonçant carrément : “On va tout faire péter”. D’ici là, on peut déjà noter une le prochain vendredi de la colère, ce 30 avril à 12h30 devant le CCN. Ce même jour : une performance revendicative ouverte aux musiciens, à l’appel de leur syndicat régional, à 17h devant l’Opéra-Comédie (il est nécessaire de savoir lire une partition musicale pour s’y joindre en action sonore). Et pour le lendemain samedi 1er Mai, les occupants et soutiens ont à nouveau rendez-vous, mais à 10h30 boulevard Louis Blanc, dans le but de se joindre au défilé syndical traditionnel.


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